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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:49

Arthur Brennan, un Américain, s'envole pour le Japon -pour Aokigahara- et pour y mourir. Avec, comme seul bagage, une bouteille d'eau et une boîte de somnifères. Il ne s'est jamais remis du décès de Joan, sa femme, et il compte bien la rejoindre dans la Forêt des songes (traduction plus qu'approximative de The Sea of Trees et titre initial du film). Ignorant les mises en garde et les messages d’optimisme, Arthur franchit les barrières de sécurité et pénètre dans ce mausolée à ciel ouvert où il a rendez-vous avec la mort. Alors qu'il s'apprête à absorber ses pilules, il tombe sur Takumi Nakamura venu là s'ouvrir les veines et errant, les poignets tailladés, dans ce labyrinthe végétal. Pendant un jour et une nuit, c'est la tempête, la traversée des enfers, des gouffres, des torrents, la tente d’un mort où trouver refuge, ses habits empruntés à un pendu, la solidarité. Les deux hommes s’entraident pour sortir d’Aokigahara, forêt mouvante qui n'a rien à envier à celles des contes. Parti mourir au nord-ouest du mont Fuji, l'Américain retrouvera le goût de vivre. En racontant son bonheur perdu (Nos souvenirs, le second titre du film) et en jouant les samaritains.

Vous avez reconnu le film de Gus Van Sant. Vous ne l'avez pas vu? Vous n'en avez pas entendu parler? Vous n'avez rien perdu. C'est un navet. Qui a été très mal accueilli quand il a été projeté à Cannes. Sous son premier titre et les sifflets.

Fasciné par les destins tragiques (le massacre de Columbine, le suicide de Kurt Cobain), Gus Van Sant signe ici, avec Nos souvenirs, un mélo des plus poisseux. Si le réalisateur américain évoque, avec un certain respect, les croyances et superstitions japonaises, dont les tamashi, ces « âmes errantes » qui vont changer la perception de son héros occidental, on constate aussi qu'il filme avec une insistance malsaine, une complaisance morbide les cadavres et squelettes qui jonchent le sol, les lettres. Que nous entrons bientôt, avec Arthur Brennan, dans une forêt hantée, la plus célèbre du Japon et peut-être du monde, the perfect place to die . The most popular suicide destination in the world (après le Golden Gate Bridge). Le produit phare de votre agence Atypical travel. Just amazing. Si vous aimez l'aventure, le spiritisme, c'est l'endroit qu'il vous faut. Si vous n'aimez pas le paranormal, allez vous faire pendre. Ou cherchez une autre forêt, un autre arbre, demandez à un copain de vous l'élaguer. Un Gourgues qui sache grimper et parler aux palombes. Ici, ce qu'on montre, ce sont de vrais hommes. Qui n'étaient pas faits pour se croiser et qui pourtant se rencontrent. Par hasard ou parce que c'est écrit. Lourdement. Par un scénariste dont je tairai par charité le nom et pour respecter notre contrat. Le film tombe, quand la tempête s'abat sur nos deux héros malheureux et qu'ils chutent de conserve, dans tous les précipices du feel good movie. C'est un déluge de bons sentiments. À fuir. Comme Aokigahara.

Cette forêt, avant d'être le site idéal qu'on sait, the place to be pour les suicidaires et autres touristes de l'horreur, a été un endroit où l'on venait se débarrasser d'un corps à la suite d’un meurtre, déposer le nouveau-né qu'on ne voulait pas ou le vieux qui ne faisait plus rire.

Le vieux qui ne voulait pas chercher son prix.

Que dites-vous de ce titre? Vous le trouvez énigmatique? Déroutant? Vous croyez que le roman va parler de Bob Dylan et du Nobel? Et si je précise que ce qu'il a gagné, le vieux, c'est une excursion d'une journée au Mont Fuji et dans la forêt d'Aokigahara au départ de Tokyo, vous comprenez mieux pourquoi il traînait les pieds, pourquoi il n'est jamais venu chercher son prix, vous le comprenez?

Et vous avez envie de lire un roman qui porte ce titre? Vous devinez qu'il vous fera du bien? Vous pensez que c'est un bon titre pour un livre qui fait du bien? Qu'il ferait bien dans la liste de vos envies? Dans votre étagère IKEA? Vous courez l'acheter?

Est-ce que ça parlera aux jeunes, un titre comme ça, à ceux qui aiment les défis et la baleine bleue?


 

Le vieux qui ne voulait pas chercher son prix

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Denis Montebello
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Angeline 10/04/2017 14:21

j'aime me promener ici. un bel univers. vous pouvez venir visiter mon blog.

Pascale 04/04/2017 12:14

C'est parfaitement réussi.
C'est le mouvement perpétuel, à ne pas confondre avec la perpétuité du mouvement.
Encore Bravo!

Pascale 04/04/2017 11:36

Ah! Extra!!! quel rythme et quelle allure. Je n'aurai qu'un mot, bravo. Et puis un autre Merci.
J'avoue que le clavier sèche, sache-le, devant un tel brio, une maestria, un dosage parfait de l'ironie et du sérieux. Du grand Denis!

Denis Montebello 04/04/2017 11:57

Merci beaucoup, Pascale. Comme tu vois, j'aurai passé tout le roman à chercher le bon titre.