Il est possible de brûler du bois flotté, mais ce n'est pas conseillé. D'abord il brûle mal, ensuite ce n'est pas sans risque pour notre cheminée : les éléments qu'il contient peuvent provoquer la corrosion des conduits. Ce n'est pas non plus sans danger pour notre santé : imprégné de sel marin, probablement pendant de nombreuses années, il libère, lors de sa combustion, une quantité excessive de substances chimiques et peut causer des cancers.
La question ne se pose pas. On n'a pas de feu à faire. On n'a que des photos à prendre, des monstres échoués sur la plage. La seule question qui se pose, c'est le nom qu'il faut leur donner. Il varie selon les personnes.
Certains voient en lui un petit Nessie. Trop petit pour qu'on s'y attarde. Ils n'ont d'yeux que pour leur montre.
D'autres hésitent entre baleine et sirène, puis, s'arrêtant à cette dernière, ils constatent non sans dépit que ça ne finit pas comme ils voudraient, en queue de poisson mais par des jambes, deux jambes qui pourraient être celles d'une baigneuse alanguie, allongée face à la mer, la tête émergeant des vagues et les pieds si elle en a jouant avec le sable, traçant des figures sur la plage. Mais elle n'a pas de pieds au bout des jambes, de ses deux longues jambes qu'on voit très bien du chemin qui surplombe la crique, elles ne sont pas cachées, ni par le sable ni par l'eau.
Je suis de ceux-là. De ceux qui pensent que le monstre prend tout bêtement le soleil. Comme n'importe quelle baigneuse. Son bain terminé, elle se réchauffe. Au timide soleil de janvier qui sur ce tronc distraitement se pose, et de lui aussitôt détourne ses rayons.
Je me demande quand même pourquoi il y en a tant sur la plage, de ces bois flottés, et de si gros. Des arbres entiers, ou des troncs, à moitié calcinés. Quelle tempête les a déposés là ? De quel incendie proviennent-ils ? Du feu de la dune du Pilat ?
Ces questions, je le crains, n'intéressent que moi. Elles vont encore nous retarder. On en a marre de t'attendre. On est là pour marcher, pas pour photographier des troncs d'arbres. Ni pour se demander de quelles forêts ils proviennent, de quels incendies.
Si tu veux te lancer dans la marche nordique au ralenti, il faut le dire. Et acheter des bâtons !
Avant d'obtempérer, je leur ferai quand même remarquer, à ceux qui me demandent de presser le pas, que notre sirène se trouve dans l'espace public, mais qu'elle n'est pas protégée. Contrairement à sa petite cousine danoise. Le seul auteur que je lui connaisse, ajouterai-je pour leur clouer le bec, c'est le réchauffement climatique. S'il est comme on le croit, non sans raison, responsable des feux de forêts en Gironde et dans les Landes, et aussi des tempêtes que nous avons essuyées, de ces bombes météorologiques qui nous frappent de plus en plus. Il n'y a donc pas d'exception à réclamer. De liberté de panorama à invoquer. Je ne demande pas la lune. Ni même le Groenland. Je ne suis pas un forceur. Si cette sirène ne veut pas de photos, ni dans un texte, ni sur mon blog, elle n'a qu'à le dire : je passerai mon chemin.
Je marchais pour oublier Trump, et voilà qu'il revient.
Mais c'était écrit. Dans son nom. Toutes ces trompettes. La marche qu'elles font. Le triomphe qu'elles accompagnent, les troupes. Et l'Arc de Triomphe qu'il veut construire. Bien plus grand que le nôtre. Le surpassant largement. Tout ça était écrit dans son nom.
Un ami qui a repris la marche, mais qui y va doucement, continue à lire le Livre des records. Après la musaraigne étrusque, plus petit mammifère au monde, il me présente aujourd'hui le ver de Pompéi. Et cite (pour emmerder Musk et faire chier Trump) l'encyclopédie libre :
« Découvert en 1979 par des chercheurs français, le ver de Pompéi présente une thermotolérance exceptionnelle pour un eucaryote (de 20 à plus de 80 °C chez l’adulte), et peut être qualifié d'extrémophile. C'est l'animal connu le plus résistant à la chaleur. »
Et mon prochain monstre.
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