Julien Gracq n'est pas une lecture de confinement. Ni même de couvre-feu.
Pourtant, on peut s'évader avec ses Noeuds de vie. Regarder, par sa fenêtre, "la grande ruée des terres jusqu'à l'horizon" dont parle René Guy Cadou. Suivre ses mots sur la Loire. Des mots à l'exotisme discret, dont le mystère est assez facile à percer. Comme cette escampative que je n'avais jamais rencontrée. Même pas en rêve. Dont je devinais cependant le sens.
On y voit d'abord, sinon un projet avorté, du moins une tentative d'escapade. Pas vraiment couronnée de succès, mais ce n'est pas un échec non plus. Plutôt un demi-échec.
Il semble qu'on évite, avec ce mot, le franc succès et l'échec cuisant. On navigue entre les deux.
Mais on se trompe un peu. Comme lorsqu'on médite une escampative. On imagine que cela prend du temps, nécessite une longue préparation, alors qu'il suffit de suivre son instinct. Ses impulsions. De prendre la poudre d'escampette. Mais il ne faut pas se tromper de sachet. Ni de porte. Il faut faire ça dans l'urgence, et selon un plan. Élaboré dans le plus grand secret. N'avertissez personne. Pas même ceux qui auraient tout à craindre d'un nouveau confinement. Votre fuite, pour réussir, doit être furtive. Vous savez comment échapper à une conversation pesante, comment vous esquiver. Vous éclipser. Dites-vous que c'est la même chose. Un moment d'absence.
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