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7 janvier 2025 2 07 /01 /janvier /2025 07:52

Il faut être un cueilleur débutant pour confondre phallus impudicus et morille. Ou s'appeler Guiraudie et montrer, avec tout ce qui pousse dans la mousse et sous les feuilles, l'irruption ininterrompue du désir. Peu importe sous quel nom ça pousse, sous quelle soutane ou sur quel mort. Du moment que ça vient garnir votre panier, vous ne faites pas le difficile. Entre ces deux « phénomènes érotiques » (pour parler comme Jean-Luc Marion), vous ne choisirez pas.

Ce qu'ils affirment, l'un comme l'autre, et de façon si insistante dans ce film qui a pour titre Miséricorde, c'est que le mort aime toujours, et qu'il faut toujours l'aimer.

Les champignons, c'est connu, « n'ont aucune éducation » (1). Et je ne veux pas dissiper le mystère -Le vrai mystère des champignons (1) ne demande pas à être éclairci-, tuer le miracle dans l'oeuf. Dans cet œuf qui a paraît-il goût de noisette, mais je n'ai jamais tâté de ce champignon, bien qu'il soit comestible, et je n'ai guère envie d'essayer.

On a beau me raconter que le phallus impudicus ne sent pas le même goût (comme on disait dans mes bois) quand il est consommé à l'état d'oeuf, que son goût de noisette n'a rien à voir avec l'odeur de charogne qu'il dégage adulte, quand il se dresse comme un membre viril, ou, chez Guiraudie, tel un crucifix, pour moi le plaisir sera toujours ailleurs. Et d'abord dans la cueillette.

Voilà pour le Satyre puant : l'autre nom du Phallus impudicus.

Que je retrouve aujourd'hui, à mon grand étonnement, parmi les alien invasive species in Europe : les « espèces exotiques envahissantes en Europe ».

Je n'ai pas rencontré beaucoup de têtes connues chez DAISIE (2). Dans ses Fungi, dans les noms qui défilaient, les centaines de noms, je n'en connaissais que deux : Clathrus ruber et Phallus impudicus.

Je ne m'attendais pas à le trouver là, dans la liste des espèces invasives. Mais c'est le propre du champignon, de tous les champignons, de nous surprendre.

Ils ne sont jamais là où on les cherche. Ils prennent un malin plaisir à nous distraire, à nous dérouter, et surgissent exactement où et quand on ne les attend pas. Dans les endroits les plus insolites, et à des moments où ils ne sont pas forcément les bienvenus. Ils sont imprévisibles, et c'est ce qui fait leur charme.

Certes, le chercheur de champignons a ses coins où il retourne, où il est certain de retrouver son cèpe, et d'autres solitaires: ils sont nombreux à aimer ces déserts. Où la famille Girolle s'est agrandie, qu'il cueillera jusqu'au petit dernier.

Il arrive qu'il ne soit pas déçu.

Mais le plus souvent, il rentre le panier vide, et il ne pense même pas à cacher sa honte sous les fougères.

Et il n'en fait pas tout un plat.

Mais le Phallus impudicus, qu'est-ce qu'il fout ici ?

Le Phallus impudicus n'est pas le mycological giant qu'on dit. Ceux qui le décrivent ithyphallique et capable de soulever des montagnes souffrent, du moins quand ils écrivent, d'un priapisme dont je crains qu'il ne soit incurable. Sans minimiser sa taille, ni sa force, il est plutôt, tel que je le vois dans mes bois, modeste voire timide. S'il exprime un désir (il est là pour ça), c'est sans emphase. Et si je veux le peindre, je dois renoncer au style épique et opter pour le registre réaliste.

Il nous surprendra toujours, mais à peine plus que les autres champignons. Certes, il y met du sien, il y ajoute l'odeur, cette méchante odeur qui trahit sa présence et qui nous conduit vers lui, vers le Satyre puant que nous redoutons un peu de découvrir dans ses œuvres, tout en marchant, attiré par la charogne, fasciné par le spectacle de la mort. Car c'est cela qu'il nous offre.

La surprise n'est pas dans cette découverte, préparée suivant un rituel immuable et en quelque sorte amortie, elle est dans la déception qu'il ménage, tout aussi savamment, quand l'odeur n'est pas suivie d'effet. Ou, pour le dire autrement, quand elle ne nous mène nulle part.

Cela aussi, les autres champignons savent le faire. Et la nature donc ! On sait depuis Héraclite combien elle aime à se cacher.

Venant d'un exhibitionniste, c'est plus inattendu.

Mais ce n'est pas de cette surprise que je veux parler. Ce dont je ne reviens pas, aujourd'hui, c'est de le retrouver dans les espèces invasives. Et envahissant la Pologne !

Pourtant, c'est ce que je découvre en arrivant chez DAISIE, et dans ses Fungi. Un Phallus impudicus envahissant la Pologne ! La carte est formelle : la Pologne est en rouge. Elle n'est pas seulement infestée de tiques, de tiques plus nombreuses et plus grosses qu'ailleurs, elle voit aussi arriver une armée. Une armée de géants. Une armada à quoi rien ne résiste.

 

  1. André Dhôtel, Rhétorique fabuleuse, le temps qu'il fait, 1998. André Dhôtel, Le vrai mystère des champignons, Klincksieck, 2022.
  2. DAISIE, acronyme de Delivering alien invasive species in Europe, est une base de données européenne sur les invasions biologiques librement consultable sur Internet par le public.


 


 

« Miséricorde » d’Alain Guiraudie © Les Films du Losange

« Miséricorde » d’Alain Guiraudie © Les Films du Losange

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20 décembre 2024 5 20 /12 /décembre /2024 05:25

Le millefiori, en français milliaflore, est une technique de fabrication de mosaïque en verre qui s'est développée en Égypte (dès le IIIe siècle av. J.-C.), puis répandue dans le monde antique. Elle arrive à Rome à la fin de l'époque républicaine et trouve très vite sa place dans la mosaïque. Dans cette mosaïque qu'on dit « rustique ».

 

Dans la « mosaïque rustique » qui décorait la « grotte d'été » de la Domus du Vicus Tuscus (littéralement le « Quartier Étrusque», ou « rue des Toscans », une des plus chaudes de Rome).

 

Nous laissons, où que nous allions sur internet, des traces de notre passage. Ce n'est pas un scoop.

J'ai cherché, pour écrire mon texte, des informations sur les grottes marines dans l'Antiquité, sur la « grotte d'été » (specus aestivus), je viens de consacrer un chapitre à la « mosaïque rustique » de MM. VILLEGER Père & Fils: maintenant les algorithmes me recommandent la Domus du Vicus Tuscus.

 

Ensevelie depuis plus de deux millénaires, cette somptueuse demeure fut découverte en 2018, dans le Parc archéologique du Colisée, et révélée au grand public par le Ministère de la Culture italien en décembre 2023.

Distribuée autour d’un atrium/jardin, la Domus a pour pièce principale une exceptionnelle « grotte d'été », une salle de banquet imitant une grotte, utilisée pendant la saison estivale, en raison de sa fraîcheur. D'une fraîcheur artificielle, comme la grotte elle-même. D'une fraîcheur créée et entretenue par un jeu hydraulique qui, en jaillissant et en coulant, déversait de l’eau dans des bassins au niveau du sol. De ces spectaculaires jeux d'eau dont le propriétaire des lieux régalait ses convives, témoignent les fistules, les tuyaux de plomb que l'on a découverts entre les murs décorés.

Cette « grotte d'été » présente une « mosaïque rustique » unique au monde. Une mosaïque murale datant des dernières décennies du IIe siècle avant J.-C., et qui, par la diversité et la richesse des matériaux utilisés, et par la complexité des scènes représentées, n'a pas d'équivalent.

 

Dans les matériaux, il y a différents types de coquillages, du corail, probablement récolté dans la mer Rouge, de quoi reconstituer un paysage marin.

Dans les tesselles qui composent cette « mosaïque rustique », on trouve aussi de minuscules éclats de marbre blanc ou d'autres types de pierre (travertin, pouzzolane) liés par du mortier et des chaînes.

Du bleu égyptien, bien sûr, et de la vaisselle en verre, de ce millefiori qui crée un effet de mosaïque multicolore. On retrouve également une rare pâte de verre bleuâtre provenant sans doute d'Alexandrie.

 

Des matériaux colorés et exotiques, rappelant les décors de théâtre de la tradition hellénistique, un luxe asiatique à la mode à cette époque, mais réservé aux plus riches.

 

On est loin des tesselles traditionnelles. Encore plus loin des cassons de vaisselle dont MM. VILLEGER Père & Fils feront leur « mosaïque rustique ».

 

L'époque n'est évidemment pas la même, et les contextes sont bien différents. En apparence du moins.

 

Ce que montre dans sa « mosaïque rustique » le propriétaire de la Domus (un aristocrate, vraisemblablement de rang sénatorial), c'est son triomphe. Ses victoires. Sur mer comme sur terre. Les villes prises, les armes, les instruments de musique (où l'on reconnaît le carnyx, la trompe de guerre celtique dont le pavillon -une hure de sanglier- et le chant n'ont visiblement pas réussi à effrayer l'ennemi). Tout cela est exhibé comme trophée. Montré aux convives. À ceux qui ont le privilège d'être invités dans cette « grotte d'été ».

 

On peut parler d'ostentation, d'étalage, dire du propriétaire de la Domus qu'il en met plein la vue. Qu'il nous gave, qu'il nous soûle avec ses exploits.

Mais MM. VILLEGER Père & Fils ont-ils le triomphe plus modeste ?

Certes, ils ne peuvent pas représenter, dans leur « mosaïque rustique », de victoires militaires, de conquêtes. S'ils ont triomphé, c'est seulement de l'adversité. Ils ont vaincu le mauvais sort, qui s'acharnait depuis le phylloxéra. Ils ont échappé, et de quelle manière, au destin. Ils ont un peu oublié la boucherie pour tâter de l'art. Ils auraient pu se contenter, comme certains de leurs confrères, de sculpter le saindoux et le suif, d'exposer entre deux pièces de boeuf leur petite cathédrale. Ils ont visé plus haut. Et de cela ils ne sont pas peu fiers. Il suffit de regarder l'affiche exhumée par les nouveaux propriétaires de la Maison de la Gaieté. De lire ce que MM. VILLEGER Père & Fils disent d'eux-mêmes et de leur « mosaïque rustique ». Comment ils nous invitent à « aller en villégiature à

CHÉRAC (Charente-Maritime)

voir la façade du CAFÉ ''LA GAIETÉ'', dont ils sont les auteurs, laquelle TOUTE EN MOSAÏQUE a déjà été l'objet de déplacement de milliers de Spectateurs, tous enchantés et émerveillés de cette œuvre artistiquement décorée que l'on pourrait qualifier d'UNIQUE AU MONDE. »

Ils n'ont pas que la vanité en commun. Ils font aussi, l'un et l'autre, l'un pas tout à fait comme l'autre, du neuf avec l'ancien.

 

À Chérac, de 1937 à 1952, c'est une vaisselle ordinaire qu'on vient porter à l'abattoir. On n'a pas les moyens de s'offrir une nouvelle vie, mais on peut au moins changer le décor. Ce qui est cassé, ébréché, ou simplement démodé, on s'en débarrasse. Plutôt que de jeter tout ça, on le donne à ces deux originaux. Qui raccommoderont, et de quelle manière, cette porcelaine. Qui lui donneront un petit coup de jeune. Une nouvelle vie. De nouvelles couleurs. Ils ont l'art d'accommoder les restes. On nourrit, avec ses vieilles assiettes, leur inspiration. On alimente leur (douce) folie. Ça les occupe, et ça nous amuse. Et ça nous réjouit, quand on vient voir, dans le village où ils installent leur petit cirque, cette fameuse « mosaïque rustique ». Ou quand on va à Chérac, admirer la façade de La Gaieté. Ou goûter, dans leur cabaret, le spectacle qu'ils nous ont concocté.

 

On ne fait pas autre chose à Rome, à la fin de l'époque républicaine.

Certes, ce sont des verres polychromes, particulièrement précieux. Produits à partir de matrices, antérieurs à l'invention (en Syrie, peu de temps avant la naissance du Christ) de la sarbacane de verrier ou canne à souffler.

Ce sont aussi des fragments d'objets réutilisés : des tiges plates, dans les corniches et les cloisons architecturales, et dans des formes définies (coupes et armes dont il ne reste que des parties ou des empreintes).

 

Les deux nous invitent, chacun à sa manière, et selon ses moyens, mais dans le même but : réjouir leurs convives, les régaler avec leur « mosaïque rustique ». Leur offrir le spectacle de leur triomphe. C'est cela qu'ils leur donnent à voir : à boire et à manger. Jusqu'à satiété. Et même au-delà.

 

 

 

La Domus del Vicus Tuscus. Photo : Simona Murrone

La Domus del Vicus Tuscus. Photo : Simona Murrone

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12 décembre 2024 4 12 /12 /décembre /2024 08:19

Ce serait une pholade, une pholade lumineuse (pholas dactylus, un dail comme on l'appelle encore), on pourrait parler de bioluminescence, rappeler que ce mollusque bivalve marin est capable de produire une lumière bleu-vert, que ce phénomène est dû à une protéine, la luciférine, fabriquée par ce coquillage comme elle l'est par la luciole, mais ce n'est pas ça.

C'est une coquille, La Coquille. Sans autre précision que le dessin. Dans un fond sombre qu'on dirait marin, malgré les teintes de terre, elle présente au spectateur sa conque lumineuse.

La lumière qui sourd de cette conque, dont elle est l'unique source, loin de nous éclairer, rend la chose opaque, nous fait voir autre chose.

C'est ce qui explique, sans doute, qu'elle n'ait été dévoilée au public qu'après la mort d'Odilon Redon.

On parle bien d'une coquille. De La Coquille d'Odilon Redon, Pastel sur papier réalisé en 1912. La même année que La Naissance de Vénus (Huile sur toile). Avec le même modèle, qu'il fait poser nu dans son atelier (Alphonsine Zabé, recommandé par Maurice Denis).

De cette Coquille, on dit qu'elle se souvient de L'Origine du monde (1866), qu'elle est un hommage à Courbet. C'est possible.

Ce qui est sûr, c'est le symbole. On voit clairement un sexe de femme, encore plus clairement que dans le tableau de Courbet. Voilà pourquoi La Coquille resta si longtemps cachée.

La Coquille est une nature morte. Une des rares natures mortes d'Odilon Redon. Cette still life n'est pas seulement vivante, elle est aussi présente. Extraordinairement présente.

C'est l'oeuvre d'un symboliste. D'un coloriste. Revenu, avec le pastel, à la couleur.

Le pastel lui permet de retravailler en couleur d'anciens « noirs », comme Vieil Ange.

Et d'aborder de nouveaux sujets, telle La Naissance de Vénus où d'une coquille jaillissent toutes les couleurs de la nacre, des couleurs qui vont du blanc argenté au rose clair, et que l'on retrouve dans les irisations du ciel et de l'eau.

De nouveaux sujets, papillons et fleurs, avec une nouvelle et violente intensité chromatique.

Voici donc La Coquille. Ou plutôt le coquillage. Un coquillage qui a recouvré sa couleur d'origine. Un coquillage rose. Comme par enchantement.

Un enchantement qui est l'oeuvre du peintre. Ici Odilon Redon. D'un coquillage rapporté des Seychelles par un de ses amis réunionnais, Ary Leblond, il a fait ce miracle. Une conque redevenue, l'espace d'un Pastel, grotte marine.

À quelles agapes elle nous invite, on ne saurait dire. À quels mystères, à quelles initiations.

 Odilon Redon La Coquille 1912 pastel sur papier H. 52,0 ; L. 57,8 cm. Legs Mme Arï Redon en exécution des volontés de son mari, fils d'Odilon Redon, 1982 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Odilon Redon La Coquille 1912 pastel sur papier H. 52,0 ; L. 57,8 cm. Legs Mme Arï Redon en exécution des volontés de son mari, fils d'Odilon Redon, 1982 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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11 décembre 2024 3 11 /12 /décembre /2024 08:46

Si ces Vies s'inscrivent dans la tradition des Vitae, des vies de saints, elles n'ont rien d'hagiographiques.

Certes, c'est un philosophe qui raconte aujourd'hui des Vies de philosophes, qui nous donne ces douze récits.

Pourtant, il n'y a rien là d'édifiant, pas de conversion, pas d'avant ni d'après, on ne marche pas vers la philosophie comme on marche vers la sainteté, en tenant sa tête dans ses mains. On suit la voie qu'on s'est tracée, ou que le hasard nous a ouverte, et on n'en fait pas un destin.

On suit son chemin, celui qui va comme la prose quand elle suit son étymologie, droit devant. Celui qui nous hale depuis Laïus au bord de l'eau, d'une poésie qui se dit, qui se veut lyrique et transitive, d'une poésie qui coule telle la rivière, dans le même sens, ou dans les deux, si la rivière est comme l'Erdre un palindrome. D'une poésie qui va racontant.

Une vie en appelant une autre, celui qui habite ici (et d'abord en poète), qui écrit (où il a vécu, où il vit, en Loire-Atlantique), qui nous a donné récemment une Vita poetica -une « écopoéthique »-, où il se demande ce qu'est, ce que peut être une « vie poétique », qui s'est intéressé, dans Pastoral, au « pacte pastoral immémorial qui lie poésie et nature et fait de la première une ''éco-logie'' au sens fort », arrive tout naturellement à ces Vies de philosophes parues, comme la plupart de ses livres, chez Champ Vallon.

Ces Vies de philosophes ne font évidemment pas une vie philosophique.

Qui est un concept, tant qu'on ne l'a pas vécue.

Et qui, lorsqu'on arrive au bout -de sa vie et des douze qu'on a lues- reste difficile à cerner. Tant chaque vie excède les frontières du genre qu'on essaie, depuis Aristote, de définir. On sait ce qu'elle n'est pas (orientée vers le plaisir, vers les honneurs), mais on ne la voit pas davantage tentée par la contemplation.

On découvre seulement, et c'est déjà beaucoup, les chemins que chacune emprunte. Et les routes qu'elle ouvre. Et cela n'a pas fini de creuser en nous.

 

 

JEAN-CLAUDE PINSON, Vies de philosophes, Récits, Champ Vallon, octobre 2024.

 

Vies de philosophes
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10 décembre 2024 2 10 /12 /décembre /2024 08:46

 

C'est ce qu'on disait. De celui qui avait échappé à la maladie qui le rongeait, réchappé du coup qu'il avait reçu. Il s'en était sorti. Contre toute attente. Il avait obtenu un sursis. Son heure n'était pas venue. « La mort avait pas faim. »

La mort peut-être, mais les morts. Est-ce qu'ils ont faim aussi, les morts ? Et de quoi ont-ils faim ? Qu'est-ce qu'ils mangent, d'abord? Le vêtement du voisin. Le leur ? Leur chair ? Est-ce que c'est ça qu'on les entend mâcher ?

De la mastication des morts dans leurs tombeaux on a déjà parlé. Des morts qui grognent comme des porcs.

On les a vus aussi. Squelettes se disputant un hareng saur. Ou mariné. Quand on veut oublier ce que fait James Ensor avec ce tableau. Comment il remotive son nom. Qui n'est pas l'étiquette vide qu'on dit. Un « signifiant absolu » comme on le prétend.

Ici, c'est autre chose qu'on entend. Quand on écoute la coquille. La coquille d'huître notamment. D'une huître qui a été consommée (bien avant la japonaise, et même la portugaise) et maintenant décore. D'une huître plate Ostrea edulis. D'une très vieille huître plate comme on en trouve aujourd'hui sur ebay (collection ancienne grand coquillage).

D'une huître native qui ne ferait plus seulement des cabanes, des chemins, mais aussi d'excellents récifs. Serait un frein à l'érosion des côtes. Un barrage contre ce qui grignote. La mer ou le crabe. Et pour le peuple du rivage un répit. Un espoir.

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Art Photography

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns - Art Photography

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8 décembre 2024 7 08 /12 /décembre /2024 08:19

À mesure qu'elle descend de son piédestal, du socle où la cantonnait un Carême et par lui enjolivé, la sculpture en saindoux gagne paradoxalement en hauteur, lance ses cathédrales à l'assaut du ciel, et quand leur flèche vient chatouiller la barbe du grand art, le grand art regarde ça comme Dieu la Tour de Babel, d'abord avec incrédulité, condescendance -on dirait aujourd'hui mépris de classe-, puis avec ironie, il accable les charcutiers de ses sarcasmes, il leur rentre dans le lard.

La vocation d'architecte contrarié d'Antonin Carême est connue, et on sait ce qu'elle a produit.

Celle de ces artistes en herbe -en saindoux et en suif- est moins connue, mais elle produit tout autant. Et de plus en plus. Et de plus en plus haut. La fantaisie charcutière n'a plus de limites.

Plus la sculpture en saindoux se démocratise, plus elle devient virtuose. On multiplie les prouesses. Dans les charcuteries, on rivalise d'ingéniosité mais aussi avec l’architecture culinaire. Dangereusement. On menace la cuisine artistique avec ces chefs-d'oeuvre qu'installent dans leur vitrine les charcutiers de province. Le plus obscur d'entre eux a désormais sa Tour Eiffel en saindoux, sa Cathédrale de Chartres ou Notre-Dame. C'est insupportable. Ça ne peut pas durer. Il faut abattre ces tours avant qu'elles ne vous délogent. Railler comme il faut cette insignifiance et ce mauvais goût qui s'étalent partout, et pas seulement à l'approche des fêtes. Remettre à leur place -de petit charcutiers de province- tous ces « Rodin du saindoux » comme ils se proclament. Ou plutôt comme on les présente. Ce qui apparemment ne les empêche pas de sévir.

Notre-Dame, c'était à Royan. En 1965. Claude Grand se souvient. Et il a vu Notre-Dame brûler. La vraie.

La sienne -une réplique en saindoux et en suif, car à la graisse de porc il avait mêlé celle de bœuf et de veau, une miniature « longue d’un bon mètre » et pesant 40kg, il craignait seulement qu'elle ne fonde.

C'est la grande crainte des charcutiers artistes (des artistes charcutiers comme peut-être ils se voient, des artistes qui ont tâté de la charcuterie et qui se sont pris au jeu, puis de passion pour cet art, qui ont fait de ce métier qu'on exerce de père en fils une vocation, leur vocation), de voir fondre en un jour ce qu'ils ont mis tant de temps à sculpter, à ériger, tant de patience et d'eux-mêmes. Voilà pourquoi ils l'installent dans leur vitrine. Dans leur vitrine réfrigérée. Et pour qu'on la voie.

Claude Grand avait donc reproduit Notre-Dame pour décorer sa vitrine à Royan, avenue de la République. Et, pour qu'on la voie mieux, cette petite cathédrale dont il n'était pas peu fier, il l'avait colorisée. Comme toutes ses créations.

 

 

 © Crédit photo : Collection Claude Grand

© Crédit photo : Collection Claude Grand

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9 novembre 2024 6 09 /11 /novembre /2024 08:32

Passé l'entrée, à gauche, c'est un guichet en construction devant quoi on s'arrête. On hésite. Entre la grotte ornée et les nouveaux bétons, plus durables et bio-inspirés.

 

On hésite encore. Cette fois entre coquille et coquillage. On sait bien que la coquille n'est pas le coquillage mais ce qu'il en reste, une fois l'animal consommé ou la chair décomposée.

 

Les coquillages, on les pêchait pour les consommer, ou pour la pourpre pure, comme celle qu'on obtenait du murex.

 

Murex et cardium sont toujours associés.

 

Pline indique que la pêche au murex se fait grâce au cardium qui lui sert d'appât et emprisonne sa trompe.

 

Le murex, c'était aussi des coquilles. Que l'on se procurait auprès des teinturiers et qui serviraient au décor. À ces décors où elles viendraient peu à peu, avec les coquilles de cardium, encadrer les panneaux mosaïqués et souligner les lignes de force de l'architecture.

 

Des fragments de pumex (pierre ponce) et d'écume de mer étaient ramassés en même temps. Tous les matériaux de la grotte artificielle se trouvaient donc naturellement associés.

 

Ils se retrouvent associés dans ce qu'on appelle l'opus musivum.

 

Dans les revêtements des fontaines et nymphées de la fin de la République, dans des paysages qu'on dirait aujourd'hui d'aquarium.

 

Le recours à des coquilles incrustées dans l'enduit est une technique connue très tôt en Italie. C'est l'opus musivum, qui désignera progressivement la mosaïque de paroi. Elle trouve sa place en position murale ou en couvrement des pièces voûtées. L'opus musivum constitue un artisanat hybride entre peinture, mosaïque et stuc.

 

Sur ces ensembles on emploie, en bordure du décor, pour souligner les bords, les angles, des mollusques bivalves dont la coquille a l'aspect d'un cœur. C'est pourquoi on les appelle Cardium. D'un cœur de bœuf exactement. D'où le nom de Bucardes qu'on a donné ensuite à ces grosses coques côtelées, de la famille des Cardiidae.

 

Ces coquillages sont toujours accompagnés d’autres matériaux comme des boulettes de bleu égyptien, des fragments de verre et de marbre, des pierres ponces, des concrétions calcaires ou autres rocailles.

 

On trouve dans la nature -principalement dans la mer, dans ce qu'elle vous donne- tout ce qu'il faut pour composer sa mosaïque, pour décorer sa « grotte d'été » (specus aestivus en latin): une salle de banquet estivale conçue sous forme de grotte, avec mosaïque murale. Elle est parée de coquillages, nacres et coraux.

 

La mode des incrustations de coquillages ne se limite pas aux demeures impériales et à la cour. Elle ne se cantonne pas au décor des fontaines, des nymphées, des salles thermales.

 

Si son succès fut rapide en Italie, il fut aussi éphémère. Ce style tombe en désuétude dès le IIe siècle apr. J.-C. Toutefois il se répand et perdure dans les provinces. La Gaule lui offre une certaine longévité, notamment l'Armorique où les artisans locaux développent un style propre avec des codes précis.

 

Ces donaces si présentes dans les décors peints à incrustations de coquillages, on ne les retrouve pas dans les dépotoirs des villas, parmi les déchets alimentaires. Ce mollusque bivalve marin, bien que comestible, n'était pas consommé en Armorique. Il ne l'est toujours pas. Alors que luisettes et lavagnons sont très prisés chez nous. Comme les tellines de la Méditerranée.

 

Pas besoin de gratter pour déloger le pignon, comme on appelle en Vendée le flion tronqué (Donax trunculus), il y a ce qu'il faut dans le sable coquillier.

 

Des gibbules, des littorines : des gastéropodes à la coquille en spirale. On ramasse ces petits escargots marins pour les incruster dans l'enduit encore frais, après le passage de la peinture sur les fonds.

 

Regardez cette littorine. Il y a des stigmates qui témoignent de sa collecte à l’état d’épave. Son apex est cassé et poli par l’érosion marine.

 

Le ramassage sur la côte est minutieux. Minutieux aussi le travail d'assemblage. Autant que la forme importe la couleur. Et les combinaisons chromatiques entre fond et coquilles.

 

L'artisan compose avec la palette des coquillages comme avec les tesselles d'une mosaïque.

 

Si la plupart des coquillages sont enfoncés face interne contre le support, de manière à ne laisser visibles que les parties bombées des coquilles, les gastéropodes sont parfois placés de telle sorte que l’ouverture de la coquille reste visible, ce qui produit un effet beaucoup plus rugueux et accroche davantage la lumière.

 

Des jeux de lumière et de couleur, voilà ce qu'on recherche.

 

Aussi le ramassage est-il sélectif. Le choix dépend des zones à couvrir et répond à une règle précise : associer la couleur de la coquille et celle du fond.

 

Les coquillages enfouis pendant des siècles ont perdu leur éclat. Si les coquilles sont blanches, elles avaient, quand on les a sélectionnées, une coloration qui s'accordait avec le fond.

 

Il y a des codes (on les retrouve sur les différents sites).

Les donaces tirant sur le jaune accompagnent les fonds de même couleur.

Les fonds rouges appellent plutôt la telline-papillon et certaines tellines de la Baltique, de teinte rosée.

Les fonds bleus réclament des donaces blanches à violacées ou des gibbules violettes (Gibbula sp.).

Sur les fonds verts, on applique des littorines vertes, ou bien jaunes.

On est loin des fonds saturés de couleurs sur lesquels éclate la blancheur des coquilles!

 

D'autant plus loin que la palette chromatique employée pour la peinture des fonds est limitée.

Les quatre couleurs canoniques sont le vert, le bleu, le jaune et le rouge, à quoi il faut ajouter le noir et le blanc.

 

L'opus musivum se souvient des grottes-nymphées et des fontaines qu'il décorait. Quand il ne se trouve pas dans les salles thermales, il signale la présence ou la proximité de l'eau.

 

C'est ce qui explique l'emploi, dès le début de l'Empire, de la pâte de verre dans l'opus musivum : on recherche des effets de miroitement avec l'eau.

 

Les coquillages encadrent les panneaux mosaïqués. On songe au triclinium de la maison d'Amphitrite et de Neptune à Herculanum où les coquillages couvrent les angles.

 

Donaces et tellines remplissent les différentes plages de couleur et soulignent les bords.

 

Remplissage ou limite. Pour ces coquillages incrustés, il n'y a pas d'autre rôle.

 

Limite, comme l'Atlantique pour les Romains. Simple limite du monde qui se confond avec l’Empire qu’ils dominent.

 

L'Atlantique est symboliquement lié à la mort. Dont on sait, chez les Romains comme chez les Grecs, qu'elle ne laisse qu'une coquille habitée par le regret.

 

 

Triclinium de la maison de Neptune et Amphitrite à Herculanum. Les coquillages couvrent les angles de l'architecture (cliché F. Labaune-Jean).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 novembre 2024 6 02 /11 /novembre /2024 08:22

Des nombreux vestiges mis au jour lors des fouilles préventives réalisées d'avril à octobre 2024 sur le tracé du futur contournement nord de Cozes, ce vase gaulois est assurément le plus remarquable. Retrouvé entier à Grézac, dans un puits de près de 6 m de profondeur, daté de la fin de l’époque gauloise (première moitié du Ier siècle avant J.-C.), il est aujourd'hui, 31 octobre 2024, en photo dans Sud-Ouest.

Des commentaires on pourrait espérer, s'il y en a, qu'ils apportent des précisions ou posent au moins des questions sur les fosses et puits rituels en Gaule, sur les céramiques brisées, les fragments osseux mêlés à de la terre noire cendreuse, charbonneuse, qui sont les restes de repas. Sur ce qu'on y jetait ou déposait intentionnellement, comme ce vase découvert ce matin dans le journal.

L'hypothèse d'un puits funéraire écartée, on en saurait peut-être plus sur les animaux que l'on consommait lors de ces banquets, sur les divinités à qui l'on offrait ces sacrifices, sur le monde d'en bas, le monde des morts, « l'Autre-Monde » à quoi ouvraient ces puits. Sur quoi ils se refermaient. Car le festin terminé, les Gaulois rebouchaient le puits.

Au lieu de cela on trouve des commentaires qui, tout en évitant la question, comme le futur contournement nord de Cozes, nous ramènent à ces puits qui permettaient de rentrer en communication avec « l'Autre-Monde ».

La fouille qui vient de se terminer n'a pas permis d'établir à quelles divinités chthoniennes ou telluriques on demandait la fertilité. Si l'on a retrouvé, dans la même couche, une meule, on n'a pas découvert de déesse-mère, ni de Vénus qui est une interprétation, en terre blanche de l'Allier, de la précédente.

On n'a pas retrouvé non plus de tablette de plomb. Certains, on le sait, utilisaient ces puits comme boîtes aux lettres. Ils y postaient des messages haineux. Les haters de l'époque pratiquaient la magie noire. Ils se servaient de ces puits pour jeter des sorts ou briser une malédiction.

Dans quelle langue rédigeaient-ils leurs messages aux dieux d'en bas? Dans un gaulois que personne ne parlait plus, en dehors des divinités infernales, où l'on n'entendait déjà plus que des formules magiques, comme abracadabra? Sans doute.

Aujourd'hui, les sorcières parlent comme tout le monde. Écoutez LudivineV. Regardez les commentaires qu'elle a laissés sous l'article. Sous le titre et sous la photo, car le peu qu'il y avait à lire (la suite étant réservée aux abonnés), LudivineV ne l'a visiblement pas lu.

 

Charente-Maritime : un vase d’époque gauloise retrouvé lors de fouilles à Cozes.

Il y a plus racoleur, comme titre.

Des photos plus aguicheuses que ce vase retrouvé au fond d'un puits.

On peut pourtant, sans exagérer, parler de « putaclic ».

D'abord parce que des fouilles réalisées à Cozes, ça fait forcément causer.

Ensuite parce que publier cet article le 31 octobre, le jour d'Halloween, ça réveille le mort qui dormait en vous, ça vous appâte mieux qu'un sachet multipack de bonbons Haribo.

C'est ce qui est arrivé, j'imagine, à LudivineV. Ce qui l'a poussée à commenter la photo. Ce vase gaulois, tout seul au fond de son puits, tout vide, franchement il faisait pitié. Alors, parce qu'elle a vu les influenceuses sur TikTok, elle est devenue, en trois commentaires, « créatrice de contenu » .

 

LudivineV 31 octobre 2024 à 08h52 :

« Le vase de la branche cadette comme on l'appelle : celui qui l'a jeté en avait invité un, qui était en fait 100, qui avaient fini par prendre possession des lieux et qui avaient commencé à jeter les petits "objets du mobilier" dans le puits, avant de l'y jeter lui. »

 

LudivineV 31 octobre 2024 à 10h16 :

« À la fin, les pépés de Loulou, ils n'étaient plus chez eux chez eux : ils avaient toujours des grosses mouches dans chaque recoin de la maison. »

 

LudivineV 31 octobre 2024 à 12h14 :

« Ce sont les fameux chalons echtétiques des pépés à Loulou ! »

 

 

 © Crédit photo : Repro SO

© Crédit photo : Repro SO

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18 octobre 2024 5 18 /10 /octobre /2024 08:17

Je ne sais pas s'il faut ranger ça dans la rubrique des chiens écrasés.

J'y vois plutôt une information de première importance, la confirmation que ce journal (orienté à droite, de plus en plus à droite) ne relaie pas ça par hasard. Qu'il y a un message politique. Un nouveau clin d'oeil à l'extrême droite qui, en attendant de gouverner le pays, dicte l'opinion. Cette information, en apparence innocente, participe à la bataille en cours, contre l'hégémonie culturelle de la gauche, elle participe de ce « néo-gramscisme » comme on l'appelle aujourd'hui.

En effet, si l'ouette n'était pas une espèce invasive, venue d'Égypte, ses « déjections» n'auraient pas leur place dans ce journal respectable. On ne parlerait pas de « nuisance », on ne la dirait pas « agressive », on ne s'intéresserait pas à ces gros oiseaux, aux airs d’oies, qui sont surtout présents, avec leurs déjections, ces déjections qu'ils laissent partout, dans le Nord-Est. Qui n’hésitent pas, l'été, à se promener au milieu des plages. Qui font fuir nos canards et nos poules d'eau.

Qu'est-ce qu'on attend pour renvoyer ces OQTF dans leur pays d'origine ? Qu'est-ce qu'il attend Retailleau ? Pour déclarer ouverte la chasse à l'ouette !

 

 

Ah! l'ouette
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18 octobre 2024 5 18 /10 /octobre /2024 07:27

 

 

Égypte : il survole la plus grande pyramide et découvre à son sommet... un chien.

C'est le titre du jour.

La suite est, comme ils disent dans le journal, « réservée aux abonnés ».

 

°°°

 

« La tête de chien, c'est ici ?

-C'est au deuxième étage Monsieur. Elle vous attend à quelle heure, la tête de chien qui a un nom ?

-J'en sais rien.

-C'est embêtant ça, son nom doit figurer dans votre prière, c'est impératif, sinon vous risquez d'attendre longtemps.

-J'ai l'habitude, ça me fait pas peur, c'est pour ça que j'ai pas pris rendez-vous.

-Vous savez que vous pouvez lui adresser votre prière par mail ? Vous voulez son adresse ?

-Ce serait trop compliqué, trop long à expliquer, je préfère la rencontrer.

-''Le '', c'est ''le'' gardien des morts, pas la gardienne !

-Je sais, pas la peine d'aboyer ! »

 

°°°

 

Des chiens à la une, il y en a plein. Ils ne sont pas tous écrasés. Ils ne s'écrasent pas tous devant leur humain. Certains lui répondent, il faut voir dans quels termes. J'ose à peine les rapporter.

 

°°°

 

Le Gris du Gabon ou Perroquet jaco pousse le psittacisme très loin.

Non content d'imiter la sonnerie du téléphone, le bip du micro-ondes, les gémissements du frigo, il vous fait aussi, et en même temps, tous les bruits du boulevard.

Mais ce n'est rien à côté des aboiements du chien, qu'il imite à la perfection, et à qui il dit de se taire, et « Couché ! ». Avec la voix métallique -et l'accent du Sud- de son maître.

 

°°°

 

Comment configurer mon chien en mode silence ?

En lui mettant un collier anti-aboiement, Ducon !

 

°°°

 

Qu'est-ce qu'il me dit ce CANICHE qui joue les cerbères à l'entrée de la villa ?

Qu'est-ce qu'il aboie en espagnol pour chasser les intrus ?

CUIDADO CON EL PERRO

Sans guillemets, mais on sait qui parle. Quel chien méchant. Et on reconnaît bien là son humour légendaire.

 

°°°

 

Ces deux chiens qui veulent nous faire croire qu'ils s'aimaient d'amour tendre, qu'ils ont le cœur rempli d'émoi, le regard langoureux depuis plus de deux mille ans, ils nous prennent pour qui ?

Des poissons ?

Des pigeons ?

 

 

°°°

 

Dans la rubrique des chiens écrasés, il y a de moins en moins de chiens et de plus en plus de cyclistes.

 

°°°

 

Chiens écrasés n'est pas le plus connu des livres d'Éric Chevillard.

Ils ont lâché la rubrique pour la une : voilà le résultat !

 

°°°

Caniche à la place du caniche
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