La banche est ce banc d'argile ou de marne qui affleure. Qui émerge du brouillard. Qui disparaîtra bientôt pour un autre spectacle : les bernaches cravants. Des oies qui se regroupent en reposoir de haute mer sur l'eau.
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La banche, nous la découvrons aujourd'hui avec la falaise, toujours à Sainte-Marie-de-Ré mais sous le soleil, en marchant sur la plage depuis la thalasso.
Elle apparaît comme une pâtisserie du dimanche, une succession de couches qui ont, quand on coupe le millefeuille, la couleur de la pâte feuilletée, de la crème pâtissière mais en plus prononcé.
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C'est une image du temps, des strates à réveiller l'archéologue qui sommeille en vous, et qui feraient le bonheur du chasseur de fossiles s'il se promenait par là.
Mais la banche, je la rencontre aussi quand je fais mon jardin et que j'enfonce ma fourche, maintenant ma grelinette. Ici, dès qu'on creuse, on est dans la banche. Ce qui ne décourage pas le jardinier. Ce qui ne réjouit pas non plus le chasseur-collecteur: à mesure qu'il avance en âge, il renonce à l'accumulation capitaliste et se débarrasse méthodiquement de sa collection.
La banche que rencontre la grelinette correspond parfaitement à la définition du mot. À la signification qu'il a dans cette région. De « couche calcaire ou argilo-calcaire disposée par bancs, qui se trouve sous la terre arable ». D'un lit de pierres horizontal. De pierres à bâtir. D'un étal où il n'y aurait qu'à se servir. Comme si l'on ne payait pas sa viande chez le boucher. Comme s'il n'y avait pas de carrière à creuser. De pierre à tailler.
C'est toujours l'idée. Qu'il suffit de se baisser. Qu'on peut ramasser les légumes comme on cueillait les fossiles. Sans travailler. On touche les dividendes. On ne les touche pas en euros, ni en actions nouvelles, mais en nature. En légumes ou en pierres.
Il faut creuser plus longtemps, plus profond pour atteindre la roche-mère. L'étymon germanique. Bank, un mot qui désigne d'abord un récif, une arête. Puis, dans les langues romanes qui l'empruntent, dont la nôtre, un siège long et étroit où pouvaient se tenir plusieurs personnes ; où l'on peut toujours s'asseoir, tous les deux ou avec les copains ; causer, manger, boire ; dormir, si on est seul et sans domicile ; si le banc n'a pas été transformé en siège une place, grillagé ou incliné, garni de plots voire de pics.
Le banc était un siège réservé à une certaine catégorie de personnes ; des marchands de légumes ou de volailles comme on en voit encore dans certains marchés, celui de Lezay où nous allions souvent, dans les Deux-Sèvres. Où sur le même banc on vendait les légumes de son jardin, des fruits et des fleurs de saison; sur un autre des lapins vivants, des poules : on ne connaissait pas l'influenza aviaire.
Le banc était l'étal du marchand. Du boucher ou du poissonnier. Il y a toujours, dans les halles, des bancs de boucherie ou de poissonnerie à reprendre.
Le banc était enfin un comptoir où se faisait en public le commerce d'argent. D'où l'italien banca qui nous donna notre banque. Banque est donc un doublet de banche.
Combien de temps cette situation va-t-elle durer ? C'est ce que nous nous demanderons, la prochaine fois. En attendant les bernaches cravants. En regardant la mer monter. Nous nous poserons, pour trouver le temps moins long, la question des taux bas. Une question essentielle, bien que nous n'ayons pas de projet immobilier. Que nous n'ayons aucune raison de nous inquiéter. Il n'empêche. Il faut être de son temps et de son pays. Écouter le Gouverneur de la Banque de France quand il parle des taux bas. « Bas pour longtemps ». Quand il dit ça en anglais. Low for longer. Pour intriguer. Nous écouterons François Villeroy de Galhau s'interroger. Dans son discours à l'Université Paris-Dauphine. Combien de temps cette situation va-t-elle durer ? C'est ce que nous nous demanderons aussi. En voyant la banche disparaître progressivement. Dans les vagues.
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