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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 07:35

« Mobby-Dick or The Whale

À une exception près, Melville ne met pas de trait d'union pour désigner le cétacé. Il réserve ce signe typographique au titre de l'oeuvre.

Certaines éditions de Moby-Dick comportent un trait d'union, d'autres pas (comme le fait Jean Giono, traducteur de l'oeuvre). »

C'est le constat que fait ce matin Jalel El-Gharbi, professeur à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, en Tunisie.

À quoi quelqu'un répond, toujours sur Facebook :

« Bonjour. Si je peux me permettre, et entre nous, la "meilleure traduction" (en fait, ça ne veut rien dire d'autre que : celle que je préfère ...) c'est celle d'Armel Guerne (éd Phébus). Il prétend avoir "collé" aux dires du grand Herman qui affirmait "ne pas écrire en anglais, mais en outlandish" (la langue du grand ailleurs) ... »

Je ne connaissais pas cette phrase « du grand Herman », ni le mot outlandish. Je ne sais pas dans quelles circonstances, dans quel esprit Melville l'a prononcée, ni quel sens il lui donnait. On lui donne maintenant. Comment on traduit ce terme.

Si c'est un néologisme, de deux choses l'une, ou bien c'est un one shot, un hapax, ou bien il a fait fortune et se trouve sous d'autres plumes, dans d'autres contextes, peut-être même dans les dictionnaires. Ou il existait avant Melville, et on l'emploie toujours.

Je voulais en avoir le cœur net, j'ai cherché. D'abord sur Internet. Je ne parle pas du traducteur automatique, de ce drogman qui prend un malin plaisir à vous égarer, qui transforme votre Voyage en Orient en cauchemar, mais d'un truchement un peu plus fiable comme le dictionnaire en ligne.

Celui que je consulte me propose, comme équivalents français d' outlandish : «étrange ; bizarre ; exotique ; extravagant ; saugrenu».  Au choix. Et si cela ne suffit pas, ne me convient pas (les phrases qu'il me propose concernent des vêtements un peu trop bariolés, un style, un comportement, des idées qui ne me vont pas), je peux essayer « original ; excentrique ; farfelu ; baroque ».

Nulle part je ne trouve mention de Melville, l'idée qu'on puisse écrire un roman, et de la taille de Moby Dick, dans une autre langue que l'anglais. Dans un anglais aussi étrange. « Déterritorialisé », dirait Deleuze. L'idée que Melville invente une langue étrangère qui court sous l'anglais et l'emporte au loin. Qu'il écrit ce roman énorme en baleine. Qu'il parle baleine. Comme son Capitaine. Qui devient la Baleine et finit par se frapper lui-même lorsqu'il la frappe.

 

Rien n'est incongru, sur les réseaux sociaux. Où circulent les pires fake news (des baleines qu'on avale sans problème, sans le savoir). Où les trolls pullulent. Il arrive même qu'on rencontre le trolual ou trolval, la « baleine-troll » ou « baleine diabolique », un cachalot qui provoque des naufrages en renversant des navires. Parfois le monstre se présente comme une île, et les marins accostent, sans se méfier, sur son dos. C'est une légende. Mais il y en a de plus grosses encore. Et de plus dangereuses.

Il y a aussi, et c'est heureux, des amis qui donnent à penser. Et des raisons d'espérer. Comme Jalel El-Gharbi ce matin. Comme chaque matin. Et plusieurs fois par jour.

Ceci, par exemple, puisque nous parlons de traduction :

« Étonnante la fortune de la racine chaldéenne quadrilitère TRGM qui donne quasiment le même mot en araméen, en arabe, en persan, en amharique, en hébreu, en urdu, en turc ترجمة (tarjama).

C'est la même racine qui donne "targum" (ou tragoum), version araméenne de la Bible et qui donne en français "drogman" et "truchement".

Mais rien ne saurait nous faire oublier la beauté du correspondant grec μετάφραση (metafrasi). »

Avec Le Caravage : Saint-Jérôme (patron des traducteurs) écrivant.

 

 

 

 

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