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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 07:04

Quand on a la chance de « tomber sur un os », en Sicile et à cette époque, on ne fait pas la fine bouche, on ne boude pas son plaisir.

Cela nous apparaîtrait comme un problème, une difficulté insurmontable. Pour Boccace, c'est au contraire une évidence, le squelette de Polyphème, la preuve que le grand Homère voyait juste, bien qu'il fût aveugle, qu'il disait vrai. Et Virgile. Et la Bible. Les géants existent. Témoin celui qu'on a découvert en 1371, dans une caverne près de Trapani, avec ses trois énormes dents puisque le reste à peine touché est tombé en poussière. En cendre et en poussière. Trois dents encore entières et il ne parle pas du crâne. Du crâne de ces éléphants nains, avec le trou pour la trompe frontale ou proboscide. Des fossiles aussi petits, il est impossible de les considérer comme les vestiges des cyclopes.

Il ne veut pas savoir, Boccace, comment ils ont voyagé des temps géologiques jusque là, par quel pont ou moyen ils sont arrivés en Sicile s'ils ne la peuplaient pas déjà. S'ils n'étaient pas les géants qui l'habitaient. Il ne veut pas savoir s'ils se servirent de leur trompe comme d'un tuba, si les éléphants sont les puissants nageurs qu'on dit. Pourquoi ces grands pachydermes sont devenus pygmées. Avaient-ils, dans leur patrimoine génétique, une possibilité de mutation vers le nanisme? Qu'est-ce qui a déclenché cette mutation? Qu'est-ce qui l'a favorisée? L'environnement insulaire, avec ses espaces réduits et ses ressources alimentaires limitées? La rareté voire l'absence de grands prédateurs? Boccace ne se pose pas ces questions. Rien n'ébranle ses certitudes. Les os qui dormaient dans cette grotte immense près de Trapani sont ceux de Polyphème. Il n'en démordra pas. Et les proboscidiens miniatures qu'on pourrait lui présenter ne le feraient pas changer d'avis.

Quatre-vingt-dix centimètres au garrot pour un poids de cent kilogrammes, mais doté de grandes défenses. C'est E. Falconeri. Il joue les vedettes au Museo archeologico regionale Paolo Orsi de Syracuse. Dans la salle qui lui est réservée. Dans la vitrine où il vous regarde avec son orbite large et unique, le minuscule mastodonte se montre indifférent à la foule, au respect religieux qui entoure « le Cyclope ». Il ne demande son nom à personne.

Ossa di morto recette sicilienne

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Denis Montebello
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commentaires

pascale 03/02/2016 10:58

Préférer, Denis, au sens quasi chronologique.... Opter d'abord. Foin d'ordre, ni de consigne, sinon de plaisir, de désir de Sicile moins connue, moins piétinée, plus inattendue. Secrète et sauvage Sicile. Oui, préférer, si pouvez.... sans se résoudre jamais à choisir.

pascale 02/02/2016 09:34

Bon, il sera dit que quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.... une fautE d'accord, par omission, oh! impossible ce matin....
toujours se relire n'est-ce pas?

pascale 02/02/2016 09:32

par contamination de la singularité de leur oeil, j'ai laissé le Cyclope, mais je "les" ai fait taper comme des sourds. Il y a là, il me semble, au mieux une confusion en nombre, au pire, une faut d'accord....

pascale 02/02/2016 09:30

Pour aller de Trapani à Syracuse, préférer l'intérieur. Les Madonie "routes impraticables et villages inconnus, souvent accompagnés de cimetières arabes. Des champs de luzernes en fleurs marquent le flanc des collines de taches rouges sang". On y rencontre Personne.
Mais, passer sous l'Etna pour redescendre vers Naxos, c'est prendre le beau risque, le lacet d'Empédocle autour du cou, de croiser quelque Cyclope, qui tapent, comme des sourds sur leurs enclumes. Il ne reste plus qu'à rentrer à Trapani, belle tranquille qui voit l'Afrique quand le temps est dégagé de ses brumes de chaleur, en flânant, par le Sud, pour y attendre un peu Aphrodite en son temple.

denis montebello 02/02/2016 15:24

"Préférer": on veut bien. Mais l'infinitif à valeur d'ordre rend le choix difficile. Entre guide et recette. Entre conseil et consigne. On a bien envie de prendre les deux. Et le temps de vivre. Cyclopum more, c'est-à-dire sans lois. Merci pour ce beau texte, Pascale.