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12 janvier 2023 4 12 /01 /janvier /2023 09:39

Ceci n'est pas une pipe, écrivait Magritte, sous la pipe.

La Trahison des images, tu connais ?, je demande à Chat Botté. Chat Botté, c'est le chatbot (prononcer tchate-botte), un « robot bavardeur » selon la traduction automatique, l'agent conversationnel si vous préférez, il a réponse à tout.

Il me répond oui, je connais, et La Clé des songes, un tableau rébus où l'Acacia est un œuf, la Lune une chaussure de femme, la Neige un chapeau, le Plafond une bougie, l'Orage un verre, le Désert un marteau.

-On pourrait s'amuser nous aussi, histoire d'affoler les algorithmes de reconnaissance d'images, à coller sous la casquette du Capitaine un post-it où est écrit « Perroquet ». Qu'est-ce que tu en penses ?

-I’m there with you bro, il me répond. Dans l'original. En français : J'imagine le bug que cela provoquerait.

-Tu veux dire le lapsus ?

-Oui, je vois déjà les pensées secrètes que cela révélerait, les désirs.

-Tu te souviens de Coco, le cadeau que Blanche, la Chastefleur, apporte à son hôte et qui lui pince le doigt. Tu te rappelles le cauchemar du Capitaine Haddock. Où un perroquet, dans la robe violette de la cantatrice, chante sur une scène. Dans la salle, le capitaine se retrouve nu au milieu de perroquets en smoking. Il rougit.

-On est loin des Bijoux de la Castafiore où cette « bête qui parle » et que ne supporte pas Milou (il n'a pas oublié qu'elle lui mordait la queue dans Tintin au Congo) représente la féminité castratrice. Rien de tel ici, même si la conversation où l'on se retrouve entraîné est empêchée, pour ne pas dire impossible. Même si c'est un dialogue de sourds.

-Devenue ce qu'elle n'a jamais cessé d'être, une conversation simulée par un programme informatique, l'autre avec qui je dialoguais montre son vrai visage, celui de l'assistant virtuel, du chatbot (prononcer tchate-botte) . 

-Nous ne serons jamais, inutile de rêver, que des perroquets stochastiques.

-Ils suscitent déjà beaucoup d'inquiétude.

-Leur apprentissage intuitif du langage repose sur la répétition et l’imitation de nos tournures de phrases, collectées sur les réseaux. Je ne vois pas où est le danger.

-Ces stochastic parrots sont « de vieilles perruches bavardes », me dit mon truchement.

-Il a raison. Oublions les risques des grands modèles linguistiques et regardons ce qu'il propose. Cette traduction, non sollicitée et que je ne saurais noter. Tant il y a, comme dans le tableau rébus de Magritte, écart entre l'image apparue sur mon mur et la légende qui l'accompagne.

-C'est peut-être là que réside la poésie, dans cet écart.

-Ou dans ce dick pic arrivé tout droit du Néolithique !

-Celui-là, c'est pas un poète !

-Je vois que tu connais la chanson.

-De Thierry Roland ? Oui, je la connais. Mais là il se trompe. Il y a des poètes dont c'est aussi la spécialité, certains très éloignés de l'adolescence. Tu veux des noms ?

-Tu mélanges tout. Celui-là n'agresse pas, il se défend. Regarde bien. Il est cerné. Peut-être croit-il éloigner le danger en empoignant son pénis. Peut-être se donne-t-il du courage. Peut-être lance-t-il un défi. Mais à qui ? Aux léopards qui l'entourent ?

-C'est l'hypothèse que formule Stile Arte, la revue italienne qui publie la photo de cette frise, vieille de 11000 ans et découverte en Turquie en 2021, lors de fouilles archéologiques.

-Encore un écart ! Cette fois entre l'original, en italien, et la traduction qui s'affiche, sans que je l'ai demandée. Où celui qui brandissait la propria virilità, autrement dit sa verge, entre les bêtes sauvages, est devenu « l'homme qui conteste le penalty chez les bêtes vicieuses ».

-Je l'ai vu sur mon mur, je m'en souviens parfaitement, et de ce que tu as écrit quand tu l'as partagé. Tu te demandais si le traducteur s'était endormi devant un match. Puis, réalisant que la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022, était à peine commencée (Emiliano Martinez, le gardien de but de l'équipe argentine, n'avait évidemment pas encore brandi la sienne, je veux dire le trophée du Golden Glove Award), tu as conclu, ou c'est moi, que l'erreur était imputable aux technologies d'ingénierie linguistique et de traduction automatique, qu'il ne fallait accuser personne. En dehors d'une Intelligence Artificielle dont nous savons bien, vu le temps que nous passons sur les réseaux, qu'elle n'est ni intelligente ni artificielle.

-Qu'est-ce qu'elle est, alors ?

-Demande à Jacko.

-Il refuse de répondre aux questions que je lui pose.

-C'est normal. Et dans sa nature. Il dispose d'un organe, le syrinx. Ce muscle qui ressemble à une membrane lui permet d'imiter des sons, jusqu'à 800 pour certaines espèces.

-Jaco jacasse. Mais parle-t-il vraiment ?

-Non. Même le Gris du Gabon, le plus loquace. Il a ta voix, tes mots, mais c'est un bruit qu'il imite. Un bruit comme un autre. Comme la sonnerie du téléphone ou la circulation sur le boulevard.

-Un Gris du Gabon, c'est bien dans un album en noir et blanc. Mais quand on passe à la couleur, on le repeint en ara bigarré.

-Automatiquement.

Des perroquets stochastiques
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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 08:44

Entre La Rochelle et Poitiers, il y a un TGV direct, il y en a 12 par jour.

Il y a encore, si vous avez le temps, ou l'envie de découvrir la Nouvelle-Aquitaine à prix mini ce qu'on appelait autrefois, quand c'était la micheline, l'omnibus.

Où égrener, comme Proust, les noms de pays. Des noms guère plus vastes que ceux de Venise, de Florence et de Parme, où vous ne pouvez pas faire entrer beaucoup plus de « curiosités », malgré les pépites que nous vous proposons, les trésors à deux pas des gares de votre ligne TER.

Ou, si les secrets de votre ligne ne vous intéressent pas, si vous ne voulez pas de nos idées de sorties à proximité des gares, de nos promenades & jardins, sites & monuments, artisans & producteurs, vous pouvez compter les annonces:

« Pour votre sécurité lors de votre descente, prenez garde à l'intervalle entre le marchepied et le quai. »

Cela, pour vous endormir. Ou, si vous préférez, comme une invitation à la transgression. Comme une incitation à sauter. Vous n'y songeriez pas, cette annonce bruyante vous en donnerait l'idée. L'envie. De sauter du train. Sans attendre le prochain arrêt. Ni qu'elle vous obsède. La voix de Simone Hérault. C'est elle qui accompagne vos trajets ferroviaires, qui les ponctue avec ses mises en garde.

S'ils étaient plus longs, les levers de soleil seraient un accompagnement, « comme les oeufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s'évertuent sans avancer. » Vous pourriez voir, quand le train s'arrête à la petite gare, la maison de garde enfoncée dans l'eau qui coule au ras des fenêtres. La grande fille sortir de cette maison et, sur le sentier qu'illumine obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait.

« Dans la vallée à qui ces hauteurs cachaient le reste du monde, écririez-vous une fois revenu dans votre chambre tapissée de panneaux de liège, elle ne devait jamais voir personne que dans ces trains qui ne s'arrêtaient qu'un instant. Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. »

Mais vous n'êtes plus dans le train pour Balbec. Votre TER n'a rien à vous offrir, ni café au lait, ni quarantaines de Prin où il ne s'arrête pas. Pour les fraises avec du champagne, vous repasserez. Pour Mélusine aussi. Elle est bien montée à Lusignan, comme il fallait s'y attendre, mais elle n'a pas pris garde, elle a disparu dans l'intervalle.

Entre l'année passée et celle qui commence.

 

 

L'intervalle
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31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 09:55

Il ne s'agit pas d'une scène de comédie latine comme le croyait l'inventeur de la mosaïque. En rapport avec le culte d'Apollon Grannos.

Ces quatre animaux racontent, comme les personnages de l'emblema avec leurs masques comiques, les loisirs d'un Romain. Les plaisirs qu'il allait chercher à l'amphithéâtre.

Cette panthère, ce tigre, ce sanglier, et cette bête robuste, au pelage hirsute, illustrent les spectacles mettant en scène des animaux. Ils occupaient les deux premiers tiers de la journée. Et constituaient une mise en bouche. Avant l'arrivée tant attendue des gladiateurs. Cela commençait le matin, les venationes, les « chasses » ouvraient la journée. Et l'appétit. Puis, pour l'aiguiser, ou permettre au public de se restaurer, car ils ne passionnaient pas vraiment, les ludi meridiani, les « jeux de midi » : avec des gladiateurs de parade et des numéros de dressage.

Ce n'est pas non plus un épisode mythologique, Orphée charmant les animaux avec sa harpe.

Ni un calendrier des Saisons.

C'est bien une scène de venatio. Opposant des animaux exotiques et des bêtes de nos contrées.

La mosaïque de Grand exhibe quatre animaux tels qu'on peut les voir au début du spectacle, quand ils sont lâchés dans l'arène. Bondissant vers leur proie, comme la panthère tournée vers la gauche, le tigre vers la droite, ou fuyant devant l'ennemi comme le petit sanglier jaillissant vers la gauche.

De l'identité du quatrième animal on dispute encore. Si l'ours désormais l'emporte, les tenants du chien n'ont pas abdiqué. Forcés de reconnaître l'absence du maître -de son humain comme on dit aujourd'hui-, ils continuent à voir dans la ligne de tesselles noires un collier, et dans cet ours un canis venaticus, un chien de chasse, un de ces canes pugnaces, de ces chiens d'attaque qui doivent affronter des bêtes imposantes comme le sanglier, la panthère, le lion, le taureau, etc. Pour eux -ils n'en démordent pas-, cet ours est un Seres, un Seres du Tibet, une race qui présente de fortes analogies avec la bête de Grand : une tête très proche, avec des petites oreilles, un cou puissant, une queue enroulée sur elle-même, des pattes avant musclées et munies de griffes.

La Bête des Vosges
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21 décembre 2022 3 21 /12 /décembre /2022 09:31

Ce n'est pas un chabot commun. Dans la catégorie des grosses têtes, il serait même une sorte de champion, tant la sienne paraît énorme comparée à ce petit corps tout mou, tout nu, qu'elle vient coiffer.

Une queue de lotte on dirait, telle qu'on la présente dans les poissonneries c'est-à-dire sans la tête : elle ferait fuir le client s'il la voyait.

Lui, il n'a pas plus d'écailles, mais il a gardé sa tête. Sa tête de boxeur. D'un boxeur qui se réveillerait d'un long KO, le visage tuméfié et le nez en selle ou pied de marmite. Ou, pire, qui aurait raccroché les gants après plusieurs fractures du nez mal soignées. Il aurait perdu son titre, mais il serait devenu, grâce à ça, ce poisson très laid. Il aurait même été élu, lors d'un concours organisé par la Ugly Animal Preservation Society, animal le plus moche du monde.

C'est aussi, qu'il nous donne à voir, son nez de meuil, comme on dit par ici. De muge ou mulet. De mulet à grosse tête ou mulet cabot. La tête de quelqu'un qu'on aurait tiré de sa sieste, et qu'on empêcherait de bâiller. Par jeu. Quelqu'un que ça ne ferait pas rire. D'autant moins que dans son rêve il se voyait flotter juste au-dessus du fond de la mer, et, comme il n'avait pas de moyens de se propulser pour se déplacer, attendre que la nourriture dérive et finisse dans sa bouche. Aujourd'hui, c'était un repas de fête. Des crustacés, notamment des crabes et des homards, mais aussi des oursins et des mollusques. Un réveillon dont il se réveille de mauvaise grâce. Et de méchante humeur.

D'où sa tête. D'effaré. D'égaré. Visiblement, il n'est pas né dans le bon corps. Ou il est né trop tard. Trop vieux. Et c'est ainsi qu'il paraît. Au bout de quelques heures. Échoué dans la vie comme il le serait sur la grève. Projeté sur la scène, en pleine lumière, quand il aurait tant voulu rester dans l'ombre. Dans les abysses.

Où il n'a pas cette apparence triste, flasque, on s'en doute. Où il ressemble à un poisson, et non à cet organisme vivant d’aspect gélatineux, à ce cousin des amibes dont il porte bien malgré lui le nom.

Contrairement au blob qui n'est pas un animal, ni un végétal, ni un champignon, le poisson blob ou blobfish est bien un poisson. Vivant au large de la côte sud-est de l’Australie et de la Tasmanie, à des profondeurs de 600 à 1 200 mètres. À des profondeurs où nous ne descendons pas. Où, si nous y descendions, la pression de l'eau aurait vite fait de nous écraser.

C'est son habitat qui l'a façonné. Son absence de muscles qui lui permet de survivre. Son corps étant moins dense que l'eau, il flotte. Il flotte confortablement. Juste au-dessus du plancher océanique. Il n'a pas les moyens de chasser, mais il n'en a pas non plus l'envie. À quoi bon se donner du mal pour une maigre pitance. Lui, c'est un festin qui arrive dans sa bouche. Qu'il avale sans effort. Et c'est ce qu'on ne lui pardonne pas. Ce qu'on stigmatise, avec ce blob qui a la taille d'une main, qui peut devenir gigantesque, mais qui n'en reste pas moins un organisme primitif, doté d'une seule cellule, comme un virus ou une bactérie. Voilà en quoi notre paresseux est rhabillé. Lui qui paraît si nu.

Ce petit corps affaissé qu'il traîne avait donc une âme. Une âme qui adore nager. Au fond, c'est un sportif, « le sportif au lit », comme dit Henri Michaux. Comme il le montre. Nageant et plongeant sans avoir jamais appris. Glissant admirablement. Hésitant à remonter.

Et on a bien raison. De craindre les chalutiers géants. Qui pêchent au chalut de fond, à la drague, ravagent les fonds marins. S'ils vous prenaient dans leurs filets, ils ne voudraient pas de vous, même dans leurs prises accessoires, ils vous rejetteraient à la mer. Il faut espérer. Qu'il se trouvera quelqu'un, fatigué de travailler sur son bateau usine, pour comprendre comme on est bien dans ce poème, à quel point on peut y circuler comme chez soi.


 

Blobfish
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14 décembre 2022 3 14 /12 /décembre /2022 08:07

Ce titre trouvé dans la presse locale n'a rien à voir avec Le Lutrin, le poème de Nicolas Boileau, l'exemple qui revient quand on aborde la parodie, et qu'on tente de définir, en l'opposant au burlesque, le registre héroï-comique.

Pourtant, les combats qu'on découvre sous ce titre ne sont pas moins épiques que ceux que chantait, en alexandrins, Boileau-Despréaux. C'est une dispute, non plus entre le trésorier et le chantre, mais entre un professeur d'histoire ancienne à l'université de Poitiers et la Ville. Autour des lutrins : des panneaux indiquant les deux uniques vestiges visibles dans la ville, l'hypogée des Dunes (ou de Mellebaude), et, rue Bourcani, l'amphithéâtre romain. Et de cette dispute notre journaliste fait, comme un Boileau qui imiterait Virgile mais sans le savoir, sans la moindre intention satirique, une nouvelle Guerre de Troie.

Selon le professeur d'histoire ancienne à l'université de Poitiers et ancien président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, les lutrins permettent de prendre conscience de ce passé englouti. Malheureusement, quand ils n'ont pas disparu, les panneaux ont vieilli. Les textes doivent être revus. En attendant, les vestiges qu'ils signalaient sont dans un état de conservation lamentable.

« J’avais, il y a quelques années, suggéré aux élus de marquer au sol le plan connu de l’amphithéâtre romain. Un local exigu a été acquis par la Ville, rue Bourcani, et des fouilles y ont été effectuées, accompagnées d’une étude d’ensemble du monument, demeurée inédite. Depuis, où en est-on ? Le lutrin qui le signalait a disparu depuis plusieurs années et les restes architecturaux continuent de s’effriter. On m’a fait savoir en 2014 qu’une étude de mise en valeur était en cours. »

La Ville se défend : elle a lancé un appel d'offres « pour renouveler la signalétique de notre patrimoine. Cela ne concerne pas seulement les vestiges de l'amphithéâtre romain. [...] Au total, il est prévu d'installer 28 panneaux devant les sites les plus emblématiques. Pour dix d'entre eux, il s'agira de nouveaux sites. »

Je n'ai pas vu le lutrin disparu puis réinstallé de l'hypogée des Dunes.

En revanche, j'ai vu Le lutrin malicieux des arènes gallo-romaines. J'ai vu le titre, et j'ai lu l'article. J'ai vu aussi les deux pauvres vestiges de l'amphithéâtre romain, je dormais tout près.

Mais je n'ajouterai pas un panneau signalant que j'ai dormi ici, dans une tombe installée dans la mosaïque. Une mosaïque figurant un ibis. On ne me croirait pas.

On ne me croirait pas non plus si j'indiquais, sur mon lutrin, que j'ai passé la nuit dans l'amphithéâtre romain, que je me suis endormi en pleine venatio, bercé par cette chasse sanglante, et réveillé à l'arrivée des gladiateurs, quand la foule se met à scander le nom de son champion.

On penserait que je me prends pour Scarron, que je donne dans le burlesque, que non content de travestir Virgile en boomer, en écrivain sur le retour, je le fais dormir à l'hôtel, 15, rue du Petit Bonneveau.

Que je suis tombé dans le panneau, ou carrément sur la tête.

Ou, pire encore, que je cherche à relancer les hostilités, avec mon lutrin, à rallumer une guerre qui a fait suffisamment couler d'encre, et couper d'arbres.

 

 

Les lutrins reviendront sous une autre forme
Les lutrins reviendront sous une autre forme
Les lutrins reviendront sous une autre forme
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9 décembre 2022 5 09 /12 /décembre /2022 07:34
Sur le banc

Je mesure ma chance. De manger en compagnie de fantômes. Des revenants qui ont écrit sur les murs de l'auberge CHEZ CUL DE PAILLE à Poitiers « Je reviendrai » (André Dassary) ou « Un jour ici, on revient toujours » (1956, Bill Coleman).

« Les Plaideurs sont des clients du Cul de paille », a écrit J. de la Forterie. Qui nous rappelle que cette auberge est proche de l'ancien théâtre de Poitiers, que les acteurs, le spectacle terminé, venaient s'y restaurer. Ce que confirment avec leurs signatures Arletty, Gaby Morlay, Madeleine Robinson, Pierre Brasseur, Bourvil, Jean-Louis Barrault, Maria Casarès, Bernadette Lafont, Pierre Dux, Fernand Ledoux, Darry Cowl, Daniel Gélin (« être heureux ne se dit pas il se constate »), et tant d'autres qui ne m'en voudront pas, je l'espère, si je ne les nomme pas. Si je ne leur offre pas, avec ce petit texte, la sépulture qu'ils méritent.

Certains, que l'ivresse du succès (ou tout bêtement le vin) rend lyriques, tâtent de la poésie, font rimer Cul de paille et ripaille et vous disent merci, à bientôt. On les imagine bien saluant le public, un public qui ne leur accorde pas un regard, pressé qu'il est, à 12h37 à ma montre, de manger son cochon confit à la bière Pietra ou son andouillette de Jargeau grillée, sauce au foin. On voit ces cabotins partir sous les bravos, les bis, et revenir. Réclamer notre attention, nos applaudissements. Solliciter, comme les âmes du Purgatoire, nos suffrages.

Oublions le théâtre et ses fausses sorties, et intéressons-nous maintenant aux chanteurs. Ils sont là, à côté de nous. Jean-Claude Pascal, Félix Marten, Dario Moreno, Georges Chelon, Claude François, Jean Ferrat, Georges Brassens («Souvenir d'un bon repu » ) Jacques Brel (« UN SEUL BUT LE BUT »), Claude Nougaro (« Ici, et sous Brel, ça me va ») .

Une absence remarquable, celle de Vincent Delerm. Et des questions. Il était bien en concert à Poitiers, le jeudi 19 mars 2020 à 20h30. A-t-il dîné ailleurs? Ou, s'il était ici, refusé d'ajouter son nom à la liste déjà longue des bons vivants qui ne sont plus? Par superstition? A-t-il renoncé, comme il le laisse entendre, au name dropping?

Moins remarquée, la présence de Jacques Bodoin (me reviennent aussitôt la voix de Pollux du Manège enchanté, avec l'accent anglais, celle de Philibert, son personnage de cancre, celles de Mickey, Donald et Jiminy Cricket).

J'entends aussi, en découvrant leur nom, Zappy Max (Ça va bouillir, Quitte ou double) et Jane Sourza.

« Quelle très bonne soirée très bon souvenir de Jane Sourza », me lance-t-elle. Car elle s'adresse à moi, depuis son mur. Ou depuis son banc. Nous sommes assis aujourd'hui, le mercredi 7 décembre 2022 à 12h45 exactement, l'un à côté de l'autre. Je suis son voisin de table. Ou de banc. Et je me retrouve dans le rôle de La Hurlette. Celui que jouait Raymond Souplex dans Sur le banc. Je lui donne la réplique, avec mon texte. Je réponds à Carmen. À celle qui régalait nos oreilles -celles, encore naïves, ou déjà sourdes, des grands-parents!- à 12h30 sur radio Luxembourg. Ces trois minutes quotidiennes nous étaient offertes, je m'en souviens, par Pento, « la crème coiffante la plus demandée par les hommes ».

Je la taquine un peu, ma Carmen, et je la remercie beaucoup. De m'avoir laissé ce rôle. Que je n'ose qualifier de premier, de beau, tant il est ingrat. C'est en effet un clochard philosophe qu'interprète Raymond Souplex. Souplement, c'est-à-dire, sur le banc où il est installé depuis si longtemps, d'une voix monocorde et avec des gestes mécaniques (on peut voir le feuilleton radiophonique sur Youtube). Un héros beckettien qui n'attendra pas Godot, qui videra son godet de Mostaganem Première Réserve pour attaquer son mironton. Suivant les conseils de Carmen.

Le hasard nous a placés côte à côte, Jane Sourza et moi. Nous sommes assis sur le même banc, nous mangeons à la même table. Et nous buvons à la santé des morts. Moi mon Beaujolais 1954, et pas du bout des lèvres. Car, elle me l'a assez dit : « des gens qui laissent du vin dans leur verre, ça mérite pas de vivre ! »

Un mur nous sépare, et ce n'est pas une frontière étanche. Un mur, ça se traverse, et pas seulement dans les films de Cocteau. Ce n'est pas Jean Marais (présent lui aussi) qui dira le contraire.

La preuve, parmi les revenants dont les noms défilent, il y a Francis Lalanne dont on ne sait plus très bien de quel côté il se trouve. Le Walking Dead n'a pas attendu la neuvième vague de Covid-19, les mesures sanitaires: il marche déjà, avec ses zombies.

«Voilà, c'est fini », chantait Jean-Louis Aubert en 1989. Mais il est toujours là. Comme aux Francofolies de La Rochelle (en 2021). Renaud y sera en 2023. Renaud qui a écrit, sur le mur de CHEZ CUL DE PAILLE à Poitiers, cette phrase que d'aucuns diront prophétique, d'autres simplement lucide :

« Je sais pas quoi écrire »

Jean-Louis de TELEPHONE est «  d'accord avec RENAUD ».

« Les voyous c'était nous », proteste un anonyme dont le nom griffonné et à moitié effacé ressemble à Guétary, mais ça ne lui ressemble pas. Même s'il a chanté (avec Bourvil) « la vie de Bohème, la vie sans façon La vie de garçon, la vie de pa-ta-pa-ta-chon ». Je ne le vois pas écrire ça.

Je ne vois pas non plus Ateuritus. Lui, s'il écrit, c'est dans l'argile avant cuisson. Un sexto qu'il adresse, avec une photo de son phallus en érection, à Heutica (Eutycha), une courtisane qui jouissait d'une certaine notoriété à Poitiers. Ateuritus, contrairement à Guétary, n'est pas un pseudo. S'il a été inventé, c'est par des archéologues. Par des antiquaires, comme ils s'appelaient encore. Son nom, d'apparence romaine, signifie « Retrouvé » en gaulois. Et il a été retrouvé, avec sa brique lubrique, à quelques rues d'ici.

Ici, CHEZ CUL DE PAILLE, on retrouve d'autres dessins, à peine moins érotiques. Comme ce petit volcan en éruption, sous Haroun Tazieff.

 

Sur le banc
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6 décembre 2022 2 06 /12 /décembre /2022 06:48

Ad astra per aspera.

Cette expression latine qui signifie « Vers les étoiles à travers les difficultés » n'est plus employée (ni comprise). Pas plus que les variantes Per ardua ad astra (« Par des sentiers ardus jusqu'aux étoiles »), Ad augusta per angusta (« Vers les sommets par des chemins étroits »).

Par contre, tous les chemins mènent toujours à Rome. On n'est pas obligé de passer par Vérone, pourtant cela vaut le détour. On ne regrettera pas le crochet. D'autant moins qu'on n'est pas pressé. Personne ne nous attend dans la capitale italienne.

On peut même se payer une nuit à l'hôtel. S'offrir une suite dans cet hôtel de luxe dont on a perdu le nom, mais dont on peut indiquer l'adresse au taxi, il se débrouillera. Ces gens-là ont un hippocampe super entraîné, super développé, qui vous trouve votre hôtel même quand il a disparu. Même sous l'ex-cinéma Astra. Votre taxi le retrouvera sans problème et vous déposera dans le centre historique de Vérone. Inutile de vous dépêcher : l'incendie a déjà eu lieu, probablement au IIe siècle après J.C. (l’epoca di maggior splendore dell’Impero Romano, comme on vous l'a vendue).

Votre hôtel est situé sur la via Postumia, la voie romaine qu'empruntaient autrefois ceux qui traversaient la Gaule cisalpine d'Ouest en Est, ou qui, venant de Rome, se dirigeaient vers le Nord, vers les terres des Germains. Cela au IIe siècle après J.C., au temps de la splendeur de Rome. Après, elle fut surtout empruntée par ceux qui allaient d'Est en Ouest, qui descendaient vers Rome : elle devint la voie des invasions.

Aujourd'hui, le centre historique de Vérone est en ZTL, mais votre taxi a l'autorisation de circuler. Puisque vous avez un peu de temps, et le désir de visiter la ville, demandez-lui de vous déposer au Castelvecchio. Tout de suite à gauche, s'ouvre la rue la plus élégante de Vérone, le corso Cavour. Une petite passeggiata vous fera le plus grand bien. Allez jusqu'à Porta Borsari (une porte monumentale romaine du Iᵉʳ siècle, l'entrée principale de la ville fortifiée), et cherchez sur votre plan la via Oberdan. Vous la trouvez assez facilement. Et vous arrivez, sans trop de difficultés, ad astra. À l'ancien cinéma Astra. Où les activités de restauration commençaient, quand les ouvriers, comme ceux qui creusaient les galeries du futur métro à Rome, découvrirent de magnifiques fresques.

Heureusement, nous ne sommes plus dans Roma, le film de Fellini, l'air en s'engouffrant ne les efface pas. Elles ont survécu à l'incendie (dont on voit bien les traces), elles ne craignent pas le vent, ni la pluie. Elles ne sont pas apparues pour disparaître aussitôt.

 

Une Pompéi miniature
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5 décembre 2022 1 05 /12 /décembre /2022 08:06

 

Visiblement, mon putaclic ne fonctionne pas. Au lieu d' « attirer le maximum de passages d'internautes afin de générer des revenus publicitaires en ligne, au mépris de toute autre considération », le piège n'attrape rien. Pire, il se referme sur moi.

Revenons un peu en arrière, et à ce post qui se voulait aguicheur:

« Les verres à vin du Rhin, Brichot, vous connaissez? Vous aimez Wagner? »

Combien de clics ai-je provoqués avec ça, combien de commentaires ?

Dois-je en déduire qu'il était mal foutu, pas assez racoleur ? Que j'aurais dû mettre le « vert du Rhin », au lieu de ces « verres à vin du Rhin » qui ne sortent plus du grenier, et qui disparaîtront quand on videra la maison.

La formulation était-elle maladroite, inutilement alambiquée, définitivement obsolète? L'écriture artiste est-elle passée de mode ? Le private joke est-il interdit sur TikTok, comme le second degré ? Pas mieux vu sur Facebook où vont pourtant les vieux ? Est-ce qu'on a reçu ça comme un crachat ? Est-ce qu'on y a vu du mépris, du mépris de classe ? Est-ce qu'on a voulu dénoncer l'entre-soi, avec ce silence ? Au moins fesser le pédant ? Est-ce qu'il y a de moins en moins de lecteurs de Proust, dans mes (2855) amis, de lecteurs tout court ? Est-ce que Brichot, et même Verdurin, ça ne parle plus à personne ? Est-ce que je fais chier tout le monde, avec mes étymologies ? Est-ce que mes calembours ne font rire que moi ?

Je vous laisse répondre.

Proustaclic
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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 09:25

Dans un film qui semble avoir disparu de Youtube où je l'avais découvert, et regardé, Giacinto (Alberto Sordi) visitait une nécropole étrusque en compagnie de sa femme. Une petite femme un peu ronde, un peu sotte, qu'il traînait de tombe en tombe.

Cette promenade dominicale (enfin) terminée, son épouse, visiblement épuisée, lui posait cette question :

« Tes Étrusques, ils ressemblaient à quoi ? »

Et le mari, pas plus fin:

« À toi ! »

Voilà ce qu'il répondait à peu près, en la toisant.

Le petit film se voulait drôle, et l'était peut-être à l'époque, mais il ne ferait plus rire. Plus du tout.

Les mentalités ont évolué, et c'est tant mieux. Le rire gras, misogyne, est d'un autre temps.

J'ajoute que notre regard sur les Étrusques a également changé, que nous les connaissons de mieux en mieux, et que leur prestige grandit à mesure que celui de l'Église diminue.

Cet humour est donc tout ce qu'il y a de plus daté. Mais il est aussi et surtout situé. Terriblement situé. Dans un pays, une région, un terroir : un dialecte. Pas vraiment difficile à traduire, mais je ne suis pas sûr qu'il passe aujourd'hui les frontières.

La preuve, cette question que pose Anna Longhi (la femme) :

Chi ereno st'etruschi ? (« Qui c'était ces Étrusques ? »)

Et la réponse d'Alberto Sordi (le mari) :

So popoli antichissimi, se chiamavano Etruschi, poi però se so 'nfiltrati i Ciociari, insomma i Laziali hanno cominciato a fa caciotte, pecorino, mozzarella, sarcicce, poi so arrivati a Roma hanno aperto l'Osterie 'e Trattorie, appresso so arrivati i Marchiggiani, l'Abbruzzesi... ecco perchè i Romani so piccoli e tarchiati, so qua'a razza lì

« Des peuples très anciens, ils s'appelaient Étrusques, puis les bergers de la Ciociaria se sont infiltrés, du Latium si tu préfères, ils ont commencé à faire des fromages, du pecorino, de la mozzarella, des saucisses, puis arrivés à Rome ils ont ouvert les bistrots, les petits restaurants, après sont arrivés les gens des Marches, des Abruzzes, voilà pourquoi les Romains sont petits et trapus, de la race que voilà. » (dit-il en la regardant)

Le film n'est plus visible sur Youtube, et c'est sa disparition qui m'intéresse.

Elle coïncide en effet (l'espace d'un texte) avec la découverte à San Casciano dei Bagni, petite ville thermale dont la légende dit qu'elle fut fondée par un roi étrusque, dans ces eaux sulfureuses où les Étrusques puis les Romains venaient voir leurs dieux, les implorer ou les remercier avec des ex-votos, de magnifiques statues étrusques et romaines miraculeusement conservées (dans une vasque scellée), et non moins miraculeusement réapparues.

Dans leur source. Un sanctuaire mystérieusement épargné.

Mais qui les a mises à l'abri, et de qui ?

Les Étrusques voulaient-ils protéger leurs dieux des Romains, les soustraire à la vue, à la convoitise de quelque Verrès?

Est-ce par crainte des Chrétiens, dont un commentaire rappelle qu'ils se comportaient comme aujourd'hui les Talibans ?

Les Chrétiens eux-mêmes auraient-ils été sensibles à l'aura de ces idoles, touchés par le sacré qui émane d'elles ?

Cette dernière hypothèse est celle qu'on envisage d'abord. Et la preuve, s'il en fallait, qu'on peut admirer les Étrusques sans tomber dans le paganisme à la mode (chez les jeunes).

Puis, il semble qu'on se ravise, qu'on ne veuille surtout pas apparaître comme un suppôt de Giorgia Meloni, comme un défenseur de la « civilisation judéo-chrétienne ». On abonde dans le sens de certains commentaires qui voient dans les Chrétiens des premiers siècles des fanatiques. On se range à l'hypothèse d'Étrusques devenus Romains et sauvant leurs dieux, les cachant car les Chrétiens arrivaient.

Cette découverte extraordinaire a inspiré un petit texte à celui qui écrit sous le pseudonyme de VELTHUR TULUMNE. Un nom manifestement étrusque dont je ne connais ni l'origine ni la signification. Je sais seulement, pour l'avoir souvent consulté, que son blog contribue à sortir les Étrusques du « sombre abîme du temps » (Buffon); qu'il y explore, comme les archéologues à San Casciano dei Bagni, tout ce qui s'est effacé de l'histoire.

Ce texte, il l'a partagé sur sa page le 2 novembre 2022. Le jour des morts. Ou, comme on dit maintenant, comme il faut dire, le jour des défunts.

Je vous le donne d'abord en italien, puis dans une traduction aussi fidèle que possible :

Oggi ricordiamo. Non si può che ricordare chi ha vissuto accanto a noi per tanti anni, preparandoci ad esempio una minestra o tornando stanco dal lavoro. Ma queste persone se vengono ricordate vivono in noi e la nostra speranza è che in fondo, siano ancora insieme a noi, invisibili ma vicine, magari in una stanza accanto alla nostra dove c'è una casa, luce e festa. È una Speranza antichissima e sempre attuale, non una ricorrenza triste, ma una vera occasione per gioire insieme

 

« Aujourd'hui nous nous souvenons. On ne peut que se rappeler qui a vécu à côté de nous pendant tant d'années, qui nous préparait une soupe par exemple, ou rentrait fatigué du travail. Mais ces personnes si on se souvient d'elles vivent en nous, et notre espoir est, au fond, qu'elles soient toujours avec nous, invisibles mais proches, peut-être dans une pièce à côté de la nôtre, dans cette maison où il y a de la lumière, une fête. C'est un Espoir très ancien et toujours actuel, pas un triste anniversaire, mais une véritable occasion de se réjouir ensemble. »

 

Le 2 novembre 2022

Étrusques
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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 08:57

 

The first "Sparschwein" in History!, s'écrie le prénommé Bernhard. Dont le patronyme ne sonne pas moins allemand.

S'il s'exprime en anglais, c'est que le site où est apparue cette amphore a pour nom Archaeology Roman, et son domaine au Royaume-Uni.

Ce site web d'actualités nous montre une des dix-neuf amphores romaines découvertes dans la ville de Tomares, près de Séville, et c'est ce qui a suscité le commentaire de Bernhard. Et quelques autres du même tonneau, si je puis dire, car on parle d'une amphore. Datant du IVe siècle. D'une amphore brisée dont on voit par conséquent le contenu : environ 600 kg de pièces de bronze et d'argent !

Je ne sais pas si on l'a trouvée dans cet état, si c'est l'oeuvre du temps, le travail des charrues. Si c'est accidentel, si c'est arrivé pendant la fouille ou après. Si c'est un archéologue maladroit, ou un détectoriste sans scrupule mais avec poêle à frire, et pioche car il y avait là manifestement un trésor. Qu'il fallait arracher aux mâchoires de l'oubli. Rendre à la science, redonner au public, etc.

On connaît la chanson, et on sait que le site accueille tous les archéologues, les professionnels comme les amateurs, que le Royaume-Uni laisse à ses detectorists le champ libre : libéralisme oblige.

Alors tant pis pour les archives. Qui nous parviendront (dans le meilleur des cas) bouleversées. Inutilisables. Comment mettre de l'ordre, de la chronologie dans ces profils d'empereurs ? Comment réintroduire de l'histoire dans cette amphore ? De l'économie dans cette chaussette. Des crises : il y en avait déjà. De l'inflation. De l'argent qui ne vaut plus rien. Des assignats et de la fausse monnaie. Il y eut aussi des périodes plus fastes. Où l'on regardait moins à la dépense. Où l'on dépenserait sans compter. Où l'on ne guetterait plus la route. Où elle ne serait plus celle des invasions. On laisserait dormir son matelas. On ne chercherait plus une amphore pour planquer son magot.

Il y a eu, ce que ne montre pas la photo, des dépôts. Comme aujourd'hui à la banque. Des couches. Des strates qui feraient le bonheur des archéologues. Ils pourraient, si l'amphore n'était pas brisée, si chaque pièce était à sa place, remonter le temps. Revivre la vie de celui qui vivait là. Dans sa villa au bord de la route. Qui s'empressait, à la moindre alerte, de cacher ses économies. Il les cacha si bien qu'il ne les retrouva pas. Ou il n'était plus là pour les retrouver.

Qu'importe l'amphore, qu'importe qu'elle soit brisée. Tant mieux si elle est brisée. On voit enfin ce que le cochon avait dans le ventre. On aime, on adore, on commente. On reconnaît son Sparschwein, la tirelire qu'on rêvait de casser. Son rêve exaucé.

 

Si vous voulez des nouvelles de l'Antiquité, des Fresh News, c'est là qu'il faut aller.

Ou sur Ancient History. Où vous découvrirez des choses aussi incredible qu'un fast food « incluant une ancienne voie romaine ». On ne sait pas trop à quelle villa elle menait, à quel grand domaine, si c'est un morceau de la Via Appia car elle est pavée.

La première ville que la Via Appia traversait, venant de Rome, était Bovillae, cité latine puis romaine. Aujourd'hui Marino. La frazione de Frattocchie.

Sur ce site antique, la plus grande chaîne de restauration rapide au monde vient d'ouvrir un McDo.

Bovillae: un nom avec du « bœuf » dedans. La ville où se rassemblaient les bœufs, où on les entendra à nouveau mugir.

À 20 kilomètres de Rome, sur la Via Appia. Parce que la Via Appia était une des routes les plus fréquentées d'Italie, et que logiquement ça devrait ramener du monde.

Maintenant, si vous avez la dalle, vous savez où manger et quoi.

Car l'archéologie, c'est bien connu, ça creuse.

Et si le Big Mac frites ne vous suffit pas, Ronald Mc Donald vous offre une portion de route. De l'authentique route romaine !

Fresh News
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