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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 06:32

Que centauresse ait remplacé centaurelle, dans les dictionnaires, c'est un fait. Et on ne peut aller contre. Les centaurelles ont disparu, et on dispose désormais d'un mot pour désigner la femelle du centaure. S'il faut absolument lui donner un nom. Et si on la rencontre. Je parle de la question. Car la chimère n'a pas besoin de nous pour disparaître. Ni pour apparaître d'ailleurs. Elle ne nous demande pas notre avis. Si elle se présente à nous comme centauresse, c'est son affaire. Et si elle veut revenir comme centaurelle, c'est sa liberté aussi. Si elle trouve le mot plus ailé, plus aérien, plus ressemblant. À ces créatures qui surgissent sous sa plume ou sous son pinceau.

Car Prisca écrit et peint. Ou dessine. Elle écrit avec un pinceau, elle peint et dessine avec des mots. Ses textes sont des tableaux. De petits tableaux. Des idylles avortées, où les rivières nous chantent de drôles de chansons tristes. Où les trous de verdure n'en finissent pas de saigner.

Ses centaurelles, d'où viennent-elles ?

De sa fréquentation de la mythologie, des elfes et sylphides qu'elle y a croisées, ou de son amour des plantes ? Il existe en effet, parmi les plantes rares et protégées par la loi, à côté de l'ammi élevé et de la filipendule vulgaire, une petite centaurelle particulièrement délicate ?

De la musique, qu'elle pratique aussi, d'un clip où elle les aurait vues galoper dans les herbes hautes, plonger dans les sous-bois ? Il y en a dans Street Song, de Fauness. Trois faunesses pourvues de queues de cheval. De vraies queues de cheval, comme dans un rêve. Très rock 'n'roll, ce rêve, d'où le titre du recueil.

Elle m'envoie régulièrement ses rêves, et je les lis au réveil. Pour ne pas me réveiller. Pour continuer à galoper, avec ses centaurelles.

Ses centaurelles à elles ne sont pas que trois, même si elles sont toutes un peu fées.

Elles ne sont pas cent mais presque. Cent avatars de celle qui signe aujourd'hui ce livre. Cent qui résonnent comme autant d'échos de son prénom, Prisca. Archaïque, ce latin qui précède le latin. La langue dans son enfance. Et parfaitement actuelle. Hybride, comme cette Violette Ours qui nous accueille. Dans son jardin. Un jardin où se mêlent végétal et animal. La fragilité et la force. Un jardin où l'on a rendez-vous avec son double. Sa sœur ailée.

Quand la demoiselle n'est pas une libellule, c'est un parfum qui flotte. Violette et rose ancienne. Un parfum de grand-mère. D'une grand-mère prénommée Alice. C'est elle qui ouvre ce livre, qui nous ouvre la porte du jardin. Une dernière fois.

C'est le parfum des fantômes. Ils reviennent, comme les fleurs au printemps. Des fleurs incueillissables. Comme on dit chez Proust. Du côté de Guermantes. Des pervenches refleuries.

Des pervenches, il y en a. Dans cette forêt où Emily n'a pas peur de se balader. Emily et Rose. Lorène et Violette. Les doubles fleurissent, dans ce livre. Et la mort est un cheval ailé. Qui n'attend que ça. Qu'on le chevauche.

 

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/POIRAUDEAU-Prisca

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