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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 14:12

 

La Devise est une rivière. Longue de 35,7km. Sa source se situe sur la commune de Chervettes (17380) d'où nous sommes aussi partis pour notre marche. Le Canal de Charras prend le relais de la Devise à Landrais, au Gué Charreau. Il rejoint la Charente à Saint-Laurent-de-la-Prée.

La Devise est aussi, depuis le 1er janvier 2018, un regroupement de communes : des trois communes de Vandré, Chervettes, et Saint-Laurent-de-la-Barrière qui n'en font plus qu'une, du nom de la rivière qui les traverse toutes les trois, et qui apportera toujours, même quand il n'en coule plus sous les ponts, de l'eau à nos moulins. Elle nous fera causer. Avec un agriculteur rangé des tracteurs, mais qui les collectionne. Ainsi que les solex, les mobylettes, et une Juva 4 dont il est très fier et qu'il ne sort qu'aux grandes occasions. Dans laquelle pourraient s'installer de vrais gendarmes de Saint-Tropez, avec de vrais costumes, si jamais nous en connaissions.

 

 

Cette Devise-là nous fait parler. Aux vivants, quand nous en rencontrons, et des absents: de la fritillaire pintade, une fleur à damier qui disparaît avec les zones humides, qui trouve refuge, quand il n'y a plus de marais, de prairies inondables, dans les fossés. De cette Barrière que nous nous apprêtons à passer et qui garde le souvenir d'une ancienne frontière (entre Aunis et Saintonge?)

La Devise, ce pourrait être la devise de notre groupe. Car marcher est pour nous une longue conversation (18 km aujourd'hui), l'occasion de commenter tout ce qui tombe sous l'oeil, noms de pays ou lieux-dits que nous cueillons comme autant de traces. Du chanvre qu'on cultivait à Chervettes. Du Terrier du Mugon où nous pourrions nous musser si c'était un tumulus ou une motte féodale. Mais ce Terrier est bien trop large, bien trop long, bien trop élevé : nous remontons avec lui au kimméridgien, soit 152 millions d'années plus haut, et débarquons dans des vases infestées de crocodiles.

Avant d'arriver au Jurassique supérieur, il faut faire l'ascension de cette butte calcaire, grimper dans une prairie sèche où notre guide voit « des pelouses mésophiles calcicoles et des ourlets thermophiles associés sur une ligne de coteaux à pente modérée à forte, d’exposition majoritairement sud-ouest », et où je ne suis pas surpris de retrouver des tremblants (Briza media ou Brize intermédiaire). Des orchidées (certaines très rares) dont les noms font image nous conduisent en douceur au sommet, et à découvrir un vaste paysage où dominent les cultures, le blé et le maïs. Où il y a aussi des forêts, comme le bois de la Bastière que nous traverserons allègrement malgré le danger que représente le tir à l'arc.

 

 

Les escargots ne constituent pas une menace, que l'on appelle ici cagouilles, ils ne nous disent pas non plus où aller mais à quel train. Ainsi arrive-t-on au domaine de la Bastière où personne ne nous attend. Où nous ne nous arrêterons pas.

 

 

Le porche ressemble, quand nous le franchissons, à un arc de triomphe, un arc à deux passages, l'un pour les chariots, les charrettes, l'autre pour les piétons comme nous, mais il n'y a que deux chiens pour saluer les vainqueurs, ils nous suivront jusqu'au bout. Ils courront un moment derrière nos voitures, puis nous les oublierons pour une Route des Yeux d'Argus aperçue à Vandré et qui nous occupera jusqu'à La Rochelle.

Nous éviterons donc Saint-Germain-de-Marencennes, et, en devisant comme il faut, la question posée à l'aller. À l'entrée de la cité et à chaque coin de rue, partout où il y avait de la place. Nous nous demandions, en voyant ces mannequins habillés, à quelle noce villageoise ils nous invitaient. À quelle danse macabre. Pourquoi ce rassemblement d'épouvantails, et pour chasser quels oiseaux ?

Maintenant nous savons. Ce sont des Marentins, ils ont envahi la ville. Le temps d'un festival. Du Festival de la charrette bleue. Il a eu lieu ici, les 12 et 13 juin 2015. Sont-ils là depuis 2015 ? Les ressort-on chaque année à la même époque, avec les mêmes costumes ? Le festival se tient-il tous les ans ? A-t-il été interrompu par la pandémie? Reprend-il enfin ?

Les questions continueront sans nous. Elles iront voir ailleurs, chemineront avec d'autres chemins. Nous, nous sommes arrivés au port. Et à la conclusion que nous voulions. Que deviser comme nous faisons, comme nous savons faire, n'empêche pas la mort, mais c'est un moyen de la retarder. De la repousser plus loin. Dans un avenir ressemblant, vu d'ici, au kimméridgien avec ses crocodiles.

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