Dans les mots qui font leur entrée, aujourd'hui 13 mai, dans le Petit Robert, il y a bouiner. Que je découvre. Je ne l'avais jamais entendu. Contrairement à crush, charo, dinguerie qu'il m'arrive même d'employer. Bien que j'aie passé l'âge. Les tics de langage des ados ne m'agressent pas, même quand je les entends dans le bus. Je ne suis pas de ceux qui déplorent la pauvreté de leur langue, je ne veux pas en être.
Si, inversant les rôles, quelqu'un s'avisait de me demander « Qu'est-ce que tu bouines ? », je ferais mine de comprendre et je répondrais.
J'en aurais deviné le sens. Au ton, plus ou moins accusateur, de celui ou de celle qui me posait la question. C'est en effet, me serais-je dit tout de suite, une question comme en posent les parents. À leur ado qui glandouille, qui s'occupe à rien, ou qui brasse de l'air quand on lui a dit de ranger sa chambre. Elle souligne et stigmatise gentiment son inefficacité, son manque d'engagement, d'investissement, sa non-participation aux tâches domestiques, sa mauvaise volonté.
Je me serais dit dans mon for intérieur « Mais comment y m'parlent, les darons ? ». Dans quelle langue de vieux ? Dans quel grenier, dans quel patois ils sont allés chercher ça ?
Ça sonne en effet comme du patois.
D'ailleurs ICI triomphe : « Très utilisé en Normandie, le mot "bouiner" fait son entrée dans le dictionnaire ». Et précise que ce verbe utilisé dans le nord-ouest de la France (entre l'Anjou, le Maine, la Normandie et la Bretagne) est dans les 150 mots qui font leur apparition, ce mercredi, dans le Petit Robert. Et qu'il sera le 20 mai dans le Petit Larousse.
ICI déroule un peu vite le tapis rouge. Sans doute influencé par le Festival de Cannes qui vient de commencer. Si l'on est d'accord sur la définition (« passer son temps à de vagues occupations »), en revanche, sur l'origine du mot, tout le monde n'a pas les certitudes du Figaro qui affirme :
« Ce verbe est intransitif (on ne bouine pas quelque chose). Quand une personne en Normandie, en Bretagne, en Pays de Loire, bouine, elle tourne en rond, elle brasse du vent, elle traîne, elle glande. Dans le Sud, on dirait qu'elle radasse. » On trouve d'autres étymologies sur la toile, mais on ne perdra pas son temps à chercher. Assez bouiné.
On dira seulement, pour étayer ses doutes, que rares sont les mots du français régional qui intègrent de nos jours le dictionnaire. J'ajouterais, si j'osais, de leur vivant. C'est de la langue parlée, certes, mais pas par les jeunes. Dans nos campagnes on peut encore l'entendre. Mais on la reçoit déjà comme une survivance.
Voilà pourquoi je comprends la question, sans l'avoir entendue.
Ce que j'entendais, dans les Vosges et dans ma jeunesse, la question qui tombait quand ma mère rangeait ma chambre et que je faisais semblant de l'aider, en remettant chaque chose à sa place, en déplaçant le problème, c'était:
« Qu'est-ce que tu bassottes ? »
« Bassotter » ou « bassoter », à Épinal où je vivais, c'était s'affairer à ne rien faire. Celui qui n'avançait pas dans son travail, qui commençait tout et ne finissait rien, suscitait au mieux l'impatience, au pire la réprobation. Le bassoteur n'était pas exactement un mauvais ouvrier, celui-là on lui aurait demandé ce qu'il broyait, mais la question rhabillait le bricoleur. Et pour de longs hivers.
Celui qui dans l'ouest bouine. Ou mamaille. Le mamailleur ou mamaillou.
On lui demande ce que j'ai entendu quand je suis arrivé ici, quand j'ai quitté le lorrain (roman) pour le parlanjhe ou poitevin-saintongeais :
« Qu'est-ce que tu bourbites ? » Autrement dit « Qu'est-ce que tu fabriques ? » « Qu'est-ce que tu bricoles ?».
On dit ça au gars qui dérange les choses avec l'intention de les remettre en ordre.
/image%2F0587424%2F20260519%2Fob_6ab925_20260427-211851.jpg)