On croyait son martyre terminé. Béatifiée le 27 avril 1947 et canonisée le 24 juin 1950 par le pape Pie XII, on pensait Marietta définitivement installée au paradis, occupée à jouer son rôle de Sainte (qui a pardonné à son assassin, qui l'a même converti), Sainte Maria Goretti, un rôle un peu grand pour elle mais qu'elle interprète à merveille, car la Vierge dont nous admirons l'héroïque pureté écoute en retour nos prières, elle guide les jeunes sans repères dans ce monde incertain qui est le nôtre.
Or, comme si les deux miracles attribués à l'intercession de Sainte Maria Goretti ne suffisaient pas, on en annonce un troisième. Et pas un petit.
Celle qui a préféré mourir plutôt que de pécher, qui est morte à même pas douze ans sous les coups de couteau de son jeune voisin (quatorze coups d'un couteau dont la lame acérée mesurait 24 centimètres!), celle qui nous a quittés le matin du 6 juillet 1902 nous revient aujourd'hui, dans un rôle apparemment pas fait pour elle, celui de bombe météorologique.
« La tempête Goretti, prévient Météo-France, devrait balayer le nord du pays à partir de jeudi 8 janvier au soir.»
Elle sera sévère voire dévastatrice, précise un journal qui ne fait pas dans le sensationnel.
On sait qui est responsable du Storm Naming. Chez nous, c'est Météo-France. Chaque année -le 1er septembre-, on découvre la liste des noms de tempête pour la saison, une liste dans laquelle puiser en cas de nécessité. D'alerte orange ou rouge. Les noms de tempête pour la saison 2025-2026, on les connaît. Le premier, c'est Alice, le dernier, Wilma. Après Alice vient Benjamin, après Benjamin, c'est Claudia. Les suivantes se nommeront Davide, Emilia, Francis, Goretti, Harry, Ingrid, Joseph, Kristin, Leonardo, Marta, Nils, Oriana, Pedro, Regina, Samuel, Thérèse, Vitor et enfin Wilma. Goretti est à sa place, dans l'ordre alphabétique que suit cette liste, pourtant il fait figure d'intrus.
C'est en effet le seul nom. Les vingt autres sont des prénoms. Dix prénoms féminins et dix masculins. La parité est respectée. Le temps est loin où l'on donnait systématiquement des prénoms féminins. De gentils prénoms, pour ne pas dire charmants. C'était la misogynie de l'époque, et la magie ordinaire. On voulait, en la prénommant ainsi, rendre la tempête moins effrayante. Moins implacable. C'est peut-être ce que l'on cherche encore avec Goretti. Si ce nom n'est pas là par hasard. On nous refait le coup des Érinyes. On croit qu'il suffit de dire Euménides pour que les Furies se montrent bienveillantes. On voudrait l'amadouer en lui donnant le nom d'une fillette d'à peine douze ans, atténuer la violence de la tempête qui s'apprête à nous frapper, détourner ses coups.
Son nom suffira-t-il, ou faut-il que la Sainte intercède comme elle a déjà fait ? Faut-il espérer un nouveau miracle ?
L'avenir (proche, très proche) le dira.
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