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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 09:41

Ce matin, je n'arrivais pas à choisir. Entre celui qui ira, s'il est élu, à Bruxelles « casser la vaisselle », et un voisin qui allait à la campagne (du côté de Niort), il n'en revenait pas. Alors j'ai opté pour un texte. Je me suis laissé aller à l'écrire.

Aller à Niort, cela ne se dit plus. Il y a d'autres façons de nier. De refuser. Non, c'est décidé, on n'ira pas. Cette mutation est non seulement absurde, elle est aussi injuste. Du limogeage pur et simple. Une sanction, et on ne l'acceptera pas. On ne rejoindra pas son poste. On n'est pas candidat au suicide. Son refus, on n'a plus besoin d'aller à Niort pour le crier.

Aller à Rouen non plus. Cela n'a plus cours. C'est comme la roue. Avouez qu'on fait mieux. Dans ce domaine, on ne manque pas d'imagination. De destinations. De circuits personnalisés. Vous hésitez entre l'agent de voyage et le voyagiste, le distributeur et l'assembleur? Composez-vous, sur votre site préféré, un voyage sur mesure, à la carte, et oubliez Rouen. Et la roue. On a d'autres instruments de torture, plus modernes et surtout plus efficaces. Et rien n'interdit de souffrir chez soi. Je dirais même qu'il n'y a pas meilleur endroit pour travailler.

Reste vidi aquam. Mais comment y aller? Aller à : navigation, rechercher. Vidi aquam (« J'ai vu de l'eau »). L'incipit d'une antienne grégorienne. Que l'on chantait lors de l'aspersion de l'eau bénite et que Stephen Dedalus entonne avec joie, dans Ulysse :

Vidi aquam egredientem de templo, A latere dextro, Alleluia

« J'ai vu de l'eau sortant du temple, du côté droit, Alleluia »

Vidi aquam, vous verrez. Pour se sauver, il n'y a pas mieux. Pour prendre la fuite.

Moi, c'est décidé, je n'irai pas à Niort. Jusqu'à nier. L'évidence. Jusqu'à refuser la main qu'on me tend. Ce n'est peut-être pas celle de la Providence, mais je la saisirai. Je le prendrai, ce chemin de vidi aquam. Et j'oublierai, en sirotant mon latin, celui de Compostelle.

Aller à Niort

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Denis Montebello
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commentaires

Jean-Jacques 14/10/2016 13:34

moins aléatoire tout de même que d'aller à Thouars

Denis Montebello 14/10/2016 13:51

On n'a pas besoin d'aller à Thouars pour boire un Duhomard ("l'apéritif qui pince")! Merci de ta visite, Jean-Jacques.

Fred 07/10/2016 16:34

:)))
En tout cas, que ces quelques tessons éparpillés de notre archéologie commune me font chaud au coeur !

Denis Montebello 07/10/2016 16:49

"La mémoire, monsieur, notre mémoire commune, c'est cela..."

denis montebello 07/10/2016 15:05

C'est ce qui arrive quand on taquine un peu trop l'ablette, on devient hâbleur!

Fred 07/10/2016 14:47

Oui, Denis, des livres qui s'obstinent aujourd'hui dans l'espoir de ne pas avoir de dernière page encore...
Tout Niort !
" J'hen ai mangé trois.. Pas pu en mangher quatre ! " Et ce geste circulaire, d'une éloquence poétique primaire, dans le fond de la main et qui disait la grosseur d'un poisson que nous n'avons jamais vu... Des poissons de légende. Des vrais poissons.

denis montebello 07/10/2016 15:32

"Des poissons de légende. Des vrais poissons." De ceux qui nourrissent sans jamais rassasier. Fred, ces poissons, c'est peu dire qu'on les aime!

Fred 07/10/2016 14:24

C'est absolument succulent ce "Aller à Niort"..
Langage interlope des milieux interlopes pour n'être jamais compris que d'eux mêmes... Et ils avaient le contraire de Niort : "Aller en Bavière...."
Finalement, je m'aperçois que je suis souvent allé à Niort, en vrai, même poussé le vice à y gagner ma croûte et jamais en Bavière :)))
Mais

denis montebello 07/10/2016 14:41

"Tout Niort!" Et puis un jour tu as choisi l'autre route, des chemins autrement cheminants. Et qui feront des livres.