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2 août 2023 3 02 /08 /août /2023 12:40

Castramétation est un mot que je ne m'attendais pas à trouver dans un livre intitulé VITA POETICA.

Certes, le titre est du latin, langue des Romains qui avaient l'art de camper, d'asseoir des « camps » (castra), et d'abord de les « mesurer » (metari).

Mais nous sommes loin, avec ce livre de Jean-Claude Pinson qui paraît aux éditions Lurlure, très loin de la guerre.

Citons pour commencer le passage où le mot apparaît, et remettons-le dans son contexte.

Nous le trouvons page 76, à la lettre I (I comme idylle, Idée) des FRAGMENTS D'UN ABÉCÉDAIRE ÉCOPOÉTHIQUE. L'idylle, c'est le tableau que dresse de la Corse Rosa Luxemburg (dans ses Lettres de prison) :

« Imaginez, écrit-elle à Sonioucha, un paysage vaste et héroïque » sur lequel règne « un silence de commencement du monde » et où « les gens que vous rencontrez sont en accord avec le paysage ». Là-bas, où la « beauté parfaite » est souvent au rendez-vous, « la Bible, l'Antiquité, sont encore vivantes ».

Tout autre est le sentiment d'un Sénèque qui passa huit ans en Corse, mais en exil. Pour lui, elle n'est qu'un « rocher aride et broussailleux », un « sol funeste ». « C'est, nous dit Jean-Claude Pinson, qu'il appréhende la Corse à travers le filtre des campagnes romaines, propices à l'agriculture. Son regard est pragmatique ; c'est le regard d'un Romain féru d'agriculture et de castramétation et non celui, d'abord esthétique, d'un Grec. »

Dans une autre lettre, Rosa Luxemburg s'afflige de la disparition des oiseaux chanteurs : « Vous le savez, j'espère malgré tout mourir à mon poste dans une bataille de rue ou au pénitencier. Mais mon moi profond appartient davantage aux mésanges charbonnières qu'aux ''camarades'' ».

Sensiblerie « romantique » ? Non, répond Jean-Claude Pinson, nul « crétinisme pastoral » (pour parodier une formule célèbre de Marx) chez Rosa Luxemburg. Plutôt la conscience, déjà, que la locomotive est lancée, et que nous courons à la catastrophe.

C'est ce que dit, avec son drapeau rouge, la garde-barrière (la grand-mère de Jean-Claude). La gardeuse de troupeau (elle a deux vaches). Qu'il y a urgence à freiner.

Ce n'est pas une vision d'apocalypse que fait défiler dans son livre Jean-Claude Pinson. Du poète il rassemble les membres épars (il écrit à sa manière une Lettre à la postérité), et dans les fragments qu'il recueille il ne cherche plus le (grand) récit à écrire, mais la possibilité d'un chant. Comme Marielle Macé avec ses oiseaux. Ou avec ses cabanes. Comme d'autres avec leurs maisons autonomes. Une idylle malgré tout. Une petite image. Une Grèce qui aurait échappé à la castramétation. Qui aurait survécu aux Romains. C'est cela, la VITA POETICA. Une vie élargie par le poème. 

Castramétation
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2 août 2023 3 02 /08 /août /2023 05:48

Afin que nos figurines en terre cuite puissent être mises sous les yeux de tout le monde, nous avons dû supprimer, prévient-il à l'entrée de son cabinet, certains détails dans les formes qui pourraient blesser le regard, comme la pointe des seins pour les Vénus. Entre deux Vénus debout, nous avons préféré, poursuit le curieux, celle qui cache son sein à celle qui le presse. Nous tenons à préciser que si elle se le pince, ce n'est pas par plaisir mais pour en faire jaillir le lait, car elle est, comme la déesse représentée assise dans un fauteuil en osier tressé, une mère. Comme toutes celles que nous avons choisi de montrer. Allaitant un ou deux enfants. Nous avons remplacé, bien sûr, le chien assis ithyphallique, clochette au cou, par un chien nommé lui aussi Priape, mais dormant en boule sur le lit des amants, entre eux, du même potier modeleur et de la même pâte. Et jouant le même rôle. De gardien du foyer.

Cachez ce chien
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31 juillet 2023 1 31 /07 /juillet /2023 06:40

 

Je n'ai pas fait Le Voyage à Nantes, pas encore, mais j'ai entendu Philippe Ramette et Marion Verboom parler de leurs œuvres sur France Culture ; Marion Verboom évoquer Pistillus, ce coroplathe (ou coroplaste) gallo-romain qui avait sa fabrique (de terres cuites figurées) à Augustodunum, aujourd'hui Autun. À la fin du IIe ou au début du IIIe siècle apr. J.-C. Pistillus, c'est le nom qu'elle a donné aux œuvres qu'elle expose. Passage Sainte-Croix. Parmi lesquelles Achronie 39.

« Les 8 fragments de la sculpture en jesmonite, ciment, bronze et aluminium s’inspirent tour à tour d’un bestiaire, d’un motif aquatique, d’une flûte traversière, d’un personnage carnavalesque de Bruegel, d’un rouage d’horloge, et d’objets gallo-romains issus de fouilles archéologiques nantaises (collections Dobrée) dont un chapiteau et une déesse mère allaitant deux nourrissons, statuette du célèbre potier gallo-romain Pistillus (…). »

Qui était Pistillus ?

Un coroplaste, c'est-à-dire, selon l'étymologie, un « modeleur de jeunes filles ». Un fabricant de figurines dont beaucoup sont des Vénus ou des déesses-mères : des maternités. Un peu comme notre Vierge à l'enfant.

C'est ce que retient de lui Camille Jullian dans son Histoire de la Gaule, quand il évoque les productions de: «Allusa à Bordeaux, connu pour ses Mères; l’Armoricain Rextugénos, pour ses Vénus à la rigidité hiératique; Sacrillos l’Arverne, de Toulon-sur-Allier, grand fournisseur de colombes; et surtout l’Eduen Pistillus, qui passa maître dans le genre familial, remplissant toute la Gaule de Mères pouponnières, d’enfants au berceau, de lits domestiques, de chiens gardiens du foyer. »

L'un d'eux est couché sur le lit. Celui des amants de Bordeaux (ce couple amoureux, découvert en 1850 à Bordeaux, est au Musée d'Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye). Les deux amants sont représentés nus, recouverts en partie d'une couverture, tendrement enlacés. Le chien est couché sur leurs pieds. Roulé en boule, il dort paisiblement. La scène est traitée avec beaucoup de délicatesse et signée Pistillus : PISTILLVS FECIT (« Pistillus a fait »).

Ne nous arrêtons pas à cette image d'Épinal, ou plutôt d'Autun, d'un fabricant d'objets de piété bon marché, destinés aux dieux mais qui pouvaient aussi accompagner le défunt dans la tombe. Pistillus ne fabriquait pas seulement, pour une clientèle populaire, des statuettes moins coûteuses que celles en bronze, il réalisait aussi des jouets -des poupées- ou encore des éléments de décor, comme cet oscillum (disque en terre cuite dont une seule face reçoit un décor moulé en relief) où le chien a quitté le lit conjugal, où rien n'empêche plus l'adultère.

On y voit trois personnages qui sont, de droite à gauche, un homme d'âge mûr allongé nu sur une couche. Le corps recouvert d'un drap. La tête appuyée sur un oreiller, tournée vers nous, ou vers le bassin qui est placé près de la tête du lit, posé sur une terrasse sur laquelle se tiennent les héros de la scène. À sa gauche une femme, légèrement vêtue, se penche vers lui pour lui caresser les cheveux ou lui éponger la barbe. Elle croise notre regard quand elle se retourne vers celui qui, vêtu d'un cucullus (le manteau court gaulois), capuchon sur la tête et tunique retroussée jusqu'à la taille, se tient derrière elle, en érection, et pose sa main droite sur sa hanche en la pénétrant. Il lève le bras gauche en signe de victoire. La scène représenterait la situation classique au théâtre, où une jeune femme mariée à un vieillard égrotant se console avec un jeune et vigoureux serviteur. 

Pistillus a réalisé d'autres oscilla, représentant d'autres scènes érotiques. Ils étaient suspendus entre les colonnes des péristyles des domus romaines. On les retrouve rarement entiers. Ce sont le plus souvent des fragments, un drap, une draperie, la table renversée. La table renversée (ablatif absolu), on peut reconstituer la scène. On n'a pas besoin de la jambe et du fessier nus.

Pistillus voulait-il ressembler à son nom, à ce « pilon de mortier » qu'on entendait dans son cognomen ?

Est-ce la raison pour laquelle Camille Jullian juge si sévèrement Pistillus et les imagiers ses confrères ? La vraie raison. Ce ne serait donc pas, comme on le croyait d'abord, l'art industriel qu'il blâme, la bimbeloterie, mais le sexe débridé et, si l'on peut dire, à la portée de toutes les bourses:

« Qu’on ne se trompe pas d’ailleurs sur le mérite de Pistillus et de ses émules : ce sont de pauvres œuvres que leurs figurines, faites pour de pauvres ménages, et qui s’en allaient remplir les boutiques à quelques as ou qu’étalaient les colporteurs aux heures de marché. »

Oublions Camille Jullian et revenons à notre Gaulois. Voyons passer comme dans un film le Cucullatus (le génie revêtu de son manteau à capuchon), Sucellus, le dieu au maillet, quantité de bustes féminins, d'enfants, de Risus (enfant chauve ou à la chevelure clairsemée, aux oreilles largement décollées et aux grands yeux en amande, ourlés et sans pupille, une allégorie censée provoquer l'hilarité et qui fait plutôt peur, c'est pourquoi on la montre de dos, et pour qu'on voie l'inscription PISTILLUS), des vases-singes, des pigeons, un coq (celui de Mercure?), une déesse-mère à un enfant, une autre (qui a voyagé jusqu'à Nantes) « allaitant deux nourrissons », une Abondance assise, comme Epona sur sa jument, des bébés dans un berceau, Vénus dans sa niche, Vénus accompagnée d'Eros, couple sur un lit, comme celui dit « des amants de Bordeaux ».

Et ce n'est pas, comme dans Achronie 39 de Marion Verboom, un totem géant, un travail de Titan, entassant Pélion sur Ossa, empilant les époques, les styles, les matériaux (il n'y a pas de dieu tonnant à détrôner dans le ciel, l'église Sainte-Croix s'offre à nous, ornée dans le plus pur style classique et surmontée d’un beffroi décoré d’une ronde allégorique d’anges sonnant de la trompette), c'est un travelling latéral ou horizontal comme on imagine le film d'une vie à l'instant de mourir, un long travelling et en même temps très bref, le temps brusquement aboli.

L'achronie que vise, en regardant vers le ciel, Marion Verboom.

Quand il faut la chercher, me semble-t-il, sous ses pieds.

C'est ce que faisait André Dhôtel quand il fouillait à Autun, « ville romaine par excellence ». Il la retrouve intacte, c'est-à-dire en morceaux, dans ces morceaux de poteries qu'ils exhumaient, son camarade et lui, dans les misérables débris qu'il ramassait (en attendant les champignons). Des « fragments d'une histoire à l'abandon ». Auxquels il s'éblouissait, enfant. Et qui, des années après, n'ont rien perdu de leur mystère. Demeure avec eux la certitude « que tout vestige disparaît finalement, que les années sont éphémères, surtout vues de loin, et il semble qu’à une ville comme Autun l’enfance s’enchante d’arracher les éclats d’une véritable éternité. »

Ce souvenir d'Autun n'a rien à voir avec les souvenirs qu'on peut y acheter, de jolis cadeaux à prix doux comme en fabriquait Pistillus justement, à partir d'une argile très fine et avec des moules, aujourd'hui ils seraient made in China, et on trouverait les mêmes à Lourdes, les mêmes bondieuseries, le même kitsch religieux que ces Epona, ces déesses-mères, ces Vénus qui sont autant d'Apparitions.

Dans les Souvenirs d'Autun (texte paru dans Nivernais-Morvan, printemps 1975, repris dans le Bulletin de « La route inconnue » n°3), on ne trouve pas le fragment de moule qu'André Dhôtel a inventé, document qu'il a conservé religieusement toute sa vie et que j'ai découvert en vidant une maison, dans un vieux numéro de la revue OGAM (XXI, janvier-décembre 1969).

Qu' importe.

Ce qui compte, c'est la cuisson qu'il permet. La cuisson de Pistillus où les deux faces, moulées séparément, sont collées à la barbotine puis cuites, avant d'être parfois peintes

Un peu de barbotine, et le tour est joué. La vie reprend. Comme avant. Elle retrouve ses couleurs. Il restait, cela ne nous a pas échappé, des traces de pigments sur certaines figurines.

 

 

(Marion Verboom, Achronie 39, 2023, détail, photographie : Nicolas Brasseur © Marion Verboom / ADAGP)

(Marion Verboom, Achronie 39, 2023, détail, photographie : Nicolas Brasseur © Marion Verboom / ADAGP)

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23 juillet 2023 7 23 /07 /juillet /2023 06:43
Photo George Carger: Jackson Pollock and Peggy Guggenheim in front of Mural, c. 1944, in Guggenheim’s New York City townhouse.

Photo George Carger: Jackson Pollock and Peggy Guggenheim in front of Mural, c. 1944, in Guggenheim’s New York City townhouse.

C'est la question qu'on se pose, lâche-t-il, qu'on ne peut éviter de se poser quand on regarde cette photo de 1944. Où l'on voit Peggy Guggenheim au centre, presque raide, un petit chien dans chaque bras, et Jackson Pollock à sa gauche, dans un costume mal ajusté, on serait tenté de dire, ajoute notre vipère, qu'il a l'air ivre. Posant devant Mural, l'immense toile que lui a commandée en 1943 la marchande d'art et collectionneuse et qui orne l'entrée de son appartement new-yorkais.

La réponse à cette question, c'est le peintre qui la donne avec cette œuvre, la plus grande qu'il ait réalisée et cinglant dans toutes les directions.

On a trop vu, sans doute, Peggy Guggenheim et ses chiens. Des petits chiens qui ne sont pas des caniches mais des griffons belges. Ils sont de toutes les photos. Sur celle de David Seymour (Mrs. Peggy Guggenheim in her palace on the Grand Canal, Venice, 1950), ils sont trois.

Ce palais sur le Canal Grande, dans le quartier de Dorsoduro, c'est le Palazzo Venier dei Leoni où elle s'est installée. Et où elle repose. Avec sa collection, et avec ses petits chiens.

 

HERE RESTS

PEGGY GUGGENHEIM, peut-on lire sur la tombe. Située derrière la Fondation, dans le jardin ouvert aux visiteurs. Qui trouveront aussi la pierre tombale de tous ses chiens décédés :

 

HERE LIE MY BELOVED

BABIES

 

Avec leurs noms :

CAPPUCINO

PEGEEN

PEACOCK

TORO

FOGLIA

MADAM BUTTERFLY

BABY

EMILY

WHITE ANGEL

SIR HERBERT

SABLE

GYPSY

HONG KONG

CELLIDA

 

On notera au passage cette curiosité. Le Palazzo où repose l'ultima dogaressa (la dogaresse était l'épouse du doge, cela n'a rien à voir avec les chiens!) n'a jamais été terminé. C'est un palais non fini qu'elle occupe avec sa collection et avec ses griffons.

 

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11 juillet 2023 2 11 /07 /juillet /2023 06:49

Cette curiosité marine rappelle volontiers, à ceux qui la trouvent enconcombrante, voire dangereuse pour l'écosystème, qu'elle joue, dans la vraie vie, un rôle de nettoyeur. Elle se déplace lentement en mangeant le sable sur lequel elle vit. Elle se nourrit de toute la matière organique que contient ce sable : micro-organismes comme déchets. Le sable qui arrive vers l’anus est donc parfaitement propre, bien nettoyé.

Par son anus elle pompe l'eau de mer, et tout un tas de petits poissons, crevettes et crabes. Ils trouvent là un hôtel, et dans une partie du tube digestif. Ils y pondent, y installent leur famille. L'animal a le cloaque accueillant, mais la cohabitation est parfois difficile, il arrive même qu'elle lui soit fatale.

On a vu quel nettoyeur elle est, quel abri elle constitue. Notre curiosité marine pourrait aussi jouer un rôle écologique pour les espèces associées. Dans cette co-culture, chacune apporterait à l'autre. Et profiterait en retour de ses bienfaits.

C'est la leçon qu'on peut tirer d'une expérience menée sur l'île d'Oléron. Là où l'on affine les huîtres. Et où l'on élève également de la crevette impériale (Penaeus japonicus). Elle démontre que l'association fonctionne. Qu'elle peut fonctionner avec d'autres espèces. Notamment l'holothurie.

Un nom un peu trop savant à mon goût, où j'entends aussi les tueries -pêche intensive, braconnage- qui font de cette espèce à haute valeur commerciale une espèce en danger. Je lui préfère celui, plus vegan friendly, de concombre de mer. Même s'il est trompeur.

En effet, ce qui arrive dans notre assiette bouilli, séché, mariné, en potage ou en friture (trois espèces sont même consommées crues), ce n'est pas un cousin du cornichon, de la courgette, du melon et du potiron, il n'est pas de la famille des cucurbitacées, mais des échinodermes. Une famille très nombreuse, dont les membres les plus connus sont les étoiles de mer et les oursins.

Le concombre de mer est serpentiforme. Un cylindre ouvert aux deux extrémités. À l'avant, la bouche (entourée d'un bouquet de tentacules) qui absorbe. À l'arrière, l'anus qui rejette après nettoyage. Qui pompe aussi, et aspire.

Si l’association, en marais, de l’affinage des huîtres et de la culture des gambas donne de bons résultats (ces dernières, dans leurs déplacements nocturnes sur le fond des claires ostréicoles, remettent des nutriments, des bactéries et du phytoplancton en suspension), pourquoi ne pas étendre l'expérience au concombre de mer ? Qui aiderait lui aussi à oxygéner les sédiments et à faire circuler les nutriments.

C'est ce qu'on appelle l’aquaculture multi-trophique intégrée (AMTI), une approche des cultures marines qui s’apparente à la permaculture. L’idée est d’associer, dans un environnement, des espèces qui peuvent vivre des déchets des autres, et dont la croissance soit rapide. Des espèces qui aient une valeur économique sur plusieurs marchés à travers le monde.

Notre curiosité marine entre dans cette catégorie. Très populaire dans la cuisine chinoise (on le dit bon pour la santé, plein de vertus, aussi certains en mangent-ils tous les jours), le concombre de mer a été beaucoup pêché, et braconné. D'où un effondrement spectaculaire de la population d'holothuries, avec parfois des conséquences néfastes sur les écosystèmes.

C'est pour répondre à la demande (asiatique) qu'on lancerait cet élevage. D'holothuries dans des claires. Dans les claires de l'île d'Oléron.

Ce serait là, comme triomphe (un peu vite) un journal local, « une aubaine économique et écologique pour l'ostréiculture ».

La réalité est moins rose (moins verte). On connaît les menaces sur les concombres de mer. Mais que sait-on des menaces que représente leur élevage dans des claires ? Il est conseillé de choisir, pour cette symbiose d'un nouveau genre, des espèces natives de l'endroit où on les cultive. Pour ainsi diminuer les impacts sur la faune locale. Si ces créatures exotiques se sentaient un jour à l'étroit, si elles avaient la mauvaise idée d'aller voir ailleurs, c'est-à-dire ici.

L'holothurie porte différents noms, des noms populaires et pittoresques. Ce concombre est tantôt une saucisse, tantôt une limace, une chenille. Un pénis ou un étron (avec Holothuria scabra, on est très souvent dans le scabreux !).

Ce dinosaure de la gastronomie asiatique -on le trouve aussi chez nous, dans nos fossiles- doit devenir un authentique produit du merroir. C'est aussi l'objectif de ces aquacultures innovantes. Faire que le concombre de mer sublime la cuisine de nos restaurants. Et mette un peu de diversité dans nos assiettes. Faire que cette curiosité quitte les magasins ethniques pour gagner nos marchés. Et des parts de marché.

Pour cela, il faut réfléchir à une stratégie commerciale, utiliser des arguments et un packaging adaptés, mettre l'accent sur ses facultés de bioremédiation et son intérêt pour la consommation humaine, insister sur ses vertus anti-cancéreuses, anti-tumorales, anti-inflammatoires, mais aussi aphrodisiaques (proportionnelles à la taille de la bête!).

C'est LE nouveau superaliment à découvrir. Un nouveau nom serait donc nécessaire pour la commercialisation.

Moi je propose (ou mon mauvais esprit) serpent de mer !

© Crédit photo : Stéphanie Gollard

© Crédit photo : Stéphanie Gollard

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9 juillet 2023 7 09 /07 /juillet /2023 08:25

« Autant qu'un évêque en bénirait ».

Cette expression me revient ce matin, et je me demande si elle parle encore à quelqu'un. Et de quelle énorme consommation. D'huîtres ou d'escargots. De quel temps (heureusement) révolu.

Car la population est en baisse constante. Celle des fidèles, bien sûr, qui font aujourd'hui un maigre troupeau, mais aussi et surtout celle des « tridacnes écailleux » dont le nom et l'image sur lesquels je m'étais endormi m'attendaient au réveil. M'ont même tiré du lit.

Je m'étais endormi dans les naturalia et les curiosa trouvés en contexte votif, dans le « bel amas » que révèlent les sanctuaires grecs, où il y a souvent des coquilles, travaillées ou non, de Tridacna squamosa, de « tridacne écailleux », un mollusque vivant principalement dans le centre de l'Océan Indien et en Mer Rouge. C'est un hôte classique des récifs coralliens, mais sa récolte a fait baisser sa population dans de nombreux endroits. Sa croissance extrêmement lente et sa faible fertilité ne l'aident pas à enrayer cette chute. C'est sur ce constat inquiétant que j'ai ouvert les yeux.

Comme tous les bénitiers, ce gros bivalve est récolté pour sa chair et surtout pour sa coquille qui plaît aux touristes quand elle est énorme. Ce monstre trônera dans leur salon. Les cabinets de curiosités se sont démocratisés, et tout le monde désormais peut s'en bricoler un. Avec ses souvenirs de voyages.

Ces bricolages ne sont pas des bricolages (au sens où les avait définis Claude Lévi-Strauss dans  La pensée sauvage) comme ceux qui apparaissent dans les sanctuaires grecs. Où ces naturalia (stalactites, fossiles, pierres brutes, cristal de roche, corail et coquilles), ces offrandes dérobées à la nature, improvisées, « sont polysémiques et leur sens s’adapte à la divinité à laquelle elles sont offertes. » (Isabelle Tassignon, Naturalia et curiosa dans les sanctuaires grecs, Presses universitaires de Liège.)

On peut toutefois noter « l’offrande du corail et des coquillages à des divinités en rapport avec la mer ou le rivage (Poséidon et Héra) ou avec des divinités protectrices des femmes (Héra, Athéna, Déméter). » (ibid.)

On n'est plus, avec le tourisme de masse, dans un contexte votif : la dimension religieuse a disparu.

Alors qu'elle s'est maintenue, et de quelle façon, jusqu'à une époque récente, puisque ces bénitiers géants ont été utilisés comme bénitiers dans nos églises. L'église Saint-Sulpice à Paris nous en fournit un superbe exemple avec le Bénitier de Jean-Baptiste Pigalle.

 

 

Il y a là une permanence étonnante, des sanctuaires grecs jusqu'aux églises catholiques, en passant par les cabinets de curiosités.

Ce qui perdure aussi, c'est le contexte féminin.

Dans les sanctuaires grecs, on retrouve ces coquilles, travaillées ou pas, offertes à certaines divinités féminines, et protectrices des femmes.

Gravées, les coquilles de Tridacna squamosa constituent de magnifiques objets.

Les valves font naturellement des plis : dans les ateliers, on incisera, on précisera le mystère. Ce sera une apocalypse minuscule où elle apparaîtra drapée, celle dont on ne verra que la tête, les yeux. Elle aura, cette apparition, la taille d'une chauve-souris, les ailes, avec, sculptée sur l'apex, une petite tête humaine, de femme presque toujours. Voilà un monstre. Qui séduit. Méduse. On craint de rencontrer son regard, et cependant on le cherche. Voilà un sphinx. La Sphinge. L'énigme. Voilà des sirènes : des oiseaux avec un visage de femme.

Ouverte, la coquille vous ouvre les yeux, et peut-être les guérit.

Gravée, était-elle utilisée comme protection contre le mauvais œil ?

Ou faisait-elle partie de la panoplie de la femme fatale ?

Demandons à cette coquille gravée qui vient d'Assur. Et qui est maintenant au Pergamonmuseum de Berlin. D'inspiration et de fabrication phéniciennes -des VIIIe/ VIIe siècle avJ.-C.-, c'est une oeuvre d'art. Un cadeau luxueux. Offert peut-être à une riche dame étrangère qui résidait là ou offert par elle. À la divinité qu'elle venait remercier ou prier dans son sanctuaire.

 

 

La puissance narrative et la beauté de la représentation sont impressionnantes, dit le musée qui la décrit ainsi :

« à la charnière de la coquille, une tête féminine a été sculptée en trois dimensions, ses cheveux flottants se fondent avec l'image bidimensionnelle d'un génie à quatre ailes vu de dos. »

Interrogeons cette autre coquille gravée. D'inspiration phénicienne elle aussi, et produite dans un atelier du Proche-Orient entre 630 et 580 avant J.C. Visible au British Museum. Une tête humaine est sculptée sur l'apex. On aperçoit encore des sphinx ailés et des fleurs de lotus incisés. Cette coquille servait de boîte à fard. Elle contenait des produits cosmétiques pour les yeux.

 

 

Le récipient contenait-il également du corail ? Du corail rouge (Corallium Rubrum), présenté dans le Lapidaire orphique comme du sang de Gorgone.

Quand j'approche cette coquille de mon oreille, quand je l'écoute, je n'entends pas la mer, mais une voix, celle de la Publicité, notre divinité à nous, à qui j'aimerais tant fermer la bouche, et définitivement. Elle nous présente ça comme « le bijou empouvoirant par excellence » ! « Le must-have pour l'année ».

 

Tridacnes
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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 06:42

 

On dit de La Coquille de Rembrandt qu'elle est l'unique coquillage qui apparaisse dans son œuvre, et son unique nature morte. Elle est aussi seule en scène, dans une absence de décor qui accentue sa présence, augmente son aura.

Rembrandt collectionnait les coquillages, cConus Marmoreus (cône marbré) se trouvait dans sa collection « d'histoire naturelle », mais nous ne sommes qu'en 1650, dans cet âge que l'on dit aujourd'hui baroque, où l'on rappelle sans cesse à l'homme, avec les coquilles justement, les fossiles et les pierres, qu'il est mortel. Que ses créations sont périssables. Que l'art ne fera jamais aussi bien que la nature.

Cette Coquille est encore une merveille. Une merveille qu'il sort pour nous de son cabinet de curiosités.

Ce n'est pas une simple illustration. En 1650, la conchyliologie n'est pas inventée, ni le coquillier. La coquille est seule, vers quoi l'amateur dirige rêveusement son regard. Et nous le nôtre, suivant la perspective. Jusqu'aux lointains où il se perd. Jusqu'à ces profondeurs dont cette coquille remonte à peine. Jusqu'à la nuit où elle replongera.

Cette gravure se présente comme une œuvre d'art. L'oeuvre de la nature. Ici c'est elle qui imite. « Le Damier » (comme on dit traditionnellement La Coquille de Rembrandt), mais elle imite aussi bien un pavement de mosaïque, un décor géométrique traité en noir et blanc, une composition d'écailles.

Ce que nous admirons, ce n'est pas tant le talent du graveur, si remarquable soit-il, que le caractère unique de l'oeuvre qu'il permet de réaliser, et le génie d'un artiste qui semble travailler à vif. Et à rendre vivant ce qui est, faut-il le rappeler, le squelette externe d'un mollusque. Son exosquelette.

Ses techniques ( pointe sèche – eau forte), il les met au service de la nature. C'est elle qui lui tient la main quand il faut reproduire la forme et les motifs sur la plaque de cuivre, en sens inverse du résultat final évidemment.

Rembrandt a fait attention, il a gravé sa signature à l'envers, donc on la lit à l'endroit.

Mais il a dessiné le cône tel qu'il le regardait. L'image qui en résulte est inversée. Le cône devient une coquille senestre, une exception zoologique, car les gastéropodes marins s'enroulent presque tous sur la droite.

Le cône marbré dont l'Épreuve du 1er état est au Louvre, visible sur rendez-vous en salle de consultation des Arts graphiques, est donc bien à l'envers.

Est-ce une coquille, un lapsus ? L'erreur est-elle volontaire ? Peu importe. Ce qui compte, c'est ce que Rembrandt nous dit. Que l'auteur de La Coquille, c'est lui. Et lui seul. Nous pouvons remballer notre mélancolie.

 

La Coquille (traditionnellement dit 'Le Damier'), 1650. Gravé par Rembrandt.                                                                                                                                        RMN-Grand Palais - Photo G. Blot.

La Coquille (traditionnellement dit 'Le Damier'), 1650. Gravé par Rembrandt. RMN-Grand Palais - Photo G. Blot.

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3 juillet 2023 1 03 /07 /juillet /2023 06:10

Né d'un œuf de dinde géant, il a de cette poule d'Inde la démarche, et les cris qu'on dit d'oiseau, cris d'alarme ou plaintes, caquetages, sifflements, glapissements de contact, glougloutements. Ces glougloutements ne sont pas des appels de reproduction, il se reproduit sans cela, sans l'aide de personne, regardez son gros ventre, c'est celui d'une femme enceinte ou d'un homme, enceint de lui-même et portant son ventre comme il roule sa bosse, croissant aussi par là, par la bosse et se multipliant. Par le haut et par le bas. C'est par là qu'il s'échappe.

On ne compte pas les polichinelles qu'il a dans le tiroir, et dans sa bosse. Combien sont-ils à le regarder partir ? Il part sous les lazzis, sous les regards moqueurs de ceux qui restent assis quand ils ne sont pas couchés. Occupés à dormir. Sous leur chapeau conique tronqué et sous leur masque. Ceux-là, c'est à peine s'ils lèvent le nez. Leur long nez crochu. Qui fera non sans mal un index. Mais c'est assez pour le montrer du doigt.

On pourrait penser qu'ils le chassent, mais c'est sa décision. Ils nous tourne le dos. Il prend congé. Il part. Un chien à ses côtés.

Un lévrier on dirait, mais ce n'est pas pour la chasse, sûrement pas, l'animal il l'emmène avec lui, il le porte en lui, dans ce gros ventre qu'il trimballe et dans sa bosse qu'il roule, et jusque dans son nom où il y a du « poussin ».

Aujourd'hui il ne joue plus. Il quitte la scène. Il sort du tableau. Polichinelle emporte son secret.

Le petit cirque est démonté. Il remballe. C'est ce qu'il nous dit dans cette langue inconnue qu'il parle comme personne. La langue de la pivetta ou pratique, le petit mirliton qui reproduit le pépiement malicieux d'un oiseau.

D'autres chiens là-bas l'attendent. Qui dansent déjà. Sur deux pattes. Ce soir, tous ensemble, ils feront les beaux.

 

Je vous invite à lire Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens en quatre scènes, de Giorgio Agamben (Macula, 2017).

Et à suivre, ici, la conférence de Catherine Coquio: « Trouver une sortie » : la voix de Polichinelle ou « l'art d'être un buffle » (G. Agamben, P. Marcello). Où elle met en relation, magnifiquement, le livre de Giorgio Agamben et le film de Pietro Marcello, Bella e perduta (2015)

 

 

Le départ de Pulcinella, 1797, par Giovanni Domenico Tiepolo (1727–1804).

Le départ de Pulcinella, 1797, par Giovanni Domenico Tiepolo (1727–1804).

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25 juin 2023 7 25 /06 /juin /2023 10:05

 

Un peintre de mes amis (Philippe Untersteller, pour ne pas le nommer) m'apprend que Sartre disait « Le Titien à sa mémère » car Simone de Beauvoir l'adorait. Elle adorait Le Titien, mais elle n'avait pas de chien. Pas même un petit. Elle n'aimait pas les animaux (ni les enfants d'ailleurs). En revanche, elle admirait Le Titien. Elle se disait éblouie par les couleurs et la technique de ce dernier, tandis que Sartre lui vouait une haine infinie. Dans La Force de l’âge (Éditions Folio Essais, p. 102), elle écrit :

« Je restais volontiers plantée devant les toiles du Titien.  Sur ce point Sartre fut tout de suite radical : il s’en détournait avec dégoût. Je lui dis qu’il exagérait, que c’était quand même fameusement bien peint. "Et après ?" me répondit-il ; et il ajoutait "Titien c’est de l’opéra".»

Titien, que Simone de Beauvoir admire tant, et que Sartre critique violemment et oppose au Tintoret, est un des rares sujets de discorde entre eux.

Pour Sartre, les couleurs, dans les toiles de Titien, ont un pouvoir antalgique et donnent l’illusion de vivre dans le meilleur des mondes possibles : 

« La discorde n’est qu’une apparence, les pires ennemis sont secrètement réconciliés par les couleurs de leurs manteaux. »

Titien n'est à ses yeux qu'un flagorneur. Qui cache la violence. Qui change la guerre en un « ballet dansé sans trop de conviction par de faux durs aux tendres barbes de laine : voilà les guerres justifiées. L’art du peintre touche à l’apologétique, devient théodicée : la souffrance, l’injustice, le mal n’existent pas ; le péché mortel non plus.» (Jean-Paul Sartre, « Le Séquestré de Venise »Situations IV, Éditions Gallimard, p. 340)

Titien (c'est ce qu'il lui reproche surtout) respecte religieusement l’ordre théocratique et politique, tandis que le subversif Tintoret ne cesse de saper ces mêmes valeurs religieuses.

Aux corps qui volent ou flottent de Titien, Sartre préférera toujours ceux qui tombent et souffrent du Tintoret.

Avec ses anges tombant du ciel, lourdement, entraînant le monde dans leur chute, avec ses matrones qui se dressent comme des colonnes, Tintoret est le premier des artistes maudits. Il s'affranchit des lois de la gravité, bouleverse la hiérarchie. Le peintre de Venise représente, et c'est son principal mérite, un monde sans Dieu.

Le Titien, Portrait de Clarissa Strozzi, 1542. Gemäldegalerie de Berlin.

Le Titien, Portrait de Clarissa Strozzi, 1542. Gemäldegalerie de Berlin.

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28 mai 2023 7 28 /05 /mai /2023 08:51

C'est sur ce titre que je me suis réveillé. Cette nouvelle qui m'a tiré du lit. D'un retour du lexique.

Après une journée passée à travailler au jardin. À prélever (comme disent les chasseurs) les doryphores (les salauds ont pondu!), les larves qui attaquent mes patates. À arracher et à cueillir les derniers rangs de fèves, à arroser les artichauts, les haricots, tout ce qui souffre en ce moment. Et à amorcer la pompe, à remplir les cuves, bidons, et le récupérateur d'eau que ce printemps particulièrement sec a vidés.

Retour du lexique, donc. Avec, si je ne rêvais pas encore, le petitrobert. Pas moins. Il fallait bien ça pour me réveiller. Un gros titre annonçant le retour du lapin (c'est ainsi que je le recevais, que je l'interprétais). Cela, à un moment et dans un lieu, les jardins ouvriers, désormais familiaux, où les lapins ne sont pas les bienvenus. Pas plus que les chiens ou les poules d'eau.

Je ne vois pas en quoi on pourrait se réjouir du retour du lexique, ni comment on le fêterait. Ce petitrobert qui est du lapin. Tel qu'on le parle. Qu'il faudrait le parler.

La langue que l'on parle dans ces jardins n'a rien de particulier. En dehors de quelques mots techniques qui sont souvent du patois. Et des accents divers presque autant que ce qu'on y cultive.

Mais dans les langues vernaculaires ou importées dont on relève de temps en temps la trace, il n'y a pas à ma connaissance le lapin.

Si certaines langues sont encore bien vivantes, ce que j'ai pu constater en semant mes fèves à la Sainte Catherine, en suivant les raises que d'autres ont tracées avant moi, ou en repiquant des tomates venues du Portugal, et par conséquent excellentes, je crois pouvoir dire, sans le moindre regret, que le lapin, du moins dans nos jardins, est une langue morte.

 

Retour du lexique
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