Poseidonios d'Apamée n'est pas seulement géographe et historien, mathématicien et auteur de traités de physique et de météorologie, un savant complet, il a aussi une oeuvre philosophique et métaphysique considérable. Dont ne nous sont parvenus, comme de tout ce qu'il a écrit, que quelques fragments.
En ce temps-là, science et sagesse naviguent de conserve, et c'est ainsi que le philosophe stoïcien voyage, décrivant, dans de vastes enquêtes, les moeurs et la société des peuples, notamment des Celtes qu'il a l'occasion d'observer (il visite nos contrées jusqu'à l'estuaire de la Gironde, la limite, pour un Grec, du monde habité). Et dans ce "style ethnographique qui fait que ses Gaulois resteront éternellement vivants -un modèle offert à la nation française pour toute extravagance passée et à venir." (Arnaldo Momigliano, Sagesses barbares)
Voici deux images de la ville où il est né vers 135 av. J.-C.
L'une, de 2011, où on voit Apamée sur l'Oronte: des structures comme en révèle la photographie aérienne. Et on ne sait pas si elles affleurent ou disparaissent sous nos yeux. On dirait un livre d'artiste signé Yves Bonnefoy et Geneviève Asse, mais c'est GoogleEarth.
L'autre est de 2012 et on se croirait sur la lune ou en 1918. Des trous partout, ce ne sont pas des cratères, mais les fouilles sauvages qui ont lieu en ce moment en Syrie (et en Irak, et j'imagine que la Libye n'est pas épargnée). La preuve s'il en fallait du pillage qui accompagne et alimente cette terrible guerre. Car le trafic d'objets archéologiques permet d'acheter des armes: elles ajouteront la destruction à la destruction.
Je pense en les regardant à Poseidonios. L'enfant d'Apamée. Qui écrivait ceci. « Le monde est un tout sympathique à lui-même. » Où il faut entendre que dans le cas de corps unifiés, il existe une sympathie. Lorsque le doigt est coupé, le corps entier en est affecté. Ou, pour le dire autrement, quand la Syrie souffre, c'est toute la terre qui a mal.

