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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 18:19

Ausone est-il un poeta novus, un « poète nouveau » attardé (six siècles le séparent de Callimaque, quatre de Catulle et de Laevius), disons tardif ? Faut-il le regarder comme une survivance (de l'époque néotérique, de la poésie romaine d'avant-garde) ou comme un oulipien, un oulipien avant la lettre ? Un plagiaire par anticipation, dirait Pierre Bayard.

Plagiaire par anticipation de l'Oulipo, Ausone l'est avec son fameux Cento nuptialis. Ce Centon nuptial se présente comme un patchwork d’extraits de vers de Virgile, réagencés pour produire un nouveau texte.

On sait d'où il les a tirés, de quelles œuvres. Mais comment a-t-il procédé ? A-t-il, comme ceux qui pratiquaient la virgilomancie, la divination par les vers de Virgile, pioché au hasard ? Laissé faire le hasard ? Répondait-il seulement à la demande de l'empereur Valentinien, ou obéissait-il encore -déjà!- à une contrainte ?

Cela rappelle en l'effet l'alexandrin greffé que créeront, en 1978, Marcel Bénabou et Jacques Roubaud. Ausone combine le plus souvent deux hémistiches, séparés par une césure forte, des morceaux de Virgile mais provenant d'oeuvres différentes, de L'Énéide et, dans une moindre mesure, des Bucoliques et des Géorgiques. En outre, la règle qui préside à la confection de son virgilocenton souffre quelques exceptions, la greffe d'un vers entier, par exemple, et même du suivant, souvenir évident de Jacques Roubaud et de son alexandrin de longueur variable.

En recourant au centon, le grammairien prouve sa culture: sa parfaite connaissance de Virgile et sa maîtrise de la métrique. Il montre également qu’il n’est pas poète. Qu'il n'y a, dans cette confrontation qu'a voulue l'empereur, qu'un poète : Valentinien. Valentinien a écrit un épithalame, et Ausone lui laisse, avec ce centon, la victoire : il lui abandonne le rôle de l'aède inspiré par les Muses et endosse celui, moins enviable, du poète technicien. Du rhapsode. Tout juste capable de coudre des vers de Virgile. Le poète, dans cette joute qu'il impose, c'est Valentinien, l'empereur dont Ausone est le conseiller donc l'obligé. Ausone ne prétend pas rivaliser avec celui qui reste maître du jeu, mais il relève le défi. Il établit aussi, avec la culture qui est la sienne et qu'il prête volontiers à l'empereur, une connivence. Une complicité entre lettrés.

Son Centon nuptial est à L'Énéide ce que la Batrachomyomachie (Le Combat des grenouilles et des rats) est à L'Iliade, une réécriture comique. La Guerre de Troie est devenue une simple nuit de noces, et les deux amants ont remplacé les Troyens et les Achéens.

Le rhapsode sait manifestement quelle pièce y coudre, quels morceaux de L'Énéide choisir pour confectionner son manteau. Ou composer sa mosaïque. Il sait conduire son lecteur, dans un style épique et par conséquent burlesque, jusqu'à la Défloration. Où ce n'est plus seulement la jeune fille qu'il déflore, mais aussi la virgo Virgile !

Rhabiller Virgile en vierge effarouchée, c'est, pour le poète, un geste iconoclaste. Est-ce pour autant une transgression ? N'est-ce pas plutôt, derrière les apparences carnavalesques, une forme de révérence ? Une façon d'offrir à Valentinien la place de l'idole déchue ?

 

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 17:41

De quoi remplir votre Black Friday Week. Et garnir votre bibliothèque. Si vous ne savez pas quoi mettre dedans. Quoi offrir à votre daron comme cadeau de Noël. Voici THE COUNT OF MONT CRISTO. En 8 volumes et sans nom d'auteur. Couleur aléatoire. Autre « livre de simulation », également en faux cuir, The Descent of Man (and Selection in Relation to Sex). Du naturaliste britannique Charles Darwin. Des ornements nostalgiques. De l'ancien Style Européen. Boîte de livre antique. Boîte de rangement européenne. Faux livre boîte. Boîte livre en carton blanc. Boîte européenne de livre de simulation en bois de décoration pour la maison européenne. Boîte de livre creux de stockage secret. Serre-livres en bois de style livre ancien avec boîte de rangement cachée. Des accessoires pour la maison, « pour l'atmosphère, de haute qualité, des décorations magnifiques et uniques ». «Et élégant, significative de la vie symbolique heureux, confortable et moderne ». Et rétro. Et vintage. Il n'y a pas plus vintage qu'un livre.

Ces faux livres constituent d'excellentes cachettes. Des abris sûrs. On peut y ranger ses secrets, ses bijoux, des boîtes et des boîtes, des boîtes dans des boîtes et même son coffre-fort. Et dormir sur ses deux oreilles.

Les faux livres existaient déjà, dans ma jeunesse. Mon père en rapporta un, de chez Iung frères où il travaillait. Quai des Bons-Enfants, à Épinal. La Cité des Images, comme il l'appellerait plus tard. Quand il serait journaliste et qu'il suivrait les Boutons d'or dans leurs déplacements. Ce faux livre était un cadeau. D'un représentant. De Ducretet-Thomson, peut-être, une marque qui revenait souvent dans la conversation. Ce livre était creux. Et je me demande encore si c'était un authentique faux, un fake avant la lettre, un fake book ou un vrai qu'on avait creusé -sacrifié sans regret, car personne ne le lisait plus depuis des lustres, si on l'avait jamais ouvert- pour y installer une bouteille.

Henry Bordeaux, par exemple, voilà un auteur qui a complètement disparu des radars et qui pourrait, sans qu'on crie au scandale, sans même qu'on s'en aperçoive, être remplacé par une bouteille. Et pas seulement à cause de son nom. D'ailleurs on verrait plutôt, « pour l'atmosphère, de haute qualité », une Grande Champagne ou un Armagnac 40 ans d'âge. Ou, en souvenir d'une grand-mère qui l'aimait tant, la liqueur trouvée dans l'armoire où dormait La robe de laine. Mais je ne suis pas certain qu'elle ait mieux vieilli, la liqueur, que l'auteur de ce roman dédié à Pierre Loti. De livres dont on ne parle plus que chez les bibliophiles, pour en critiquer la reliure et regretter le plein veau ; pour chercher un ex-libris :

« Quand un nouveau livre arrive chez moi, écrit l'un d'eux, mon premier plaisir est d’essayer de retracer son histoire, son parcours. Pour ce faire, les ex-libris manuscrits ou gravés sont précieux. Continuer cet usage, c’est aussi permettre aux bibliophiles futurs de savoir d’où viennent leurs livres.
Certes, je n’écris pas mon nom sur les feuillets de titre ni ne fais apposer mes armes sur les plats, mais un ex-libris gravé, j’y pense … Quelque chose de pas trop voyant, juste des initiales qui éveilleront la curiosité d’amateurs futurs. »

Aujourd'hui, on peut acheter une bibliothèque IKEA, passer des heures à la monter sans se poser une seconde la question de ce qu'on va mettre dedans. Quels livres. Des vrais ou des faux. Où est la différence ? Les rares vrais livres qu'on y loge sont uniquement là pour la déco. Deux ou trois livres, dans une étagère, c'est joli. Quand il y en a trop, cela devient sinistre. Et ça pue. C'est comme les vieux chiens. Les gens qui ont des livres partout, moi j'ai envie de leur offrir un book deodorizer, tu vois. Tu vois ce que je veux dire?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 07:26

D'abord c'est Le silence.

« C'est cette toile de Monsù Desiderio qui m'a fait découvrir le reste, dit Valérie Gavaud au début de notre entretien, par elle que je suis entrée dans l'oeuvre. »

Il y avait des barques échouées sur la plage, d'autres garées dans la falaise. Dans des niches voûtées qui pourraient abriter des statues. Celles du temple rond, si on voulait les soustraire au saccage. À cette fureur iconoclaste qui menaçait de tout emporter. S'il était encore temps.

Ces barques l'ont tout de suite embarquée. Pour quel voyage ? Où abordons-nous avec elles? Dans quel après ?

Si la catastrophe a bien eu lieu, c'est celui-là. Peu importe son nom. Les habitants ont tous quitté la ville. Y compris ceux qui avaient trouvé refuge sous les arcades servant habituellement de remises à bateaux, dans l’attente de secours. Une première grande barque s’était échouée sur la plage à cause de la mer démontée, mais les autres n'avaient pas renoncé. L'aide était bien arrivée. Et la très grande nuée ardente dévastatrice dévalait seulement les pentes du Vésuve, il restait un peu de temps pour observer le phénomène. Le décrire. Une barque attendait. Elle pouvait attendre.

Elle attend encore. La catastrophe n'est pas arrivée. Pas sous cette forme. La grande nuée ardente dévastatrice qu'annonçaient les Cassandre s'est arrêtée en chemin, à mi-pente. Ou son geste s'est figé. Je parle du peintre.

Le danger a pris une autre figure. D'une Chrétienne préférant mourir, plutôt que d'abandonner sa foi.

Décapitée, elle a pris sa tête sous son bras et cherché une fontaine. Elle n'a pas eu longtemps à marcher. Il y avait, tout près du temple d'Apollon, une mare sacrée vers quoi jadis convergeaient les pèlerins. Elle y a lavé sa tête et la terre s'est mise à gronder. Le sanctuaire le plus beau du monde vacillait, ses tours et courtines l'une après l'autre s 'effondraient. Grand devenait un tout petit village. Une simple étape dans la marche vers la sainteté.

Et si ce n'est pas Grand, ni Herculanum, c'est peut-être Hippone. Comme les Vandales l'ont laissée. Hippone déserte. Sans le moindre signe de vie. Qu'une barque arrêtée, mais elle n'attend personne.

Ou une ville montée de toutes pièces, avec les pierres de la cité antique qui l'a précédée, colonnes et chapiteaux, Calatayud par exemple, qu'on ne put construire qu'en pillant Bilbilis.

Une ville qui montait par degrés à l'assaut du ciel. Une nouvelle tour de Babel.

Un décor admirable. Les ruines témoignent de sa grandeur passée. Et de ce qui nous attend. Avec la barque.

Car elle ne fait peut-être que commencer. La catastrophe. La ville croyait se relever de ses ruines, effacer les traces des derniers incendies, et les restaurations successives n'ont fait que précipiter sa chute. Regardons le temple rond au centre, le mausolée. La colonne qui se dresse ou plantée au cœur, poussée par quelle volonté politique, par quel délire d'architecte, ou de peintre.

Voyons comment la colonne perfore la coupole. Comment elle ajoute la ruine à la ruine. Nous croyions Pompéi et Hiroshima derrière nous, et c'est devant. Le silence à quoi nous étions promis. Dans les discours millénaristes. Il est là. Palpable, comme on dit la peur, mais on est au-delà.

D'où revenons-nous, si l'on en revient jamais, de quels enfers ?

Et pour quel projet resté dans les limbes ?

C'était donc ça, cette pâleur ? Le séjour des enfants morts sans baptême, et qui pour les sauver? La question est à jamais posée.

Un état intermédiaire et flou, on s'en tiendra à cette définition. Et on ne demandera plus rien à la barque.

Nous ne saurons pas si elle rentre au port, dans quelle Naples imaginaire nous arrivons. Si c'est à Metz, ville romaine dont l'un et l'autre proviennent. Les deux qui ne font qu'un. Un Monsù. Metz où l'un et l'autre retournent. L'un avec ses architectures colossales, l'autre avec ses figurines. Les deux ensemble ou comme ici un seul. Et lequel ?

Et dans quelle cité impie débarque-t-il ? Quel fut son crime? Son péché originel. Ce qui lui a valu ce châtiment. Comment expliquer la catastrophe qui la frappe?

 

Cette ville brille par son absence, comme la lune nouvelle. Mais cette lumière cendrée n'est pas de la lune. Elle est de la terre même, de cette terre italienne où François de Nomé est allé, comme son compère Didier Barra, chercher la pierre. La pierre philosophale ou à défaut de Bologne. Une éponge à lumière, comme on la présente à cette époque.

 

Mais la pierre de Jaumont (un « Mont Jaune », d'un jaune d'or) qu'on voit encore aujourd'hui à Metz, sur certaines façades et dans ses principaux monuments, a la couleur des tableaux de Monsù Desiderio, ce jaunâtre ocreux qu'ils n'avaient pas oublié, après des années à Naples.

 

Cette pierre de calcaire oolithique (sphères de 1 mm de diamètre) nous fait remonter au Bajocien, un étage du Jurassique moyen.

 

Sans remonter si haut, on peut penser que la pollution atmosphérique n'avait pas encore provoqué le noircissement que nous avons connu, dans nos jeunes années, et qui s'accordait si bien avec la tetraggine del cielo (je reconnaîtrais cette mélancolie dans les ciels de Domenico Fetti) ; que la pierre avait à l'époque, en plein baroque noir, la couleur qui est celle aujourd'hui, après ravalement, du Théâtre ou de la Cathédrale. Un jaune à peine fuligineux.

 

Un silence qu'on qualifierait de sépulcral si on ne craignait pas les clichés, les grands mots, bien trop grands pour une époque qui ne le supporte plus, le silence, qui s'emploie à le couvrir de mille manières, à trahir des secrets que plus personne ne songe à garder, une époque où muet comme une tombe disparaîtra aussi, un jour, des dictionnaires, quand d'autres feront leur entrée, qui parlent de ce qu'on vit. Qui disent tout simplement, avec peu de mots, des mots que tout le monde comprend, ce que nous sommes et dans quel monde nous vivons. Tandis que le silence, aujourd'hui, plus personne ne connaît ça. Le silence nous est étranger.

 

Mais pas celui de Monsù Desiderio. Comment l'expliquer ? Comment expliquer que ce monde d'après, tel qu'il est représenté sur la toile, ressemble à ce point au nôtre ? Est-ce parce que nous avons connu Pompéi, Hiroshima, et que nous sortons toujours un peu, où que nous soyons, de la catastrophe ? Que nous redoutons la prochaine, celle qui verra l'humanité disparaître, disparue, le temps définitivement arrêté, comme cette barque ? La catastrophe est dans tous les discours. Elle est dans ce décor de fin du monde, rongé par les ténèbres. Un décor qui nous est tout de suite, bien que nous n'ayons pas vécu dans notre chair la catastrophe, familier.

 

Nous aussi, chaque matin, nous nous relevons de nos ruines. Nous tentons.

 

Nous écoutons le silence. Nous l'auscultons.

 

Le silence, c'est aussi celui que j'entends dans ce nom. Quand je cherche à l'entendre. À entendre ce qui sonne à travers, à travers quoi ça sonne. Et que je ne vois personne. Qu'un masque.

 

Sous ce vocable, Monsù Desiderio, il y aurait trois peintres: François de Nomé, Didier Barra et un anonimo imitatore del Nomé, selon Raffaello Causa (R. Causa, Francesco Nomé detto Monsu Desiderio, dans Paragone, n° 75, Firenze, 1956, p. 30-46 ). Et combien d' « assistants d'artistes », comme on les appelle aujourd'hui, ce qui ne les rend pas plus visibles.

 

De l'énigme Monsù Desiderio, peut-on dire qu'elle reste entière ?

 

Pour peu que là-bas vous parliez français, que votre italien soit truffé de gallicismes, vous êtes regardé comme un Monsù. Monsù Nicola (Nicolas Poussin). Monsù Claudio (Claude Gellée dit Le Lorrain). Monsù Desiderio, mais ce Monsieur Didier a plusieurs visages et il est difficile de choisir.

 

Au premier abord, on pense à un caprice architectural, à un de ces capricci qu'affectionne et que peint en nombre François de Nomé,

 

En nombre et en ombres.

 

Lui se chargeant du décor, monumental, boosté à l'antique, et laissant aux petites mains le soin de peindre les personnages, à d'autres artistes dont Belisario Corenzio et Jacob van Swanenburg et combien d'anonymes. Des personnages minuscules. De pauvres silhouettes égarées dans un port de fin du monde.

 

Avec Le silence, le problème ne se pose pas. Il n'y a que le décor, les humains ont disparu. Et avec eux Didier Barra, l'autre, le vrai Monsù Desiderio. Et Monsù Desiderio lui-même. Cette toile dont tout laisse à penser qu'elle est l'oeuvre de François de Nomé n'est de personne.

 

François de Nomé, un peintre messin dont le nom vient semble-t-il de Nomeny (Meurthe-et-Moselle), anciennement Nomeney, châtellenie des évêques de Metz, devenue marquisat en 1567. « Comme pour beaucoup de familles messines, le nom a varié au cours des âges et les Nomeney sont devenus Nomé. » (Monique Sary, MONSU DESIDERIO : LE VRAI PORTRAIT DE LA CITÉ DE METZ)

 

Où l'on apprend que François de Nomé signe de différentes façons au cours de sa vie. Sur son acte de mariage, en 1610, son nom est écrit « Françoy Denomé ». En 1619 et 1621, il signe des tableaux « Francisco did Nomé » ; en 1623, « Francisco Didnomé ». Selon Raffaello Causa, cela pourrait signifier « Didier Nomé ».

Mais Didier, c'est aussi le prénom de Barra, l'autre Monsù Desiderio, le vrai, on ne voit pas en quoi.

 

Qui est Monsù Desiderio ? « Sans doute un Français de l'Est, répond Louis Demonts, car il semble avoir hérité du goût germanique pour les camaïeux et les clairs-obscurs.» (L. Demonts, Trois tableaux de paysages fantastiques, au Musée du Louvre, dans Beaux Arts, mars 1924, p. 70 ) S'il a contribué à révéler Georges de La Tour, ici, avec ces stéréotypes d'un autre âge, Louis Demonts ne fait qu'épaissir le mystère qui entoure nos deux Messins.

 

De Nomé dont les parents étaient protestants agissait-il dans l'esprit de la Réforme en démolissant les églises catholiques comme les temples paiens ? Comme des temples païens. Quelle fureur iconoclaste faut-il entendre dans son silence ? Quelle iconophobie faut-il lire dans cette profusion d'images ?

 

Ou bien porte-t-il un regard catholique sur ce qui menace l'église, sur ce qui ruine l'autorité du pape, détruit l'une après l'autre nos certitudes ? Est-il un peintre baroque, du baroque le plus noir ?

 

Valérie Gavaud apprécie tout particulièrement les couleurs. Ces couleurs qui ne sont pas franches car, ne l'oublions pas, nous sommes dans les limbes. Dans un flou qui appelle les demi-tons. Il y a, pour Pierre Seghers (Monsu Desiderio ou le théâtre de la fin du Monde, Paris, Éditions Robert Laffont, 1981 ), de la « terre d'ombre avec des plages de gris, des gammes de bruns et de bistres jaunâtres qui conservent cependant un profond et mystérieux éclat, grâce à des jeux de lumière. » .

 

« Une ambiance particulièrement fantomatique qui me fascine », ajoute-t-elle à la fin de notre entretien.

Valérie Gavaud, Sur les traces de Monsù Desiderio, dessin à la pierre noire.

Valérie Gavaud, Sur les traces de Monsù Desiderio, dessin à la pierre noire.

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 09:07

Gros pieds, tontons, polonais: c'est ainsi qu'on les appelait. Les cèpes dits de Bordeaux. Chez nous, ils poussaient sous ces noms. Sous les chênes, les hêtres des Quatre Vents où nous allions les ramasser, avec mon grand-père. Ils poussaient en lisière. De ce bois dont nous avions fait notre pré carré.

Carré, il l'était. Et si j'en parle au passé, ce n'est pas seulement qu'il était de ces bois où j'ai passé mon enfance, que j'arpentais à la saison et que je connaissais comme ma poche, mais aussi qu'il a disparu. Il a été entièrement rasé. Un remembrement tardif mais efficace, puisque de ce bois il ne reste rien. Pas un arbre. Pas même un nom sur la carte. Du bois des Quatre Vents il ne subsiste aucune trace. En dehors des cèpes qu'on y cueillait. Et que j'y cueille. Longtemps après qu'il a disparu. Et loin, si loin des Vosges. Il suffit que je les appelle. Que je dise gros pieds, tontons, polonais, pour qu'ils garnissent mon panier. La magie fonctionne toujours. Je n'ai pas perdu la main. Malgré les années. La distance. Les cèpes sont toujours là. Au rendez-vous.

Rares sont les régions qui ont échappé à la centuriation du territoire, et ce bois que je vois parfaitement carré dans mon souvenir pourrait, comme le champ qu'il est devenu, porter la marque de la cadastration romaine, en constituer la trace. Une trace d'autant plus présente qu'elle a été, par ce remembrement tardif et néanmoins redoutable, totalement effacée.

Nous l'avons tellement arpenté, ce bois avec mon grand-père, qu'il s'est inscrit dans cet autre cadastre qui est la mémoire. La mémoire sensorielle car ce sont d'abord les yeux qui se souviennent, qui tâtent de la merveille. Quand elle apparaît au marché. C'est-à-dire dans ce bois. Dans ce bois des Quatre Vents qui n'existe plus que pour moi. Les mains suivront : elles se rappelleront le rêve qu'elles caressaient. Le chapeau gras. Le pied strié, le réseau qui affleure. Le nez cherchera la farine fraîchement moulue, le cerfeuil. L'oreille l'accent italien, dans le fabuleux fricot qui se prépare.

Notre pré carré ne s'en trouvera pas élargi. Nous aurons seulement eu, nous aussi, notre zone à défendre. Et nous l'aurons défendue. Ce bois des Quatre Vents, nous l'aurons sauvé de l'oubli. L'espace d'un texte.

Avant d'être de Bordeaux
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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 13:50
Sarcophages

Il y a sarcophage et sarcophage. Celui de Fukushima, construit à la hâte, et celui de Tchernobyl, conçu et réalisé par les géants français du BTP Bouygues et Vinci. Ce sarcophage géant coiffe désormais la centrale nucléaire. L’arche inaugurée (une arche de confinement d'une hauteur de 110 mètres ), le réacteur 4 détruit en 1986 peut enfin être démantelé. La France est fière de son armée d'ingénieurs. Capable d'arrêter les nuages radioactifs à la frontière, et même de les renvoyer chez eux.

Mais nous sommes à Civaux et Civaux, si vous voulez tout savoir, si vous consultez Tripadvisor, c'est cela, que résume parfaitement Edouard S. d'Albi, France :

« Surprenante nécropole où les tombes mérovingiennes, les sépultures contemporaines et les cheminées de la centrale nucléaire voisine forment un ensemble étonnant. »

Maintenant vous pouvez y aller. « Allons-y ! », lance d'une voix décidée Vanessa. Ou Virginie. Ou plutôt « Vamonos ! », car vous avez oublié de modifier la langue de Waze, pas choisi ou enregistré la bonne voix, ou pas voulu, afin de continuer à vivre dans le Sud. Et toujours en été.

Des sarcophages, à Civaux, il y en a des milliers. 7000, certains disent même 15000.

Il y a des cuves. Celle du réacteur, mais aussi, dans cette immense nécropole, des cuves monolithes, de forme trapézoïdale, taillées au pic, aux parois de 6 à 8 mètres d'épaisseur.

Il y a des bassins : la piscine de stockage du combustible irradié, et le baptistère qui a succédé, avec un premier complexe chrétien, au sanctuaire (fanum) gallo-romain, le bassin baptismal situé au nord de la cella.

Coïncidence ? Synchronicité? Il y a un truc à creuser, là, me dit un ami qui n'est pas archéologue. Ni particulièrement jungien.

 

 

          Je remercie Dominique Robin pour ses photos. D'autres photos sont visibles ici, et un texte, tout aussi formidable. Publié dans la revue italienne ARTAPP. en décembre 2012 sous le titre Menhir del nostro tempo? , et dans L'Actualité, N°100, Printemps 2013.  

 

 

Civaux, photos Dominique Robin.

Civaux, photos Dominique Robin.

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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 08:39
Aigondigné
Aigondigné

Quelle mouche l'a piqué ? Celui qui a proposé, pour accompagner le passage de la commune à l'intercommunalité, pour faire du passé -de Thaon et de ses usines fermées- table rase, fixer un nouveau cap, le nom de Capavenir Vosges. Trop motivé pour être honnête. Et qui me fait penser à la bise verte -la russule verdoyante- quand on la rencontrait sur les chemins -dans les bois de Thaon, justement-, quand on la découvrait si verte dans l'herbe, trop verte pour être vraie. On l'écartait avec sa canne -celle qu'on se taillait avec son couteau suisse-, et on poursuivait sa route. On l'abandonnait aux longues limaces rousses qui l'avaient attaquée.

Ici c'est une autre voie: celle du progrès. C'est bien ce que j'entends. Dans ce nom qu'on a voulu si ressemblant. Et qui ressemble en effet à un rond-point. Parfaitement kitsch et aussitôt -à peine inauguré- obsolète. Un nom qui n'est la trace de rien, qui ne fera jamais mémoire. Une création éphémère (espérons-le!). Au nom de l’efficacité de l’action publique et de la rationalisation du territoire.

Capavenir Vosges, donc. Commune nouvelle française, située dans les Vosges, en région Grand Est, issue du regroupement des trois communes de Thaon-les-Vosges (qui en est le chef-lieu), Girmont, et Oncourt. Comme il était difficile voire impossible de forger un nouveau nom, où chacun se retrouve et voie des raisons d'espérer, on a choisi, avec ce toponyme, d'oublier l'effondrement du textile et de regarder vers l'avenir.

L'exemple de La Vôge-les-Bains, toujours dans les Vosges, est un peu moins caricatural. D'abord ce nom de commune, d'une nouvelle commune issue du regroupement des trois communes de Bains-les-Bains, Harsault et Hautmougey, garde un peu de la petite cité thermale devenue son chef-lieu, et de la contrée, humide et forestière, qui est la Vôge.

Des monstres, il y en a d'autres et ailleurs, des slictueux toves gyrant sur l'alloinde et vriblant. Des mots-valises devenus des néologismes. Ceux-là n'ont pas été créés par Lewis Carroll. Par un Michaux sous mescaline.

Prenez Aigondigné. Nom inventé, non par un archéologue mais pour la bonne cause, celle du regroupement de communes et de la mutualisation des dépenses. Aigondigné, donc. Commune nouvelle, située dans le département des Deux-Sèvres, en région Nouvelle-Aquitaine. Résultant de la fusion -au 1er janvier 2019- de la commune nouvelle de Mougon-Thorigné et des communes d'Aigonnay et Sainte-Blandine. Aigondigné, il n'y a pas à dire, ni surtout à s'indigner, cela sonne comme un nom -comme Secondigné qui existe dans le département, et pas très loin-, c'est un nom possible sinon réel, un nom vraisemblable. Il ne détonnera pas. Il ne fera pas tache. Comme ce Capavenir Vosges dont nous avons parlé plus haut. Tellement ressemblant qu'il ne ressemble à rien. Le monument, si c'en est un, s'il est appelé à rester, est discret. Il se fondra progressivement dans le paysage. On finira par oublier qu'il est une création récente. Et jusqu'à sa signification. Il sera comme n'importe quel toponyme. Comme le nom que nous portons. Un signe vide. Un signifiant absolu. Que nous traverserons ou que nous contournerons sans nous poser la moindre question. Nous ne nous demanderons même pas ce qu'est devenue Sainte-Blandine. D'elle il ne restera rien dans Aigondigné, aucune relique.

Aigondigné
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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 15:12
Clitorine

Clitorine existe, je l'ai rencontrée. Hier soir à Rochefort, la ville des Demoiselles. À la brasserie « Les Demoiselles », place Colbert. La place où fut tourné, pour l'essentiel, le film de Jacques Demy.

Clitorine existe, ce n'est pas une légende urbaine. Inventée et colportée pour dénoncer un prétendu laxisme dans le contrôle de l'attribution des prénoms.

Clitorine n'existe pas que dans la fiction. C'est bien elle qui était montée sur scène ou qui se trouvait dans le public; qui participait au Karaoké Géant ou au Quizz avec un grand Q. L'animation gratuite que donnait hier soir, comme toutes les veilles de week-end, la municipalité aux riverains. Pour les maintenir éveillés, ou les réveiller, s'ils se sont endormis devant la télé.

Cela dans la ville des Demoiselles. Et bien que les Demoiselles aient prévenu, un peu avant la gare :

« On était des filles gentilles, plus maintenant » (c'est écrit sur le mur)

Je n'ai pas bien suivi le pestacle, hier soir. Bien qu'on n'entendît que lui. Je ne peux donc dire s'il s'agissait, comme je le crains, d'une blague bien graveleuse de l'animateur. Ou, comme je l'espère, pour la renommée de la ville, d'une action de ses féministes.

 

Clitorine
Clitorine
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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 08:03

« J'entends dire que le Brexit -ce ''Brexit dur'' qu'on nous promet et qui paraît maintenant inévitable- rétablira les frontières, qu'il y aura des camions bloqués à la douane, des files interminables, la queue au supermarché, des rayons vides, etc.

Je ne partage pas ce pessimisme.

J'aurais même tendance à penser que ce Brexit a du bon, qu'on y verra plus clair. Notamment dans les guillemets. Et que ce ne sera pas forcément mauvais pour notre pays. Qu'il sortira même grandi de tout ça. Rétabli dans sa grandeur.

De ce merdier naîtra en effet un monde nouveau, où la hiérarchie sera enfin respectée, où les guillemets français (en chevrons doubles) retrouveront le premier niveau (le discours rapporté, la citation), les guillemets anglais (ou guillemets-virgules) le second (le discours dans le discours, la citation dans la citation), comme il sied à une petite île dont les habitants ont fait le choix de l'insularité, et qui ne règne plus désormais que sur l'apostrophe. »

 

Guillemets
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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 14:12

Manquer l'estocade une fois, comme on dit en Belgique, cela arrive à tout le monde. Et c'est sans grandes conséquences.

Dans une corrida, si cela se répète, il faut voir ce que cela déclenche. La bronca ou le silence. Dont les aficionados vous diront (certains sont aussi des passionnés du Goncourt) qu'il est pour le matador une réaction pire que la plus forte des broncas.

Ici, ce sont donc fort logiquement des rires qui accueillent les quinze romans de la première sélection. Puis, deux mois plus tard, le silence. Quand le candidat malheureux, qui venait de rater de deux voix la plus haute marche, s'empara du chapeau de la lauréate afin de le lui faire bouffer.

 

La pire sanction pour le torero
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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 08:46

Il y a les plantes invasives avérées, et il y a les potentielles. Les roses trémières, par exemple, ce qui ne me surprend pas. Il y en a plein ma rue, et je ne suis pour rien dans leur introduction. Je nettoie mon trottoir en bon citoyen, je le débarrasse à la binette et au jet de tout ce qui pourrait l'envahir, rose trémière comme valériane. Pas de traitement. Pas de traitement de faveur non plus.

Bien sûr, j'ai fait comme tout le monde au début, mis des graines dans mes poches, mis en pot puis en terre tout ce que je trouvais joli, ou simplement couvrant, et c'est venu tranquillement embellir mon jardin, couvrir ce qu'on ne devait pas voir. Sans jamais déborder.

Emporter un peu d'ici pour le replanter ailleurs, c'est ce que nous faisons tous avec nos « rapines ». Nos arbres à papillons, nos balsamines et nos rosiers rugueux. Avec nos roses trémières. Et les conséquences que l'on sait. On prend un peu d'ailleurs et on le sème chez soi, on le repique, histoire de mettre un peu d'exotisme dans son jardin.

C'est ce que j'ai fait il y a quarante ans avec les cyclamens que j'ai rapportés de Tunisie. Et qui se sont mélangés avec l'espèce locale. Est-ce que j'ai contribué à l'hybridation, créé un hybride ? Il est trop tôt pour le dire. Et je ne serai plus là pour répondre de mes actes.

De Tunisie, j'ai rapporté aussi cette plante qui n'est pas de l'ambre mais que j'appelle ainsi. Comme je l'entendais là-bas, quand elle brûlait sur le kanoun. Où elle remplaçait avantageusement l'encens et chassait les odeurs de friture. Ce n'est pas de l'ambre, ni de l'encens. Ni du musc, ni du benjoin. Mais c'est un parfum comme les aimait Baudelaire, « riches et triomphants ». Cueillez une feuille, écrasez-la entre vos doigts, vous verrez.

L'ambre est toujours sur ma terrasse, et j'en fais régulièrement des boutures. Si elle est exotique, une invitation au voyage à quoi j'ai du mal à résister, elle n'est certainement pas invasive, du moins sous nos climats. Elle se répand volontiers, se propage même à la belle saison, mais elle ne résiste pas au gel.

Ces plantes, on les rapporte le plus souvent comme des souvenirs de voyage. Pour continuer avec elles à voyager. Ou pour tenter d'habiter, comme mon grand-père avec son noyau de pêche. En le mettant dans sa poche et en le laissant sécher. Avait-il dans l'idée de trouver un jardin où le planter ? Une maison à habiter ? La maison qui le ferait habiter ? De retrouver son Piémont, dont la misère l'avait chassé ? C'était difficile dans les Vosges. Surtout à cette époque. Les hivers étaient plus longs, plus rudes. Très rudes pour les maçons. Il ne se sentirait donc chez lui que dans les bois. La forêt serait son jardin. Elle le fut. Et le noyau de pêche est resté dans sa poche.

J'extrapole, évidemment. En ce temps-là et dans les Vosges, on ne parlait pas d'écosystème, de biodiversité. On ne cueillait que des espèces locales, dont on ne connaissait que le nom vernaculaire. On ne les cueillait pas pour leurs noms, bien qu'ils fussent pittoresques, c'est-à-dire ressemblants, mais pour les consommer.

Moi je les aimais, ces noms, ils me faisaient rêver. D'un monde où les choses ressemblaient à leur nom. D'un paradis où les fleurs oublieraient les noms latins qu'on voulait leur coller, les tristes herbiers où on voulait les ranger, où elles s'épanouiraient en toute liberté.

De ces noms, il m'arrive parfois de retrouver la trace. Dans le piémontais que j'apprends, chaque soir avant de m'endormir. Pour glisser avec lui dans le sommeil. Et retrouver l'ours dans ses bois : dans les clochettes et les marguerites.

Le nom qui m'accroche, ce matin, c'est Kudzu. Voilà un nom étrange, qui plaît aussitôt. Qui vous fait oublier ce qui a précédé la rencontre. Dans quelles circonstances elle s'est produite. Dans quelle liste de plantes invasives potentielles vous l'avez découvert. L'appeler Nepalem, Kouzou, Kuzu, Kudzu du Japon, ou Vigne japonaise ne vous le rendra pas moins sympathique.

Mais s'il se présente à vous comme Puéraire hirsute, c'est une autre histoire. Vous vous méfiez davantage. Et quand, vérifiant, vous apprenez qu'il a d'abord été admis aux États-Unis comme couvre-sol, puis retiré parce que c'est aussi une plante grimpante, capable de grimper dans les arbres jusqu'à une hauteur de vingt à trente mètres, vous n'êtes plus du tout surpris de le retrouver dans la liste des plantes invasives potentielles. Avec la rose trémière et le laurier-cerise. Et le souchet comestible !

Lui ici, je me frotte les yeux, il doit y avoir erreur. Ce n'est quand même pas pour rien qu'il est dit comestible. Cyperus esculentus. L'appeler Souchet sucré ne le rend pas moins bon. Noix tigrée ou Pois sucré. Je n'ai pas goûté ses tubercules au goût légèrement sucré de noisette ou de gland, ou d'amande, d'amande de terre qui est un de ses noms, de ses nombreux noms, mais j'ai bu de la horchata. De la horchata de chufa. J'en ai bu et acheté cet été en Espagne. Ma bouteille de Chufi m'attend dans le frigo.

La horchata rappelle le sirop d'orgeat, le lait orgeat de l'enfance que j'ai retrouvé récemment lors d'une marche dans les Vosges, dans une ferme auberge du côté alsacien, et toujours aussi délicieux. Mais c'est d'abord du souchet, un lait de souchet ou un orgeat de souchet.

Lire que ce tubercule « se classe parmi les plus anciennes plantes cultivées en Égypte ancienne » n'enlève rien à mon orgeat de souchet. Au contraire. J'ai plaisir à apprendre que la Chufa a été sans doute un élément important de la nourriture dans l'Égypte ancienne à l'époque dynastique, durant laquelle on en faisait des gâteaux. Qu'il était également cultivé en Grèce antique. Le même plaisir que celui que me procure la horchata de chufa lorsque je la bois en Espagne. Ou ici, Où c'est toujours un peu l'été qu'elle ramène. Les vacances qui reviennent.

Les souchets qui servent à préparer cette boisson rafraîchissante sucrée ont été introduits en Espagne (dans la région de Valence) par les Arabes. Je les remercie ici. En reprenant de ce Souchet sultan. En me resservant un verre de Chufi.

 

 

 

 

 

SOUCHET COMESTIBLE
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