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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 06:52

Descendant à Station-Ausone c'est-à-dire chez Mollat, j'abandonnai l'idée de rappeler à mes amis Bordelais, à ceux qui me regardent, depuis que leur ville est devenue capitale de la Nouvelle-Aquitaine, comme un paysan du Poitou, que Bordeaux s'appela d'abord Burdigala. Que le nom gaulois dont cela provient, *Burdi-galos, signifiait « Brave-Mulet ».

L'envie d'en découdre m'avait quitté. Même avec celui qui commit les Oeuvres complètes que publia Mollat justement, qui réussit l'exploit de rendre l'auteur qu'il a traduit parfaitement illisible. Le pauvre homme n'a pas survécu à son crime, et nous pourrons toujours lire, et pour notre plus grand bonheur, Le Testament d'Ausone, de Marc Petit (Le Festin).

Decimus Magnus Ausonius est né en 309 à Bazas ou Bordeaux. Et mort vers 394/395 entre Langon et La Réole.

« Buveur de Moselle » (né à Épinal) et rotant comme lui le Tibre, je me sens un peu le contemporain d'Ausone. Ou plutôt son commensal. Il n'a pas besoin de m'inviter à sa table. Je n'ai pas besoin d'aller chez lui, à Bordeaux ou dans l'une de ses propriétés. Ni même à Rom où nous aurions pu nous croiser quand j'allais chercher mon pain. Le fameux pain romain. Ausone et moi nous sommes deux compagnons, et nous ne nous sommes jamais rencontrés que dans les livres.

Nous aimons tous les deux les huîtres. Lui celles du Médoc -des Medulli-, moi celles des Santons. Nous sommes des Aquitains.

Moi un Néo-Aquitain, doublement, car je me suis installé à La Rochelle il y a un peu plus de quarante ans. Dans une Aquitaine qui a récemment retrouvé ses anciennes frontières.

Lui l'est de moins fraîche date, mais c'est aussi un immigré. Quelqu'un qui compte dans ses ancêtres des druidesses déguisées en dryades. Des druides devenus par la force des choses, par la volonté des Romains des prêtres. Au temple d'Apollon. Puis des professeurs à Bordeaux, enseignant la rhétorique et pratiquant la poésie. La poésie hermétique. S'adonnant à des jeux oulipiens, comme Ausone avec son Technopaegnion. Inventant ce que François Le Lionnais appellera le « plagiat par anticipation ».

Nous sommes tous les deux Italiens. Moi d'origine, par mon grand-père venu du Piémont dans les Vosges (où il exerça le métier de cimentier-carreleur). Lui de nom (Ausonius, comme son père, un médecin de Bazas), un gentilice d'apparence latine. Mais c'est un « nom de couverture », ou d'assonance, qui rappelle une racine homophone indigène, *aus(o), « or » en gaulois, ou encore *ausi, « oreille ». Notre « Italien » n'était, au départ comme à l'arrivée, qu'un « Doré », quelqu'un à qui la chance a souri. Un « Loreillard » ou « Lorillard » qui a fait fortune. Qui a toujours eu l'oreille du pouvoir.

Moi, je n'ai pas eu à cacher mon ancien idionyme sous un pseudo-gentilice. Si le mien est un faux, c'est d'abord un nom de trovatello, d'enfant trouvé, celui qu'on a donné à mon arrière grand-père Ambrogio.

Le latin, j'ai dû l'apprendre, comme beaucoup à mon époque, et le plaisir est venu tard, avec celui d'enseigner : de transmettre. Et celui, peut-être, d'habiter mon nom.

Je n'ai pas eu de disciple comme Paulin. Mes élèves ne sont pas partis en Espagne, sauf un, pour étudier, via le programme Erasmus, à Barcelone. Ils n'ont pas rencontré de riche héritière, ils n'ont pas épousé sa religion. Ils sont peut-être en route vers la sainteté, mais ils ne m'en disent rien. Ils se sont convertis au silence.

 

Station-Ausone
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