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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 08:36
La Fête des Boeufs Gras à Bazas

Pour les boeufs gras, on repassera. Ou on se rendra à Bazas. Le 23 février. On fera la queue chez Aureglia. On prendra des mains du boucher sa côte de boeuf. Quand les chars arriveront, on se dira qu'on est loin de la Fête des Jonquilles et du Corso Fleuri. Plus près des Landes, vu le nombre de bérets. Et entendu les fifres. En roseau, en sureau, d'un bois qui tue le temps. Qui fasse avancer. Quand il marche, le berger, c'est sur trois pattes. Ou au rythme des tambours. Pour accompagner les boeufs à la pesée. 18 boeufs et qui vont par deux. Chaque boucherie a sa paire. Lafon dont on a goûté les magrets, et même Intermarché. Intermarché a deux chars et Aureglia n'en a pas. Ou on regardait ailleurs. Les chars tirés par des tracteurs où il y a du mimosa en fleurs et des feuilles (roseaux? bambous?), des roses en papier crépon. Celles qui ont servi pour les noces d'or de Gaston et Monique et qu'on ressortira pour le mariage d'Angélique et Jonathan. Les boeufs suivent. Solidement attachés à leur remorque. Tellement que ça leur fait une drôle de tête: une tête à billot. Quand elle n'est pas carrément dessus. Il arrive qu'un boeuf rompe sa corde et fende la foule. Sans faire de victimes, heureusement. Personne ici ne s'amuse à jouer les écarteurs. La cérémonie est empreinte de gravité. Il y a du sacrifice dans l'air, voire du chemin de croix. Quand les boeufs traverseront la place et monteront vers la Cathédrale. Mais on n'en est pas là. On n'est qu'à l'apéritif. C'est pourquoi il se balade le pastis à la main. Une bière dans l'autre. Un chelou et pour qui vous prend-il? Le père prodigue? C'est pour vous que la table serait vide? Qu'on n'aurait pas tué le veau gras? Pour fêter votre retour? C'est aller un peu vite, Camarade, on lui lance, devant le CERCLE UNION DES TRAVAILLEURS (Billard au 1er). Où la viande n'est pas moins saoule. Que sous les arcades. Ton veau, il y a belle lurette qu'il a quitté sa mère, son pré. Trois ans à faire du gras. En stabulation. À ne plus tenir sur ses pattes. Lui aussi, quand il sort, il titube. Il hésite. Comme Trygétius quand son cher Sidoine (Apollinaire) l'invite à quitter Bazas et son triste désert, et à se laisser enfin attirer à Bordeaux. À vider un peu son garde-manger bien garni pour régaler ses amis. Et tâter des produits du Médoc. Craint-il les voyages en hiver? Les vents qui soulèvent et chassent les sables, effacent les routes, le sol mouvant? Redoute-t-il, comme l'écrit Sidoine dans sa lettre (vers 463), un « naufrage sur terre »? Ou sait-il, l'animal, que sa première sortie sera la dernière? Que dans un mois il reviendra chez Aureglia ou chez Lafon. Où il sera accueilli et présenté comme il faut. Comme un ambassadeur de l'excellence bazadaise. Taillé en bavette et à déguster saignant. Découpé en paleron, gite, plat de côtes, joue de bœuf. Des morceaux à braiser ou pour le pot-au-feu. Une viande réputée pour son grain fin et un persillé bien réparti. S'il te plaît, Pépère, remballe ta chanson et garde un oeil sur le troupeau. Ton béret et ta pelisse en peau de mouton avec les poils à l'extérieur.

On peut donc ôter son chapeau, si on en porte un. L'ôter devant les boeufs (l'usage n'étant pas ici comme en Italie d'applaudir), les beaux boeufs gras de Bazas, quand on les voit couronnés de fleurs et parés de rubans, marcher deux par deux derrière leur tracteur, descendre en silence vers l'abattoir.

 

 

                        Texte à paraître dans L'actualité Nouvelle-Aquitaine N° 116.

La Fête des Boeufs Gras à Bazas
La Fête des Boeufs Gras à Bazas
La Fête des Boeufs Gras à Bazas
La Fête des Boeufs Gras à Bazas

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Denis Montebello
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Pascale 03/03/2017 09:16

Va savoir pourquoi mon abonnement s'est désabonné tout seul, sans me prévenir... Heureusement que mes balades m'ont menée jusqu'à Bazas, mine de rien et sans coup férir.
Je suis fascinée par la couleur de robe de ces majestueuses, tout sauf tueuses.
Une sorte de force tranquille?

Denis Montebello 04/03/2017 06:52

Oui, on a beau leur scier les cornes, elles ont encore la force, parfois, de rompre leur corde.