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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 09:27
COMBRAY

Combray est un village imaginaire. Une création de Proust.

Mais ce n'est pas une création ex nihilo. Il existe un Combray dans le Calvados, et c'est en Normandie que fait aussi voyager ce nom, avec sa syllabe finale qui sonne comme braie (le pantalon gaulois), brai ou brais (orge broyé pour la fabrication de la bière), ou encore Bray (le pays et son fameux Neufchâtel). Qui sonne vrai. Combray est un nom inventé qui sonne vrai. Comme Guermantes.

Pourtant, cela commençait mal. Avec ce Combre dont on se demandait s'il était « confluent » ou « barrage », ou « barrage sur le confluent ». On n'avait pas souvenir, bien qu'on ait lu Proust, et pas en lecture rapide, d'un quelconque barrage sur la Vivonne. Ni d'avoir appris, en visitant récemment Illiers-Combray, que le Loir s'y jetait dans la Sarthe. Certes, il reçoit les eaux de la Thironne, mais l'événement n'est pas important au point de rester gravé dans un nom .

Tout semble plus facile avec Guermantes. Plus limpide et surtout plus brillant. On est tout de suite plongé dans une lumière orangée. Celle qui émane de la syllabe « antes ». De haute noblesse mais à son couchant.

Si le nom de Guermantes est éclatant, il y a dans Combray quelque chose de manant. Un certain charme sombre, et une couleur de grès. De cette pierre grossière et rugueuse qu'est le grès. Le grès sombre et fruste de Combray. Ce nom donne le ton. Le ton rougeâtre des pierres. De ces pierres noirâtres ou noircies qu'on voit partout à Combray. Sur la sombre façade de l'église, dans son vieux porche, son clocher, dans les moellons de son vaisseau, et dans la moindre maison.

À Combray, on est plus bas que chez les Guermantes, et en même temps plus haut. Plus haut que cette vieille aristocratie qui remonte à l'époque féodale et même aux Mérovingiens. On est carrément, avec ces moellons grossiers dont ils faisaient leurs murailles, chez les Gaulois. Dans leurs « confluents » et sur leurs « barrages ». Avec ce latin tardif combrus « abatis d'arbres », peut-être d'origine celtique. Devenu combre en vieux-français : « barrage installé sur une rivière ». Combre qui donnera décombres et encombrer.

Mais je ne veux pas ralentir le cours de la Vivonne qui n'est déjà pas bien vive à Illiers, malgré le nom que Proust lui a donné.

Je pourrais toujours accuser les plantes d'eau qui l'obstruent, comme ce pauvre nénuphar. Il exécute, chaque fois que je me promène du côté de Guermantes, la même manœuvre, et fait penser à « ces malheureux dont le tourment singulier, qui se répète indéfiniment durant l’éternité, excitait la curiosité de Dante ». Plus loin le courant se ralentit encore, à cause des travaux d'horticulture aquatique qui ont fait fleurir, «  dans les petits étangs que forme la Vivonne, de véritables jardins de nymphéas. »

« Au sortir de ce parc, la Vivonne redevient courante », et je ne l'encombrerai pas à mon tour, avec mes rêveries étymologiques.

 

 

 

COMBRAY
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