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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 08:35

 

J'imagine la scène. Henri Michaux tout frais débarqué de la gare, cherchant son hôtel comme d'autres un port. Voyageant comme Plume, comme il écrit, pour fuir le nid. Ce qui reste en lui de Belgique. Attendant, comme il faisait à vingt ans à Dunkerque, un bateau pour s'embarquer au loin. Vers la Grande Garabagne. Car s'il a renoncé à son i grec, il a gardé son M anglais, sa figure. Cette figure n'exprime plus « une tranquillité en route vers la colère », mais l'Emanglon voyage toujours « enfermé comme un colis ». Si vous le rencontrez, si vous osez l'aborder, l'inviter à dîner, il y a peu de chances qu'il vous réponde.

C'est pourtant ce qui arriva. Ce jour-là à La Rochelle. Henri Michaux accepta l'invitation et il fut un convive charmant. Il ne pipa mot de la soirée, mais il écouta poliment. Le repas terminé, il salua ses hôtes et regagna son hôtel. Situé sur le Vieux Port, à deux pas de la gare. Avec le même sourire que celui qu'il adresserait à l'infirmière prénommée Marilyn au moment de quitter la vie. Un sourire qui vous remercie. Pour ces luisettes qu'on prononce louisettes et qu'on cuisine comme les coques. Ou comme les lavagnons. Mais ce ne sont pas des lavagnons. Le livre que lui a apporté Marilyn est formel, avec ses planches. Ce sont des tellines. C'est sous ce nom qu'on les vend au marché. A Oléron. Lavagnons et luisettes se pêchent sur les mêmes plages, les plages du sud de l'île. Ils se cachent dans le même sable, mais pas sous la même couleur. Et ils n'ont pas la même forme. Certains de ces petits coquillages sont plus jaunes, plus ovales que les autres, allez savoir lesquels. Même les scientifiques hésitent. Mais ce n'est pas ce que cherche Henri Michaux dans les livres d'histoire naturelle qu'il a demandés à Marilyn en ayant honte de lui donner tout ce mal. Ni des noms. Elle est loin l'époque où il rêvait devant les noms du dictionnaire. Des noms qui n'appartenaient pas à des phrases.

Il sait le chagrin que c'est d'écraser sous ses pas les brillants spécimens de Donax. Donax trunculus et donax vittatus. Une fois de plus confondus. Produisant le même bruit sec après avoir été arrachés au sable mouillé. Quant à donaces, son équivalent français, il faudrait aller chez Jules Verne, vingt mille lieues sous les mers, pour trouver ces « véritables coquilles bondissantes ». Et l'heure n'est plus à lire. Elle ne l'a jamais été.

Non, ce qui retient celui qui a « passeport pour aller demain de par les mondes », ce sont ces deux coquilles qui restent longtemps ensemble, après la mort de l'animal, car le tendon qui les relie est très résistant.

Et l'idée, mais l'infirmière qui se prénomme maintenant Annie n'aura pas le temps de la formuler, ou il n'aura pas envie de l'entendre, que la telline se reproduit à l'âge d'un an, alors que sa taille avoisine le centimètre. Que l'espèce, malgré la pêche intensive, n'est pas menacée.

 

          lavagnon_09074-9.jpg

 

 

                                                     Texte à paraître dans L'Actualité n°86.

 

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Denis Montebello
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