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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 08:26
Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

« On trouve de tout dans le bois. » Un proverbe que j'ai inventé, au sens archéologique du terme. La première phrase que je serais parvenu à former. Et à dire. Selon la légende. Les prémices d'une lecture qui m'occupe toujours.

 

La gormelle que l'on cueille dans la mousse et sous le nom plus parlant de pied rose.

 

Le vert de certaines bises, qui est la couleur sous laquelle elles se cachent. Il va du marron vert au violet en passant par le vert pâle légèrement craquelé. Quand les bises apparaissent vertes sur les chemins, trop vertes pour être vraies, je les retourne avec mon bâton ou je les envoie promener d'un coup de pied.

 

La canne de mon grand-père. Elle n'écrase pas seulement les limaces qui attaquent nos champignons, elle chasse aussi les faux, ceux que je n'ai pas vus ou dans lesquels j'ai oublié de shooter.

 

Les tontons qui m'attendent dans le petit bois de hêtres ou aux Quatre-Vents. On peut les appeler polonais ou gros-pieds, ça marche aussi: ils viennent remplir le panier.

 

Mes premiers cyclamens sauvages. C'était sur la route de l'Algérie, un peu après Babouch, dans une forêt et au bord d'un ruisseau. Je les ai retrouvés trente ans plus tard, dans les Deux-Sèvres, toujours aussi africains, toujours dionysiaques.

 

La formule qui conclut les contes, en arabe, l'équivalent de « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants » ou « Ils se marièrent et vécurent heureux » En français, cela donne à peu près: « Notre conte pénétra dans la forêt et nous aurons une bonne récolte. » Une fin magnifiquement ouverte.

 

Cela que j'ai entendu en Tunisie, il y a un peu plus de trente ans: « Les premières figues, c'est l'arbre qui rêve »

 

Retrouver certains mots de l'enfance dans les poésies piémontaises qu'une amie a achetées à Turin et qu'elle m'a offertes. Notamment nos clochettes, comme nous appelions les campanules. Elles poussaient sur la paroi, dans le grès, et regardaient passer, après le Decauville, ces deux-là qui prenaient la voie de 60 pour monter dans le bois.

 

Tous les deux comme trois frères, la formule magique. Non seulement elle nous ouvrait les portes de la forêt, mais elle redonnait à mon grand-père son sourire. Celui qu'il avait perdu dans un bois, du côté de Boleto où cet été j'ai trouvé une gormelle.

 

Retrouver mes beignets râpés dans d'autres pays et sous d'autres noms, bramborak à Prague, placki en Pologne, et toujours faits de la même façon. Et toujours aussi bons.

Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

Morgat (Finistère), vers le Cap de la Chèvre. Mai 2017.

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Denis Montebello
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Pascale 19/06/2017 14:53

Merci pour ce coulis de fraîcheur, Denis, qui passe comme un souvenir d'enfance, en traversant les sous-bois de la mémoire.
C'est très beau. Comme chaque fois.

denis montebello 19/06/2017 15:46

Merci Pascale, le commentaire aussi fait du bien.