C'est sur ce titre que je me suis réveillé. Cette nouvelle qui m'a tiré du lit. D'un retour du lexique.
Après une journée passée à travailler au jardin. À prélever (comme disent les chasseurs) les doryphores (les salauds ont pondu!), les larves qui attaquent mes patates. À arracher et à cueillir les derniers rangs de fèves, à arroser les artichauts, les haricots, tout ce qui souffre en ce moment. Et à amorcer la pompe, à remplir les cuves, bidons, et le récupérateur d'eau que ce printemps particulièrement sec a vidés.
Retour du lexique, donc. Avec, si je ne rêvais pas encore, le petitrobert. Pas moins. Il fallait bien ça pour me réveiller. Un gros titre annonçant le retour du lapin (c'est ainsi que je le recevais, que je l'interprétais). Cela, à un moment et dans un lieu, les jardins ouvriers, désormais familiaux, où les lapins ne sont pas les bienvenus. Pas plus que les chiens ou les poules d'eau.
Je ne vois pas en quoi on pourrait se réjouir du retour du lexique, ni comment on le fêterait. Ce petitrobert qui est du lapin. Tel qu'on le parle. Qu'il faudrait le parler.
La langue que l'on parle dans ces jardins n'a rien de particulier. En dehors de quelques mots techniques qui sont souvent du patois. Et des accents divers presque autant que ce qu'on y cultive.
Mais dans les langues vernaculaires ou importées dont on relève de temps en temps la trace, il n'y a pas à ma connaissance le lapin.
Si certaines langues sont encore bien vivantes, ce que j'ai pu constater en semant mes fèves à la Sainte Catherine, en suivant les raises que d'autres ont tracées avant moi, ou en repiquant des tomates venues du Portugal, et par conséquent excellentes, je crois pouvoir dire, sans le moindre regret, que le lapin, du moins dans nos jardins, est une langue morte.
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