Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 08:14

À Enna et à Piazza Armerina, l'une des présences les plus réelles, les plus rassurantes, est le rite funéraire: tout un pullulement d'affiches mortuaires géantes et de magasins de pompes funèbres pour les rues du centre. Beaucoup de vieux, beaucoup d'affaires.

Les services funéraires seront inévitablement les derniers à quitter ces pays désormais perdus, dépeuplés.

Ici la mort triomphe, elle envahit tout, on ne la laisse pas, comme c'est le cas ailleurs, entre parenthèses; elle tapisse les murs; aucun lieu ne lui échappe, aucune pierre.
Enna et Piazza Armerina n'ont plus sens, villes rétrécies et closes. Ces temps n'en veulent plus, elles se préparent à être aspirées dans les enfers plutoniens. Même si Perséphone a tenté l'irruption dans les sphères célestes, Pluton détient le nombril de la terre et, sans répit, nettoie la peluche qui l'empoisonne, un peu plus bas, à Pergusa.
Dans les quelques mots des indigènes la fatigue et la mélancolie, le noir et le vertige. Gardiens de pierres destinées à tomber, l'une après l'autre.
Des endroits de l'autre monde, c'est vrai, d'une Sicile continentale, lombarde. Haute, inaccessible, boisée et verte. D'une rationalité froide qui se heurte à l'idiotie de l'homme quand il n'est plus un homme pour l'homme.
Ainsi la pierre, placée en 1960 sur la façade d'une maison morne et inhabitée, au terme de la montée qui conduit à la limite d'Enna, le Castello di Lombardia, à nous faire contemporains de Cicéron (qui semble avoir demeuré là, en 70 A. C., à l'époque du procès contre Verrès), et à sauver Enna du souffle qui la soulève, elle, cité d'une arrogante beauté. Oublieuse et altière.

 

Angelo Rendo

Traduit de l'italien par Denis Montebello

VERTIGINE E MALINCONIA

A Enna e a Piazza Armerina, una delle presenze più vere e rassicuranti è l'onoranza funebre: tutto un pullulare di manifesti mortuari giganti e di negozi di onoranze per le vie del centro. Molti vecchi, molti affari.
Gli addetti alle pompe funebri, inevitabilmente, saranno gli ultimi a lasciare questi paesi ormai persi, spopolati.

Qui la morte fa la sua bella figura, è invadente, non la si lascia tra parentesi, come altrove, e usualmente; i muri ne sono tappezzati; lei entra in ogni luogo, cova ogni pietra.

Enna e Piazza Armerina non hanno più senso, città incastellate e chiuse. Non servono a questi tempi, si preparano ad essere risucchiate negli inferi plutoniani. Per quanto Persefone abbia tentato l'irruzione nelle sfere celesti, Plutone detiene l'ombelico della terra e, senza requie, lo ripulisce della lanugine che lo attassa, lì, poco più in basso, a Pergusa.

Nelle poche parole degli indigeni la stanchezza e la malinconia, il buio e la vertigine. Guardiani di pietre destinate a crollare, una dopo l'altra.

Posti dell'altro mondo, è vero, di una Sicilia continentale, lombarda. Alta, irraggiungibile, boscosa e verdeggiante. Di una razionalità fredda che cozza contro l'idiozia di ogni uomo che non è più uomo per l'uomo.
Così, è la lapide - apposta nel 1960 sulla facciata di una tetra e disabitata casa, su per la salita che conduce al termine ultimo di Enna, il Castello di Lombardia - a farci contemporanei di Cicerone (che ivi sembra aver dimorato nel 70 a.C., ai tempi del processo contro Verre), e a riscattare Enna dal turbine che la fiata, lei, città di tracotante bellezza. Dimentica e altèra.

 

Texte et photos Angelo Rendo


 

Partager cet article

Repost0

commentaires

pascale 18/04/2019 22:55

superbe traduction! Lieux et places chers à mon cœur, merci Denis