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26 juin 2024 3 26 /06 /juin /2024 08:10

Où l'on apprend que le mot bardella, en italien, désigne une selle sans arçon et dérive de l'arabe barda'a, « bât » rembourré pour un âne ou une mule, « couverture placée sur le dos de la bête ». Notre barda a même origine et le mot, dans l'argot militaire (et colonial), désigna d'abord l'équipement du soldat porté sur son dos, puis, par extension, un bagage, un chargement. De là vient aussi le français bardelle, selle plate sans armature, faite de grosse toile piquée et de bourre.

Jordan bâté
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3 juin 2024 1 03 /06 /juin /2024 08:57

Me mettre au régime -à la diète paléo- n'est pas dans mes intentions. Je ne suis pas un adepte du « c'était mieux avant ».

D'abord je n'ai pas connu, dans ma jeunesse et dans mon chef-lieu, la cuisine paléolithique que chante, la plume « encore toute chaude, au saut du couteau », Joseph Delteil. Des festins d'antan ne me parvenaient que de maigres reliefs, quelques mots de patois -vosgien ou piémontais-, c'est tout ce que j'avais à me mettre sous la dent. Et ce n'est pas rien, nous dit Joseph Delteil :

« Et le patois ! Je parle souvent patois, ou du patois, c'est parce qu'il est le plus proche des origines, le plus riche de sperme, et le plus sacré. »

Ainsi allons-nous cueillant. Les traces. La langue vernaculaire dans laquelle nous appelons les champignons, et dans quoi ils répondent, à quoi ils répondent, est faite de vestiges.

Nous en avons rencontré, en suivant les rails du Decauville. Entre les pierres du mur et, plus haut, dans les talus. Si mon grand-père s'arrêtait à la moindre clochette, ce n'était pas pour la cueillir mais pour entendre les ciochette de son enfance, pour qu'elles sonnent à nouveau. S'il poussait jusqu'à la lisière, ce n'était pas pour remplir son panier -pour cela, il fallait quitter la voie de 60 et prendre à gauche le petit chemin qui grimpait dans les galets-, mais pour revoir les margrite du Piémont, ses margrite et ses gratacuj : ses marguerites et ses gratte-culs.

Dans les Vosges on les appelle chopéculs. Les gratte-culs. Et on en fait, quand on a la patience, ou un moulin (spécial, avec une grille extra-fine, et doté d'une roulette en bois qui écrase la pulpe) de la confiture. De la confiture de cynorrhodon ou d'églantine. Bùttemües en alsacien, me dit tante Huguette dont la famille était de Wesserling et qui en faisait devant moi. De la « compote de boutons » (selon sa traduction). De ces jolies baies rouges ouvertes une par une pour en extraire les graines qui grattent. Bouton après bouton. Et qui était délicieuse.

Je l'ai retrouvée par hasard ce matin. Dans La cuisine paléolithique justement. Que je relisais avec l'espoir d'y trouver une alternative à la sève de bouleau. Qu'on récolte au printemps, selon Vosges matin (et Le Populaire du Centre). Ou au collagène. Ou à la diète paléo qui est déjà, semble-t-il, passée de mode. Voici ce que dit Joseph Delteil de la confiture de grattecul:

« C'est la meilleure du monde. Le grattecul, vous le savez, est le fruit de l'églantier. Il faut qu'il soit passé par les gelées d'hiver. Fendre en deux chaque fruit, ôter soigneusement les graines velues, et faire macérer les peaux 40 jours dans l'alcool (plutôt armagnac). Piler et faire la confiture. »

Du régime paléo qui était à la mode il y a cinq ans, on connaît l'inventeur (au sens archéologique du terme, celui qu'il a aujourd'hui à Lascaux quand on se demande qui a découvert la fameuse grotte, par quelle sérendipité, si c'est Marcel Ravidat en cherchant avec ses copains le trésor des comtes du Périgord, ou le chien Robot en suivant je ne sais quel lièvre).

Comme Stanley Boyd Eaton qui est l'inventeur, dans les années 1985, du régime paléo, Joseph Delteil revient à l'origine :

« À l'origine, les nourritures naturelles de l'homme sont les bêtes et les plantes de son territoire, le mammouth, le caviar, l'huître, la truffe, les insectes, les fruits... »

Mais il n'exclut pas, lui, les produits issus de l'élevage et de l'agriculture, il ne bannit pas les céréales (il en faut pour les millas, et pour l'oie, du pur maïs), les pois (cueillis avant le lever du soleil), ou lentilles, ou autres légumineuses, ni a fortiori les fromages. S'il cuisine à l'eau de pluie (l'eau « paléolithique »), et suivant les saisons, s'il ressemble aux chasseurs-cueilleurs avec sa confiture de grattecul, ses salades, asperges, poireaux sauvages (« Beaucoup de sauvagerie »), il n'en reste pas là. Il nous plonge dans une époque que je ne situerais pas avant la révolution néolithique mais après, juste après, quand les derniers paysans sont sur le point de disparaître du paysage. Et qu'ils refusent de quitter la scène.

D'où l'importance qu'il accorde, dans La Cuisine paléolithique, au pot. Au pot en terre rouge (le toupin) où l'on fait bouillir l'eau et cuire la soupe. « La meilleure poterie de cuisine, écrit-il, est la poterie à gros grain, quasi-poreuse ; voyez le tesson qu'on ramasse dans les gisements préhistoriques. Et de terre spécifique : le cassoulet n'aime qu'Issel, les tripoux que Laroquebrou. »

« Incidemment et par pur plaisir, ajoute-t-il, c'est du mot vase de grès, en patois grasal, que vient le Saint-Graal. »

Voilà pour le contenant. Pour le contenu, c'est « spontanément, à la fortune de l'heure », des fèves ramassées à l'aube, comme il est écrit, « avant le lever du soleil (certains ajoutent : à genoux, la fève ayant quelque chose de sacré, d'initiatique, voire de sexuel) ».

C'est un Précis d'alimentation naturelle que nous offre ici Joseph Delteil, « la cuisine brute, comme il y a l'art brut. »

Ce faisant, il évite de tout confondre : Homo habilis, Homo erectus, Homo sapiens neanderthalensis et Homo sapiens sapiens. Qui ne mangeaient pas les mêmes choses, c'est évident. Il ne les met pas tous à la diète. À la diète paléo. Heureusement pour eux. Leur santé est suffisamment précaire. Et leur espérance de vie limitée.

Cela dit, Boyd Eaton a des excuses. Un nom qui sonne (après coup) comme un aptonyme. Où l'on entend « manger » (to eat en anglais). Mais c'est peut-être le fruit du hasard. Ou de mon imagination. Et je n'en ferai pas de la confiture.

 

Texte à paraître dans L'Actualité Nouvelle-Aquitaine, n° 138, "Préhistoire", été 2024.

 

 

 

La Bohème de Lucien Favreau à La Vaure (Yviers, Charente).

La Bohème de Lucien Favreau à La Vaure (Yviers, Charente).

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24 mai 2024 5 24 /05 /mai /2024 09:07
MADAME

Cette journée est à marquer d'une pierre blanche. Du Crétacé supérieur. Comme la roche calcaire de Crazannes qui a servi, sinon à édifier, du moins à restaurer (et agrandir) le Fort de l'île. De cette île que nous fait visiter aujourd'hui (jeudi 23 mai 2024) celui qui a là son carrelet. Un carrelet pour y vivre. Pour y pêcher et pour écrire.

Un carrelet que nous avons d'abord lu et aimé et que nous retrouvons avec Jean Bernard-Maugiron (1). Et avec bonheur. Où nous nous installons avec lui. Chez lui.

Pour descendre et remonter quoi ? Deux ou trois éperlans à chaque fois, qui ne feront pas une friture?

La pêche aux mots est autrement miraculeuse. Chez lui (dans son île comme dans ses livres) les mots ont du goût. Le goût de la moutarde cueillie au bord du chemin. Du muscari à toupet qu'il nous sert avec la salade de son jardin. Juste avant les fèves et les petits pois à la menthe et à la feta. Du muscari à toupet qu'il prépare comme les lampascioni pugliesi, à la façon des Pouilles. Les mots sous sa plume aussi ont un goût salé. Celui des plantes qui croissent dans la pierre, qu'il nous invite maintenant à froisser et à mâcher.

Il sait et il dit le nom. De l'iris maritime qui fleurit le marais. De l'aigrette garzette qu'il nous donne à voir avec ses jumelles. Sa jumelle. Sur elle nous ouvrons les yeux. L'oeil. Car c'est une jumelle de cyclope. Qui nous fait cyclope.

Surtout quand nous arrivons à cette petite plage où les huîtres s'amoncellent. Des huîtres qui ont 90 millions d'années. J'y découvre aussi des tuiles à rebord que la mer à roulées, polies, mais on voit nettement le toit qu'elles faisaient. Même si on ne sait pas encore ce que là-dessous on fabriquait.

De cette île on a vite fait le tour. Cela prend la journée, des jours, toute une vie. Pour peu que le sort des prêtres réfractaires vous intéresse. De ceux qui sont enterrés là. Ou des Communards qui ont construit le puits. De tous ceux qui ont été déportés dans cette île. Dans ce Fort qui en a vu passer, des « incorrigibles » : des insoumis et déserteurs récidivistes et autres mutilés volontaires, en attente de jugement ou qui y purgeaient une peine de relégation. 

Cela vous occupe si vous cherchez vos limites. Si vous rêvez d'infini, d'éternité, ou si comme moi vous craignez le retour du « sentiment océanique ». Jean Bernard-Maugiron vous répond qu'ici, sur une aussi petite île, on apprend très vite à connaître ses limites. On les éprouve.

Tant pis pour celleux qui trouvent que Madame est un drôle de nom pour une île. Un nom trop genré, pas assez inclusif.

L'île d'Elle, c'est déjà pris, et par une île aujourd'hui perdue dans les terres, noyée sous le glyphosate.

On souhaite un autre sort à Madame.

 

 

 

(1) Jean Bernard-Maugiron est l'auteur de deux très beaux livres, L'île Madame et Un Carrelet sur l'île Madame (Les éditions du Ruisseau).

 

MADAME
MADAME
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23 mai 2024 4 23 /05 /mai /2024 07:50

Je viens d'attraper mon bus, j'ai même trouvé une place. Mais je réalise très vite, c'est-à-dire trop tard, que la pièce a commencé, que les acteurs n'en sont déjà plus aux répétitions, qu'ils jouent pour de vrai.

Je suis monté comme d'habitude à Iris, l'arrêt suivant c'est Patte d'oie.

Lui, la crête mal réveillée, une banane on dirait. Il est debout, tenant la barre et penché vers celle qui est assise en face:

« Patte d'oie ! »

Elle me tourne le dos, je ne vois que son dos nu, mais je l'entends rire :

« Pas de doigts ! »

Et j'aperçois ses mains levées, des mains dont elle s'efforce de faire disparaître les doigts. Quand elles ne sont plus que deux poings, deux moignons qu'elle brandit, elle rigole de plus belle:

« Pas de doigts ! »

Lui : « Attends, il y a mieux, un peu plus loin, Porte de Cougnes ! »

Elle, hurlant de rire : « Porte-couilles, comme toi ! », et elle plonge sa main (qu'elle a retrouvée) dans le pantalon du punk qui à son tour s'esclaffe:

« Arrête, les miennes elles sont pleines, j'ai du mal à les porter ! »

Porte de Cougnes : c'est là que je descends.

Je quitte à regret ce petit théâtre.

La conversation continuera sans moi.

ILLICO 4
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10 mai 2024 5 10 /05 /mai /2024 07:25
Des livres muets

 On trouve dans le commerce, en ligne, des livres muets. Libri Muti car ils sont fabriqués en Italie, à Florence exactement, dans un atelier de typographie. Selon des techniques d'impression traditionnelles (pour les tranches colorées) et une technique de reliure toute particulière (le dos cousu est apparent). Ce qui donne une note de fraîcheur à ce qui pourrait apparaître comme un truc de vieux.

Ainsi peut-on se procurer, pour la modique somme de 29 euros, LA DIVINA COMMEDIA ou Homer, ODYSSEY, n'importe quel livre blanc peut être utilisé comme livre d'or, carnet de voyage, ou livre d'inspiration.

Ces Libri Muti ou Mute Books réinterprètent en effet, et presque toujours en anglais (marché oblige) des classiques de la littérature. Vous pouvez écrire dessus. Ou plutôt dedans. Glisser votre prose dans LA RECHERCHE ou MOBY DICK. Et ranger ça dans votre bibliothèque. Parmi vos faux livres.

Je note que le prix dépend, non pas du prestige de l'auteur dont vous squattez l'oeuvre, ni de la qualité de l'objet (on est à Florence, quand même, et dans un atelier de typographie), mais de la taille que vous souhaitez pour votre livre d'inspiration. Si vous vous sentez beaucoup d'inspiration, si vous en voulez un gros, c'est forcément plus cher. Tout dépend du nombre de page que vous estimez nécessaire pour écrire ce que vous avez à écrire, et que la compagnie d'un grand auteur ne paralyse pas. Il peut regarder par-dessus votre épaule, il ne vous empêchera pas d'écrire. C'est même assez flatteur d'être observé par ces grands morts, sans être jugé bien sûr, ce sont d'abord des présences bienveillantes. Des tuteurs. Sur qui s'appuyer pour grandir.

Il y en a sans doute qui ne se voient pas écrire à l'ombre d'un grand nom. Des vaniteux à qui cela ferait de l'ombre, justement, et que cela bloquerait définitivement. Ce n'est pas à ce genre de clients que les Libri Muti s'adressent. Ils visent plutôt ceux qui ne se prennent pas au sérieux, qui prennent ça pour un jeu, qui se prennent au jeu. C'est un cadeau rigolo, ils trouvent même ça stimulant.

Il ne s'agit pas de se comparer à eux, on ne se prend pas pour des génies, et l'idée ne nous effleure pas de nous mesurer à eux. De leur voler la vedette. C'est une marque de respect, au contraire, et un petit coup de jeune que nous leur offrons. C'est win-win, tout le monde y trouve son compte. Pour nous, c'est l'opportunité d'avoir enfin notre livre, même s'il paraît sous un autre nom, un nom prestigieux, et de pouvoir le ranger dans notre bibliothèque. Pour eux, c'est l'occasion de retrouver des couleurs, une nouvelle jeunesse, d'échapper au Musée Grévin qu'on appelle aujourd'hui Médiathèque. Enfin ils peuvent sortir, sans attendre le prochain désherbage. Dieu les préserve de ces déstockages, heureusement, ou plutôt leur renommée.

Beaucoup de noms défilent, beaucoup de titres. Mais le seul qui trouverait grâce à mes yeux, c'est celui qui a pour titre JOURNAL DE BORD. Qui est sans titre et en quête d'auteur. Qui n'attend que moi, mais j'ai mieux à faire.

Si je devais tenir un journal, je choisirais un autre support, moins noble mais où je pourrais coucher mes pensées à l'abri des regards. À commencer par les miens. Sur un banc par exemple, sur le premier banc venu. Mais il faut le trouver, le banc capable d'accueillir tout ce que j'ai à dire. Il en faudrait plusieurs. Il en faudrait beaucoup. Et de très fréquentés. Des bancs où l'on aille s'asseoir dès les premiers beaux jours. Des bancs que l'on ait envie de lire.

J'en connais de beaux sur la plage de la Concurrence. Des grands, en béton, des classiques que j'interprèterais moi-même si j'étais un paria, où j'écrirais, où je crierais, tout cela gratuitement.

Et tant pis si l'on me traite de bernard-l'ermite, de coucou, de punk, au moins je n'aurai pas souffert en silence.

L'écriture a besoin de public, d'autant plus qu'elle est solitaire. Celui-là est tout trouvé. Où il n'y aura pas que des têtes blanches. Des grands-parents trop heureux de sortir les gamins qu'on leur a confiés pour les vacances, de les laisser jouer en toute sécurité dans le sable. Ils peuvent les quitter des yeux, regarder ailleurs, la mer qui danse comme dans la chanson, ou, quand ils se lèvent pour se dégourdir les jambes, ce qu'il y avait d'écrit derrière eux, et qu'ils n'avaient pas vu en s'asseyant, à la place où ils s'assoient toujours, la troisième à gauche des escaliers. Ou ce qu'on a écrit dans leur dos, tandis qu'ils somnolaient.

Dans le public, il y a aussi de jeunes parents, des célibataires venus chercher le soleil, ou des touristes car les vacances viennent de commencer à Paris, et ils sont nombreux malgré le temps incertain.

Voilà donc un public captif qu'il faut maintenant captiver. Pour que mon livre ne soit pas, pour qu'il ne soit jamais un livre muet.

 

Le poète Martial me l'a dit, dans une épigramme et en latin :

« Il n'écrit pas, celui dont personne ne lit les livres. »

 

Et Nietzsche « tu à mort », parce que sans lecteurs et ignoré des critiques. 

 

 

 

Des livres muets
Des livres muets
Photos Catherine Raybaut

Photos Catherine Raybaut

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9 mai 2024 4 09 /05 /mai /2024 07:15
Où l'on voit que le marché du livre décoratif est en pleine expansion

J'ai pensé, en lisant ce portrait, à ces beaux livres que mon père se voyait offrir par les représentants quand il travaillait chez Iung frères (Quai des Bons Enfants à Épinal), à ces cadeaux qu'il recevait alors et qui venaient garnir sa bibliothèque.

Ces beaux livres étaient des faux livres : des vrais qui avaient été creusés pour abriter la bouteille carrée, ou des faux spécialement conçus pour l'habiller. Ces livres n'étaient pas des livres à lire mais à boire. Pas besoin d'attendre les derniers chapitres pour découvrir l'oracle de la bouteille. Ces livres vous disaient, à peine ouverts, « Trinch ! »

 

Ces faux livres contenaient le plus souvent du Cognac ou de l'Armagnac, plus rarement du whisky ou de la vodka. Plus rarement encore du poison. Je vois mal Frigéco ou Ducretet-Thomson offrir ce genre de breuvage à celui qui se dévouait tant pour vendre des frigos ou des postes à modulation de fréquence.

 

Il se murmure que ces livres cachaient d'autres choses, une deuxième clé, un mot secret ou même de l'argent. Mais là-dessus motus. Motus et bouche cousue.

 

Cette façon de cacher quelque chose, si ingénieuse fût-elle, me paraissait d'un autre âge.

Jusqu'à ce que je découvre, à mon grand étonnement, que le marché du livre décoratif est en pleine expansion.

Il y a des influenceuses, sur TikTok ou ailleurs, qui font la promotion de faux livres en carton pour « décorer tables, dressings ou bibliothèques ». Elles vous expliquent que « les livres officiels avec les pages comme ça, ça coûte assez cher en boutique ». Pour elles, ces faux livres, qui s’apparentent à des boîtes vides, ne coûtent « que » 19,99 euros. « Mais pour deux achetés deux offerts », se réjouissent-elles. 

 

Le plus drôle est que ces vendeuses de faux livres, de boîtes vides, sont appelées « créatrices de contenus ».

 

Comment fabriquer un livre creux ?

On peut faire l'économie des 13 étapes et répondre d'emblée :

en ne le lisant pas.

 

 

 

 

 

Où l'on voit que le marché du livre décoratif est en pleine expansion
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5 mai 2024 7 05 /05 /mai /2024 07:00
MON PREMIER LAROUSSE en couleurs

«  Sais-tu trouver les devinettes de ton journal illustré ? Moi, je ne trouve pas toujours la réponse. »

« Tiens ! Voici une devinette. »

 

Ainsi parlait MON PREMIER LAROUSSE en couleurs. Et c'est forcément à moi qu'il parlait.

 

Il parlait avec des mots, et au moyen d'images. Des images qui en préciseraient le sens, si nécessaire, qui l'éclaireraient.

 

Je me vois enfant, voyageant dans les mots du dictionnaire, m'arrêtant à chaque image, rêvant devant elle. Devant ce rébus qui était, quoi qu'en pense Walter Benjamin, quoi qu'en dise l'étymologie, un rêve avant d'être une chose. Et quel rêve !

 

Un rêve qui dit la vérité. Comme toujours le rêve. Encore faut-il le faire parler. Ici, c'est chose facile. Il suffit d'écouter les images. La traduction vient toute seule. Les mots arrivent sans qu'on ait à les chercher.

 

Je l'ai maintes fois parcouru. De la première à la dernière lettre de l'alphabet. Du premier mot de ce dictionnaire au dernier. Du premier qui était a au dernier qui était zoo. Grand-père ne nous a pas conduits au zoo (il n'a pas de voiture, il ne possède qu'un vieux vélo), les animaux sauvages, je les vois seulement en images, dans les images que je collectionne ou dans l'album qu'on m'a offert à ma naissance. Cadeau d'un imagier de ma ville. De la « Cité des images » comme dit mon père dans ses articles. Où il relate les matches du SAS (du Stade Athlétique Spinalien).

 

MON PREMIER LAROUSSE en couleurs a raison, j'ai un album d'images ; c'est un livre que j'aime à regarder. Assis dans l'herbe, comme sur la couverture. En bas du pré. En haut, on aperçoit notre maison, une ferme vosgienne en moins trapu, en plus petit, dans un paysage de montagne, de moyenne montagne où je suis parfaitement installé. Plongé dans mon album d'images d'Épinal. Je mange une tartine de confiture. De gelée de groseille ou de framboise dont le petit chien, à mes pieds et au premier plan, lèche le pot, l'oeil gourmand.

 

Il a raison quand il dit :

« Dans mon dictionnaire, j'apprends ce que les mots veulent dire. » Ce qu'ils veulent bien me dire, corrigerais-je aujourd'hui. Et je ferais parler les images. Du moins j'écouterais ce qu'elles ont à me raconter.

Il a à moitié raison.

 

Comme MON PREMIER LAROUSSE en couleurs quand il évoque mon oncle Émile et ma tante Marie.

J'ai bien un oncle Émile, un oncle Émile qui a un chien (nommé Fous-le-camp, et qu'il s'amuse à appeler, « Fous-le camp viens là ! » « Viens ici Fous-le-camp ! », ça ne fait rire que lui). Mais mon oncle Émile n'est pas le frère de Maman.

Ma tante se prénomme bien Marie, mais elle n'a jamais acheté de boîte de gâteaux : elle les fait elle-même. Comme elle fait son kéfir, ses klösse (qui accompagneront le civet de lapin), son jardin (où il y a du muguet rose et du lilas double, mais aussi des glaïeuls, des zinnias pour fleurir la tombe), les moissons. Comme une vraie paysanne bavaroise (qu'elle est).

 

Les images disent la vérité, mais une fois sur deux. S'il leur arrive de mentir, c'est pour la bonne cause. Un beau mensonge qui ne nous apprend pas moins à lire. À cueillir.

 

La cueillette, je la pratiquais alors dans nos bois. Où nous allions avec mon grand-père. « Tous les deux comme trois frères ». Dans ces grandes forêts, il y avait tant à cueillir. Des premières anémones sorties violacées de l'hiver aux derniers champignons qui étaient des souchettes.

 

Et je la retrouvais ici, dans ce dictionnaire. Dans ces mots qui fascinaient Michaux car ils n'appartenaient pas à des phrases. Ils offraient d'autres liens, d'autres familles que celle qu'on vous impose.

 

Je retrouvais dans MON PREMIER LAROUSSE en couleurs le plaisir de la cueillette. Je découvrais aussi, en même temps, celui de lire. D'écrire.

 

Je lis toujours comme cela. Comme on feuillette le dictionnaire. Je vais cueillant des mots, je m'arrête à chaque page. Fatiguée de m'attendre, l'histoire continue sans moi. C'est toujours ainsi que j'écris.

 

L'événement, s'il doit advenir, ce ne sera pas en ma présence. Je suis trop occupé ailleurs pour m'intéresser au roman qui s'écrit.

MON PREMIER LAROUSSE en couleurs
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9 avril 2024 2 09 /04 /avril /2024 08:01

« Les petits bancs en béton face à la mer ont vieilli, mais ils ont toujours autant de succès », pouvait-on lire il y a quatre ans dans Sud-Ouest. Dans un article sur les différentes ambiances de la plage de La Concurrence : « un endroit à la fois chic et populaire ». Et sous la photo de parents et de grands-parents prenant le soleil. Juste en dessous de chez Coutanceau -de La Yole de Chris et de son restaurant désormais double étoilé Michelin. Pendant que les enfants jouent sur la plage.

Quelqu'un a visiblement entendu le message et décidé de leur donner un coup de jeune, en écrivant sur les bancs en béton. Plus exactement au dos. Utiliser le dossier comme support d'écriture, et en faire des pages, personne n'y avait songé.

Cela demande un effort au lecteur, car c'est écrit petit, malgré les capitales qui s'efforcent par moments de crier, ou d'insister sur des noms propres difficiles à prononcer, car tirés des univers médiévaux fantastiques et de langues fictives. Il faut aussi et d'abord choisir : entre s'asseoir et lire. On ne peut pas, même en se dévissant la tête, faire les deux à la fois.

Celui qui signe parfois SOLA a manifestement besoin de lecteurs. Il le dit lui-même : «Les parias sont plus nombreux que vous le pensez mais ils souffrent en silence peu osent écrire dans des lieux publics.» Nous donner à lire, à nous qui venons nous réchauffer au pâle soleil d'avril, en regardant nos petits-enfants jouer sur la plage, en nous levant de temps en temps pour admirer leur château de sable, des pages entières de leur journal.

Par exemple le 29 mars: une page que je prends le temps de lire avant de me rasseoir. Nous sommes à 3 jours de sa convocation. « J'ai écrit en centre toute ma vie j'ai rêvé de reconnaissance. A posteriori cela finira par payer. Plus que simples graffitis il s'agit de littérature murale. » Et il estime important de préciser qu'il ne croit en aucun dieu hormis Mhounnu. Avant de conclure (pour aujourd'hui) que le monde est beau mais que nous ne sommes que poussière face à l'univers vous croyez que vous êtes la race suprême alors que sans la planète vous seriez pas en état de faire des photos de famille et des dîners entre amis. »

 

Lui il est de la famille des laissés pour compte, c'est pourquoi il signe SOLA. S'il signe aussi RACHON Rot 97, c'est qu'il a découvert les univers médiévaux fantastiques, leurs cosmogonies. Avec des langues fictives une faune. « Je reparlerai de l'öffolchom », nous prévient-il, avant que nous changions de place. Que nous nous installions quelques pages plus loin. Car c'est un journal qui fait bien 20 mètres de long, qui se lit de gauche à droite, comme un vrai livre.

 

Il en reparle peut-être plus loin, mais le vent s'est levé, nous aussi, nous ne connaîtrons pas la suite s'il y en a une, et il y en a forcément une, il n'y a pas de point final, on ne peut pas s'arrêter d'écrire quand on a commencé.

 

J'ai fait une petite recherche sur RACHON Rot 97 et je n'ai rien trouvé. Qu'une vidéo débile intitulée « Il lâche ses plus beaux rots en public ». Ce qui nous éloigne semble-t-il de ses univers médiévaux fantastiques et plus encore de notre livre muet.

 

Signé SOLA
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1 avril 2024 1 01 /04 /avril /2024 13:52

Des yeux conjurant le mauvais œil, on en voyait beaucoup. Peints sur la proue des anciens navires de guerre grecs, et la tradition s'est maintenue. D'avoir de grands yeux sur la coque. De grands yeux effrayants. Y compris sur la coque de son iPhone. Qu'ils ne protègent pas seulement de l'eau, de la poussière, des impacts, mais aussi de toutes les influences négatives qui vous entourent.

On peut regarder ces yeux comme un simple décor, psychédélique, et halluciner. Il n'empêche qu'au départ, ils avaient une fonction apotropaïque : ils éloignaient le danger.

Pour conjurer le mauvais sort, il y avait aussi le nom. Certes, ce pouvait être le surnom d'un ancêtre, d'un héros chasseur de bêtes sauvages ou tueur de loups et dont on portait, en même temps que le nom, les qualités extraordinaires. Mais c'était aussi une façon de prévoir le pire, de le prévenir, d'empêcher le retour des bêtes sauvages, des loups, d'éviter qu'ils ne vous tuent. Une fonction apotropaïque.

Apotropaïque se dit d'un objet, d'une formule servant à détourner vers quelqu'un d'autre les influences maléfiques.

Peut-il se dire d'un nom ? Du nom que l'on porte. Que l'on porte sur soi, comme une amulette, par superstition et pour préserver des dangers. Une amulette a des vertus de protection et porte chance. Mais un nom ?

Les amulettes varient selon les lieux, les époques, les religions. Aujourd'hui, on n'a que l'embarras du choix.

Un nom propre, c'est différent, on le reçoit et on doit faire avec. Sauf s'il est ridicule, stigmatisant, s'il fait de vous un handicapé du patronyme, si vous devez le traîner comme un boulet, le porter comme une marque d'infamie, on n'a pas le droit d'en changer.

Sauf si vous êtes écrivain et que vous estimez qu'il pourrait vous nuire. Dire de vous et de ce que vous écrivez « qualité inférieure ». C'est ce que Michaux entendait dans son nom. La raison pour laquelle il écrivait contre son nom.

D'autres écrivains ont pris un pseudonyme. Ils ont commencé par là. Par en essayer plusieurs, dans l'espoir de trouver le bon. Mais comment le trouver ? C'est difficile, surtout si l'oeuvre dont on se sent porteur est diverse. Des hétéronymes ? C'est une solution, que certains, et non des moindres, ont adoptée. Mais il y avait un risque. Celui de mettre la charrue avant les bœufs. Toute son énergie à chercher sous quel nom écrire, avant même d'avoir commencé sa carrière. D'avoir écrit un mot. Et de s'arrêter là.

De la plupart des patronymes, heureusement, on ignore le sens. On ne cherche pas à le connaître. On n'a peut-être pas envie de savoir qu'il joue contre nous. De passer sa vie à tenter d'échapper à cette malédiction. Ou au contraire à s'efforcer de lui ressembler si l'on a reçu ce cadeau à la naissance, un beau nom qu'il faut maintenant mériter, dont il faut se montrer digne. Fût-il celui d'un enfant trouvé : d'un trovatello.

Des noms apotropaïques, il en existe pourtant. Des noms qui chassent les bêtes sauvages ou éloignent de nous les loups. C'est ce qu'ils disent, si nous voulons bien les écouter. Mais nous n'en avons pas forcément le temps, ni l'envie. Ni les moyens. Nous n'avons pas tous fait du latin. Nous n'avons pas tous du goût pour les langues.

Peu importe. Ces noms apotropaïques nous protègent à notre insu. Ce sont nos anges gardiens. Ils le seront toute notre vie, et même dans la mort. Ils garderont notre tombeau et empêcheront le retour des fantômes.

De ces noms on peut dire qu'ils assurent notre protection. Mais vers qui détournent-ils les influences maléfiques ?

Je me rappelle ce rituel qu'on m'a raconté, en Tunisie. Comment on choisit un chemin dans la forêt, pas très passant, mais suffisamment emprunté pour qu'on tente l'expérience. De dresser, à l'abri des regards, une petite pyramide en assemblant tout ce qu'on trouve dans la forêt ou dans ses poches, de branches, écorces, feuilles, menue monnaie, et d'attendre, bien caché. Que quelqu'un passe et bouleverse en marchant, sans s'en rendre compte, votre petit édifice. Et vous délivre ainsi du mal. En l'emportant avec lui, loin, très loin de vous.

Quand on n'a pas de forêt sous la main, ni de chemin à offrir aux aventuriers du dimanche, c'est chose difficile.

Reste à attendre. Devant son écran. Le lecteur qui passera par là. Qui poussera jusque là. Jusqu'à lire cette page.

Apotropaïque
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20 janvier 2024 6 20 /01 /janvier /2024 07:54

Je ne parle pas des prochaines élections américaines, du match Trump-Biden qu'on nous annonce et dont dépend l'avenir du monde, mais de l'église Saint-Symphorien-de-Broue.

Dans ma tentative de dévoilement de la façade, je n'avais pas songé, en regardant les trente-deux personnages, qu'ils pouvaient représenter les Vieillards de l'Apocalypse.

D'abord je ne les voyais pas assis. Je ne voyais pas de trône dans le ciel. Ni les vingt-quatre trônes autour, ni les Vieillards ou Anciens censés les occuper. Ni les quatre Vivants.

Des ménestrels ou ménétriers menaient la danse, des anges musiciens mais ils ne jouaient pas de la harpe.

De cet instrument de musique à cordes, tenu par le manche, la caisse effilée de résonance appuyée sur l'épaule, je n'aurais pu dire si c'était une vièle plutôt qu’un rebec. Ne parvenant pas à choisir, j'ai opté pour le psaltérion. Obnubilé que j'étais par mes griffons-chérubins qui n'étaient peut-être rien d'autre que des volatiles. De vulgaires volatiles. Des leurres, comme ces canards flottants rencontrés en chemin, et qui sont là pour la chasse. Comme ces faux canards qui dansaient en rond, ces oiseaux accolés par le poitrail m'ont induit en erreur. Je me suis laissé prendre. Je n'y ai vu que des anges. Des trônes ou des chérubins.

Or, il faut le savoir (je ne l'ai su qu'après), les Trônes dont la mission consiste, on s'en souvient, à transporter au paradis le trône de Dieu, ou les Chérubins dont le rôle est, on se le rappelle aussi, de gardien du trône de Dieu et de protecteur, ne sont jamais représentés assis sur des trônes, ni couronnés.

De ces Vieillards n'apparaissaient ni les trônes ni les couronnes. Ni la barbe, si on leur en a fait une. De loin, je les trouvais bien hiératiques pour des danseurs. J'en concluais que le sculpteur nous entraînait dans une danse immobile, mais c'était ma propre fascination que je traduisais en mots.

Je m'étais arrêté sur l'instrument : sans grand succès. Peu importe au demeurant car cet instrument stylisé, tenu d’une manière inadéquate pour qu’on puisse en jouer, représentait avant tout un attribut des Vieillards, tout comme la coupe, s'il y en a une. La vièle renvoie aux harpes et la coupe à celles que tiennent les vingt-quatre Vieillards dans le récit de l’Apocalypse de Jean, au moment de l’apparition de l’Agneau. Les harpes sont destinées à chanter les louanges de Dieu, les coupes à parfums contiennent les prières des saints. Voilà ce que j'aurais dû voir et que je ne voyais pas.

L’ Agneau vient « prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône. Quand il l’eut pris, les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints ; ils chantaient un cantique nouveau… » (Apocalypse, 5-7, 8, 9).

J'aurais reconnu les Vieillards sous leurs couronnes d'or et dans leurs vêtements blancs, je me serais interrogé sur le nombre. En effet, les personnages de la dernière voussure (délimitée par une élégante archivolte de rinceaux ) étaient trente-deux, et non vingt-quatre.

À cette époque, me serais-je dit, on ne prend pas de libertés avec le texte, fût-il d'un Jean qui n'est pas celui de Patmos (mais qui est qui?), d'un genre pour le moins déroutant, ni avec les chiffres qui sont une vérité tout aussi intangible. Si le texte dit 24 Vieillards, il n'y a aucune raison d'en montrer 32.

Pourtant, ils sont bien 32. Là où L'Apocalypse de Jean en compte 24. Et 4 Vivants. Des Vivants dont l'Apocalypse nous dit (IV, 2-7) : « Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d'homme ; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. » Ils symboliseraient les quatre évangélistes.

Ces 24 Vieillards ne sont pas des anges, c'est entendu, ni des Trônes ni des Chérubins.

Ce seraient donc des hommes. Mais lesquels ? L'identification de ces personnages est très discutée parmi les exégètes. Certains y voient des hommes rachetés, et plus spécialement des saints de l'Ancien Testament, les ancêtres des chrétiens dans la foi. D'autres qui ont une meilleure vue croient reconnaître les 12 tribus d'Israël et les 12 apôtres. Cela nous donne bien 24 Vieillards ou Anciens. Plus 4 Vivants. Même en ajoutant Celui qui a aussi son trône, et devant qui ils se prosternent, on n'arrive pas à 32.

Cela dit, il faut composer avec l'espace. S'il est restreint, le sculpteur réduira les personnages. S'il a trop de place, il en augmentera le nombre.

Est-ce la nécessité de meubler qui nous fait passer ici de 24 Vieillards à 32 ? Certainement. On a voulu suivre le nombre de claveaux.

Ici, il y en avait 32 à décorer. Et, je ne l'ignore pas, les bâtisseurs, sculpteurs et peintres médiévaux savent s'adapter. Ils se montrent, quand il le faut, très libres. Volontiers facétieux. Ils n'hésitent pas à jouer avec les codes.

Si l'arc a besoin de 32 pièces pour tenir, on rajoutera quelques pierres, quelques Vieillards et une Epona qui traînait par là. Sur elle on aurait pu bâtir cette église (comme on a fait à Thaims) : on a préféré l'installer en haut, avec son cheval. Et avec une autre pierre de même époque, de même facture. Plus grossière que les autres sculptures, mais le temps a fait son œuvre. Et il fallait les faire entrer dans la danse. Où elles ont tout de suite trouvé leur place. Près du sommet, légèrement à droite. De là, Epona continue à régner sur les eaux puisque la mer est à ses pieds, aujourd'hui le marais. Et le message ne s'en trouve pas modifié.

Qui s'adresse d'abord à ceux qui sont arrivés sur le parvis, et qui trouvent porte close. C'est une petite foule qui a tout son temps, qui n'est pas pressée de rentrer, cela tombe bien. Ils pourront lire ce que la façade de manière un peu confuse nous révèle. Et que je tente, non moins confusément, de déchiffrer.

 

Pour en savoir plus, on lira le livre de Jean-Paul Renoux et Sophie Goillot, L'EGLISE ROMANE DE LA GRIPPERIE SAINT-SYMPHORIEN (Le Passage des heures).

 

LES VIEILLARDS DE L'APOCALYPSE
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