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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 08:49
L'auteur

T'es l'auteur que jh'seu chet. Cette phrase me revient, rencontrée dans un glossaire des parlers populaires (de Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois) puis rangée dans un tiroir dont le hasard seul -le hasard objectif des Surréalistes- pourrait le sortir. C'est ce que je pensais au moment où je l'ai rangée. Aujourd'hui qu'elle me revient, par un hasard qui a bien les apparences de la nécessité, elle résonne on ne peut plus clairement. « C'est ta faute si je suis tombé ». Voilà ce qu'elle signifie. Voilà comme on dit, par ici. Si o va mal, t'en es l'auteur: « Si ça va mal, c'est ta faute. ». Si vous n'entendez rien à ce patois, vous comprenez au moins que l'auteur, c'est la cause de tous vos maux. Le responsable de vos malheurs. C'est lui qu'il faut accuser, et non votre maladresse ou votre présomption. Mon élagueur n'est donc pas seulement l'auteur de deux suicides, il est aussi la cause, le responsable de ce texte. C'est lui que vous devez maudire, s'il vous a pris le plus précieux de votre temps, le plus clair de vos nuits. Les longues digressions, les parenthèses jamais refermées, c'est lui. Le nain que vous avez suivi dans le labyrinthe de sa folie, le bois des pas perdus où maintenant vous errez, c'est ça. C'est ça qu'on nomme auteur et qu'on doit clouer avec des clous rouillés.

La fête des Boeufs Gras à Bazas, le 23 février 2017.

La fête des Boeufs Gras à Bazas, le 23 février 2017.

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Denis Montebello
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Pascale 07/03/2017 10:14

je demanderais bien un point d'éclaircissement à propos de l'élagueur...
Quant à l'auteur et sa faute, ce n'est, ni plus ni moins, que la formulation terriblement efficace d'un traité de métaphysique sur la liberté...
Belle journée (sans vent?) Denis.

Denis Montebello 10/03/2017 09:30

L'auteur, c'était donc celui qui a lâché cette phrase dans la nuit, tandis que j'attendais sur le quai de la gare: "C'est le deuxième copain qui se pend à un arbre que j'ai élagué."
C'est aussi, l'auteur, si l'on veut voir le verre à moitié plein -écrire comme on s'y est engagé un livre qui fait du bien-, la solution de vos problèmes. Celui qui, en sonnant à votre porte, en élaguant ce mûrier platane qui vous obsédait, en vous libérant d'un poids, vous sauve de la folie et relance votre texte. Vous offre, sinon une fin, du moins une sortie honorable. Du moins un nouveau chapitre.
Alors oui, n'ayons pas peur du mot, nos deux branquignols sont bien l'auteur. Grâce à eux je ne suis pas tombé. Ou je m'en suis très vite relevé. Et mon texte n'a plus rien à craindre du printemps.