Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 14:30

Cet entremets rustique fait les délices, au moins depuis Colette, des « étymologistes gourmets ».

Je ne parle pas des romanciers, des poètes et de leurs étymologies inventées, mais de savants pour qui l'étymologie est d'abord, selon sa propre étymologie, «l'étude,  la recherche du vrai ».

Ceux-là s'affrontent à coups d'étymons, comme d'autres à cause des fouaces, et cela dégénère aussi, très souvent, en guerres picrocholines.

Entre les tenants du tout latin -de l'origine onomatopéique, quand les preuves manquent- et ceux qui voient des Francs derrière chaque mot français, nous ne trancherons pas. Nous garderons notre couteau pour cette grosse crêpe et régaler nos amis. Nous ne leur couperons pas l'appétit avec un bon gros flan germanique (il aurait transité par l'occitan) ou en écorchant le latin, nous ne singerons pas l'écolier limousin.

Que la flognarde soit issue du latin populaire ou un emprunt au germanique, peu importe. Ce qui compte, c'est qu'elle soit boursouflée comme il faut, brune dessus et blanche dedans et garnie de poires. Si nous parlons bien de la flognarde aux poires. De ce gâteau extrêmement moelleux qui est associé à l'automne. Un automne en Limousin. Et qu'il faut situer, pour son apparence, sa consistance, son goût, entre le far breton et le clafoutis. Ce serait donc une sorte de clafoutis aux poires. William et légèrement caramélisées. Ou aux pommes. Que la flognarde accueille avec un égal bonheur. Qu'elle rehausse, si elles ne sont pas, comme les poires, dans le rôle du faire-valoir.

Car la flognarde se suffit à elle-même. Elle se mange nature. Comme à l'origine. C'est ainsi que l'aimait Colette: « enflée tellement qu'elle en crève. » Une « énorme boursouflure qui emplit le four, se dore, brunit (…). » De ma fenêtre, 6 mars 1941.

Tous les contes commencent par « Il était une fois ». Ou « une fouace ». Ils commencent par la fin. Par le dessert. Ce dessert ne peut être, en automne et dans le Limousin, qu'une flognarde (ou flaugnarde). Aux poires (ou aux pommes). Ou nature, si on est amateur d'origines, philologue ou archéologue, ce n'est pas mon cas. J'aime trop la cuisine métissée. Celle qui mêle les influences, les saveurs. Qui invente. Avec la flognarde, je suis servi. Voilà un gâteau accueillant. Il accueillera toutes sortes de fruits sans jamais se renier. Des fruits de saison ou bien secs, de la région ou d'ailleurs. Il sera du terroir et invitation au voyage.

 

 

Photos Marc Deneyer (à paraître, avec le texte, dans le numéro 115 de L'Actualité Nouvelle Aquitaine).

Photos Marc Deneyer (à paraître, avec le texte, dans le numéro 115 de L'Actualité Nouvelle Aquitaine).

Partager cet article

Repost 0
Denis Montebello
commenter cet article

commentaires

Pascale 19/12/2016 10:36

"Pira elixa et purgata e medio teres cum pipere, melle, passo, cumino, liquamine, oleo modico. Ovis missis patinam facies, piper super aspargis et inferes."
C'est la recette de la Patina de poires.
Aucun mérite, Denis.... juste mes promenades matinales sur l'excellentissime "Arrête ton char!"
Je vais chez Lili maintenant...

Denis Montebello 19/12/2016 12:36

C'est vrai qu'on n'est pas très loin, avec cette flognarde, avec miel et cumin (et poivre!), de la patina de poires.

Pascale 18/12/2016 17:08

"Une économique flognarde boursouflée, brune dessus, blanche dedans (Colette, Belles saisons,1954,)
Divine Colette! Si mal lue, si mal aimée parfois, si mal connue presque toujours. (sauf de Julia Kristeva qui, dans Le génie féminin (III) me fit frissonner d'émotion.
Jamais confectionné de flognarde, il est sûrement trop tard, car il en est de certaines recettes comme de certaines cérémonies, il faut que cela vienne de l'enfance (très colettien...)... le 'coup de main' n'y suffira pas, il y manquera l'invisible transmission.
amicales pensées, Denis

Denis Montebello 18/12/2016 18:36

Colette est un parfait truchement. Et le voyage délicieux . Même si l'enfance est un pays où on n'arrive jamais. Je vous dis à bientôt, Pascale. Avec mon amitié.