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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 13:00

Ce Kamok est un cas. Un Ka, ou un K, corrigerait Roberto Calasso, l'auteur aussi de La ruine de Kasch (il s'est occupé de l'édition italienne des Aphorismes de Zürau de Kafka).

Mais que vient faire cet écrivain et éditeur italien dans un texte consacré à la fameuse liqueur au café, créée en 1860 par Paul-Émile, le petit-fils du fondateur de la distillerie Vrignaud à Luçon? C'est lui en effet qui eut l'idée de cet élixir vendéen, élaboré à partir de trois grands arabicas macérés avec de l’alcool neutre patiemment distillé, et vieillis, pendant trois ans, en foudre de chêne. Pour faire plaisir, selon la légende, aux marins hollandais, grands amateurs de café, venus assécher les marais vendéens et poitevins. C'est lui, Paul-Émile, qui appela cette liqueur Kamok (en mêlant non seulement les arabicas, mais aussi les lettres de moka). Il inventait du même coup le verlan.

Ce n'est donc pas comme on le croit, la première fois qu'on le rencontre, un nouveau sur la liste, après Bartock, Kappock, Koddack, Mastock, Kosack, Haddack, Hammock, Kolback, Karbock, Karnack, Hoclock, Kornack, Balzack, Habblock, Maggock, Médock, Kapstock, une des 18 variantes du nom du Capitaine Haddock, la dernière de Bianca. La Castafiore: on se rappelle comment elle écorchait le nom du Capitaine. On connaît le plaisir de jouer avec les sons, le sens: on n'en est pas moins confronté aux Kakemono, et comme Lacan incapable de les lire.

Est-ce le nom qui l'appelle, avec ses K? Parce qu'il n'est pas loin d'Amok, et que c'est un dépaysement? Une chance pour l'exote. Même si la Malaisie n'est pas une terre inconnue: Henri Fauconnier qui a été planteur là-bas, prix Goncourt 1930, est né à Barbezieux, puis à l'écriture dans le grand jardin et les chais de Musset.

N'est-ce pas plutôt que le Kamok accompagne les glaces et le tiramisu, et remplace avantageusement les extraits de café dans la préparation de ce dessert italien?

Je crains qu'on ne veuille pas de lui chez ceux qui restent fidèles aux savoiardi, au mascarpone et au rhum et qui utilisent seulement du cacao amer. En revanche, chez ceux qui ont remplacé les savoiardi par des pavesini, des boudoirs ou biscuits à la cuillère, il pourrait bien trouver sa place. Et rallumer la guerre entre partisans du vrai tiramisu et ceux qui ont fait leur aggiornamento. Ces derniers, plutôt que de regarder vers le passé, ont su tirer le meilleur de ce qui était déjà, du temps de nos grand-mères, un remontant. C'est mettre, rétorquent-ils à ceux qui crient à l'hérésie, un peu de ce remontant dans un dessert dont le nom, tiramisu, signifie « remonte-moi ».

La réponse est carrée. Comme une bouteille de Kamok.

Photo Marc Deneyer; à paraître, avec le texte, dans L'Actualité n°105.

Photo Marc Deneyer; à paraître, avec le texte, dans L'Actualité n°105.

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Denis Montebello
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Pascale 21/05/2014 17:08

Lu et bu avec délectation et plaisir. Double. Le plaisir. Celui des mots. Celui de votre retour. Ça console de tant d'eau qui tombe dru depuis le ciel jusques en nos rues. C'est pour la rime. M'en vais lever ma tasse à ces jolies lignes couleur café. Arabica pour moi. Ou Sidamo. Mais café toujours. Mieux "caffè"!

denis montebello 21/05/2014 17:39

Un caffè, oui. Stretto. Plaisir de le déguster avec vous, Pascale.