Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:49

       Un bon pitch fait office de teaser qui intrigue le lecteur et le pousse à écouter ce qui est dit. C'est ce qu'a lu quelque part l'auteur de ce résumé, et qu'il tente d'appliquer ici. Mais maladroitement. Parler de désir ne suffit pas à l'éveiller. Il faut d'autres arguments. Et éviter autant que possible de rebuter le lecteur avec des phrases trop longues, des parenthèses à répétition, des mots qu'il ne comprend pas et des références qui l'excluent. D'abord, il convient de rappeler que la présentation est un art. Que le story pitching doit résumer votre scénario, votre trajectoire, votre vie en trois lignes. Tendre, avec une économie de moyens, vers un but: vendre. Cela se joue en quelques minutes. On n'a pas droit à l'erreur.

    Un bon pitch commence, c'est vrai, par de la performance. Il doit être unique dans sa manière de traiter un angle original. Que votre client veuille paraître clivant, c'est son droit, c'est parfaitement légitime, c'est même d'excellente stratégie dans un métier saturé de concurrents comme est l'archéologie. Seulement, cela doit se faire dans un style point trop segmentant. Il faut par conséquent bien identifier le destinataire, le surprendre tout en lui parlant sa langue, l'entraîner, sans violence, dans des contrées où il n'aurait jamais osé s'aventurer, dont il ignorait même l'existence. Cette île, doit-il se demander, franchement, est-ce que j'en ai jamais entendu parler? Si oui, est-ce que je saurais la situer sur la carte?

     Le je ne nuit pas, qui donne un poids d'authenticité à mes propos, tout en ouvrant une box puis une autre. L'histoire de ma vie n'est pas seulement ma vie, elle se crée dans l'esprit de ceux qui m'écoutent. Sans les histoires, les métiers sont des concepts arides. Je donne du sens à ma profession en me décrivant sur le mode individuel. Le je doit ajouter une expérience singulière et une régénérescence de mon métier d'archéologue.

    Pour raisonner sur du concret, voici quelques exemples à étudier. J'attends avec impatience vos réactions.

     Celui-ci, arrivé par la poste. D'un candidat qui n'a pas précisé à quoi.

   « Le mystère des momies-Frankenstein de Cladh Hallan n'est rien en comparaison de celui que vous êtes à vos propres yeux. Avant de quitter votre île, découvrez-en les infinies richesses. C'est à cela que je vous invite. Je mets mon expérience de conseiller en image personnelle et communication à votre service, afin que vous affrontiez la concurrence dans les meilleures conditions. »

     Celui-là est assez gratiné.

   « L'aventure vous tente? Je vous invite à un voyage qui vous conduira, sans risque, du stress des professions libérales aux confins du paranormal. »

   Celui-là est original dans sa formulation. Attention cependant à ne pas brouiller le message. Mais je ne veux pas influencer votre jugement.

    « Je vous propose d'écrire cette belle page de terre dont rêvait le poète. L'auteur, s'il a la chance de survivre au succès, pourra toujours tomber le masque et à la fin rafler la mise. Et, dans le cas contraire, je ne vois pas pourquoi j'irais réclamer un livre tu à mort et enterré sous X. Dans les deux cas, reconnaissez-le, je m'en sors plutôt bien. »

    Quelques conseils encore, avant de nous quitter.

  Un défaut à éviter, et ce n'est pas le moindre, confondre présentation et publicité comparative, on n'est pas là dans un exercice de dénigrement. L'auteur du pitch ne vise pas forcément la big picture, -la vue, la construction d'ensemble-, il ne doit pas non plus se montrer pusillanime, laisser croire qu'il renonce devant un danger qu'il a mal évalué. Il ne paraît plus très sûr de son jugement, il donne l'impression de changer d'avis en cours de route, si bien qu'on se demande si c'est lui qui parle ou un témoin de la scène, par exemple un personnage échappé d'un roman, ou qui ne parvient pas à s'y installer. Peut-être veut-il prendre la place de l'auteur, ou l'a-t-il déjà usurpée.

    Enfin, on ne sait pas du tout le sujet de ce brûlot, or, dans un domaine, l'archéologie, où la concurrence est particulièrement féroce, il est important que le pitch circonscrive la question, qu'on sache, en l'écoutant, quelle époque on aborde, et avec quels outils. Dans quelle tenue. Le costume de l'explorateur serait ici parfaitement inadéquat. Mais l'habit d'orpailleur, s'il vous sied mieux, est tout aussi ridicule. Comme celui de géologue ou de collectionneur de fossiles. Ceux qui fréquentent les bourses aux minéraux sont en général des tristes, disons qu'ils ont du mal à s'extraire de cette gangue de mélancolie qu'on connaît bien en Écosse et chez les Celtes. De cette hebridean depression qu'on sait combattre et avec quelles armes.

    Tandis que nous nous demandons toujours un peu pourquoi aller ainsi harnaché et pour quelle vie.

 

bog feature

 

     L'Homme de Tollund. Photograph by Robert Clark. National Geographic. Pour d'autres photos et plus de détails, allez ici.

Partager cet article

Repost 0
Denis Montebello
commenter cet article

commentaires