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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 07:32

Photo Brigitte Ruffin.Le singe naturalisé n'a pas toujours été exposé sur un meuble de la salle à manger. Entre un pot orné de coquillages et un socle de réchaud peint. Il a d'abord été une guenon bien vivante et qui s'appelait Lili. Un jour, Ismaël Villéger est revenu avec elle et il l'a installée chez lui. Elle contribuerait à la gaieté de la maison. Elle amuserait les habitués, amènerait de nouveaux clients.

Celui qui se souvient raconte. Le bonheur que c'était, alors, de vivre à Chérac (il y a un CHARDONNE sur le Monument aux morts, aux glorieux morts de Chérac, un CHARDONNE Camille). D'aller « chez Titi ». Titi, c'est Guy, le fils d'Ismaël Villéger. Monté à Paris où il s'est marié. Un mariage blanc. Il ne s'étendra pas. Ni sur Claudy Nil. Nil, le nom ne lui dit rien. Claudy si, il répète ce prénom d'un air entendu. Où je n'entends peut-être pas ce qu'il faudrait entendre.

Ismaël, le père, on allait lui porter des assiettes. En bas, à l'abattoir. On les déposait dans une cuve en ciment. Au départ, il était boucher. C'est petit à petit, casson après casson que ça lui est venu. L'idée de réaliser des carrés de mosaïque, puis de les fixer au mur. D'en garnir sa façade. C'est comme ça que la Gaieté est née.

Il y avait aussi, dans le pâté de maisons qui lui appartenait, un bourrelier. Il avait résisté à l'invasion du phylloxéra, survécu à l'exode massif des populations du vignoble, à l'extension de la crise, il n'allait quand même pas se laisser ruiner par un arbre. Un grand arbre dont les branches venaient le narguer. Et les gamins perchés (dont lui) qui chantaient ça, une comptine de leur composition, assez gaillarde: « Colin Colinet... » La suite, je l'ai oubliée. Je me rappelle seulement qu'à la fin un cul paraît, mais je ne vois plus lequel. Si c'est son gros cul de bourrelier ou les drôles qui lui montrent leur derrière avant de décamper. Si ce n'est pas seulement pour la rime.

Il y avait encore trois cafés à Chérac. Archambaud « bordel de Dieu », le sien avait un étage. Quand on l'appelait en bas, ceux restés en haut lui sifflaient sa Suze. Et inversement. Pendant qu'il montait au client sa commande, les autres, assis au comptoir, vidaient les bouteilles.

Maintenant tout est mort. Les gens ne se connaissent plus. Ne se rencontrent plus. Tous les commerces ont fermé, à l'exception de la boulangerie.

La boulangerie-pâtisserie. Gratraud Jean-Claude, rue de la mosaïque. En face ou presque du Passage de la Gaieté. La boulangère est en photo, dans sa vitrine. En bas à gauche. Tout sourire. Sur son diplôme de la boulangère la plus sympa. Ce diplôme, elle le mérite. Quand elle vous sert votre baguette saintongeaise et vos fraises Tagada. Et qu'elle vous confirme, devant témoin, que la Gaieté a trouvé acquéreur. Et que le nouveau propriétaire veut retaper la maison. Elle est fermée depuis plus de vingt ans. Il y a du boulot. Des choses disparues ou dégradées, pourtant on veut y croire. Le cabaret ne retrouvera pas sa beauté d'antan, mais il redeviendra un lieu où boire et manger. Avec la mosaïque. Où le vin sera nouveau chaque jour.


 

Photos Brigitte Ruffin.

Photos Brigitte Ruffin.

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Denis Montebello
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commentaires

bourbon 18/05/2017 09:04

Cette maison j'en ai bien fait le tour à défaut d'y entrer et l'ai photographiée à outrance, ne sachant pas encore quel destin lui serait promis. Merci pour ce texte et ces brèves de souvenirs si vivantes.

denis montebello 18/05/2017 12:38

Merci à vous qui la faites vivre aussi.

Pascale 19/12/2016 10:45

Entre la Gaieté qui trouve acquéreur, le singe comme attrape-client, Claudy Nil qui ne survécut pas (nihil? ou le fleuve?) dans la vie de Titi -normal avec un nom pareil! Ismaël et Archambaud.... je me régale, après la délicieuse flognarde.
Toujours le même plaisir de lecture,Denis.

Denis Montebello 19/12/2016 12:25

Ce jour-là, en revenant de Chérac, on avait envie d'y croire. Que la vie peut toujours retrouver ses couleurs. Merci Pascale.