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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 06:58
B 11

Les sigles d'une lettre suivie de deux chiffres sont très nombreux. Un article les recense. Avec 26 lettres et 10 chiffres, nous apprend-il, il est possible de former 2600 éléments, soit 100 pour chaque lettre.

À la lettre B, nous trouvons évidemment B 11. Et quand nous cliquons dessus, nous découvrons que B 11 ou B-11 peut faire référence à une classe de sous-marin de la Royal Navy, à un bombardier puis à un avion d'observation américain, à un canon sans recul de conception soviétique.

L'article ne consacre pas une ligne à l'armement moustérien.

Si nous quittons le domaine militaire pour les transports, il y a, en gare et entièrement tagué, un modèle de voiture de chemin de fer. Nous le laisserons rouiller. Nos chasseurs n'ont pas attendu le train pour se déplacer. Ni les automobiles. La Subaru restant au garage, à l'état de concept, Néandertal ne sortira pas sa B11 (une Traction de collection!) pour aller voir les mammouths dans leur grotte. Il n'a pas besoin d'une Alpina pour rouler sur une route fédérale allemande. Ou pour se rendre à Mérignac, dans cette bodega inspirée du Pays Basque. Il y a une ligne de bus. Un vélo électrique (si c'est pour finir dans un abri de jardin, ce n'est peut-être pas la peine). Il y a encore un système d'alarme, un code d'erreur, des raviers Tupperware, des ampoules LED, une spatule crantée, mais ce n'est pas le racloir simple concave que je cherchais.

Ni, ce papier japonais, le format que je souhaitais pour mon manuscrit. 

B 11
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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 06:36

Si le puits d'amour est à Captieux depuis 1944, selon la Maison Seguin dont c'est la spécialité, si on le trouve à Bordeaux, aux Chartrons et au Marché des Capucins, on peut aussi l'acheter, comme nous l'avons fait avec Annie et Georges, à Grignols, chez Béa et Ludo. La boulangerie-pâtisserie en face du SPAR (la halle en béton construite en 1938). Elle est ouverte le dimanche, et ce sera un cadeau apprécié par celui qui nous a invités à goûter son vin. Et par ses hôtes, n'en doutons pas.

Si c'était une oeuvre, une oeuvre unique, ce serait L 'origine du monde. Mais comme l'artiste a recours au procédé répétitif, je regarde ses puits d'amour comme autant de memento mori. Des petites morts, pour ne pas assombrir, quand je la raconterai, la rencontre avec le vigneron. Pour ne pas gâcher le dessert.

Leur créateur, le boulanger-pâtissier palois qui a confié, en partant en retraite, ses moules et sa recette à Monsieur Seguin, n'a pas attendu Lacan pour élever un objet à la dignité de la Chose, ni Warhol pour user de la répétition. L'objet du désir cesse d'être un objet unique et privatif, il devient, dupliqué comme on l'achète, comme on le consomme, une oeuvre commune et partagée.

D'ailleurs on ne commande pas un puits d'amour mais des puits d'amour. C'est ainsi qu'on les vend, dans leur boîte. Comme des Mona Lisa. Les Mona Lisa de Warhol, des premières sérigraphies à l'oeuvre ultime, montrent l'effacement progressif du sujet par sa propre répétition. C’est le cas dans les Mona Lisa réversibles (Sixtythree white Mona Lisas, 1979), peinture blanche sur toile blanche où l'on peine à reconnaître le motif initial, déjà mis à mal en 1963.

Dans les puits d'amour aussi, la visibilité fait défaut. Plus par trop plein et superpositions excessives, comme dans les sérigraphies de 1963, que par épuisement.

Cela pour dire que le tableau que nous avons offert à notre hôte n'est pas une croûte.

Ou alors en pâte à chou, garnie d'une crème Chiboust (mélange de crème pâtissière et de meringue italienne), le tout caramélisé au four. Au fer.

Dans la cheminée, la braise de charbon de bois chauffe l’atmosphère et plusieurs tiges de fer terminées par un palet. Une main légère, qui se souvient peut-être de la charge érotique dont ces pâtisseries étaient porteuses, à l'origine, les saupoudre d’un peu de sucre avant de les marquer, une à une, au fer rouge.

Je me demande si ce geste nous délivre du mal ou nous induit en tentation.

 

Texte à paraître dans L'Actualité Nouvelle-Aquitaine (N° 122). 

Les puits d'amour
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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 13:16

À propos du lait qu'on nomme chèvrefeuille, il me plaît assez, et je veux bien vous en dire la vérité, et pourquoi il fut fait. Et comment, et en quelles circonstances.

C'était un samedi à La Rochelle, le samedi 7 juillet 2018 vers 10 heures, au début du marché. Je le commence toujours par là, par la rue Pas-du-Minage et les tomates pour la salade, d'autres à farcir, des courgettes rondes, des aubergines et de l'ail (pour le caviar), des poivrons verts, des piments doux des Landes, sans oublier les oignons rouges.

C'est dans cette rue et à ce moment précis que l'époux, retrouvant par miracle la voix caressante de l'amant, ou l'imitant à merveille, demanda à sa belle amie (façon de parler, comme Marie de France, car je n'ai pas vu la reine, et je ne sais pas davantage à quoi ressemblait à l'instant où il lui faisait sa demande mon Tristan):

« On prend un petit fromage de chèvrefeuille? »

Avisant les Mothais, les Mothais sur feuille ou les regrettant déjà (leur marché était terminé), me rappelant au passage, au cas où je l'aurais oublié, que le désir est nostalgie.

Le lait du chèvrefeuille
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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 05:24
Pays des murets

Quand j'entends que le chèvre-boîte est de retour, d'abord je crois à une plaisanterie. De quel faune parle-t-on, de quel satyre ou dieu à pied de chèvre, de quel diable boiteux? M'annonce-t-on que les tumulus de Bougon ont repris du service, que la ganipote existe et qu'il n'est pas nécessaire d'aller à Ardin pour la rencontrer, cette ganipote ou galipote, ni même au supermarché? Qu'elle a quitté les pierres où elle avait son terrier, ses gentils habits pour vous sauter au cou, s'y accrocher avec force et baver tout ce qu'elle peut, ce qui est bien dans ses manières, et sa façon de vous accueillir au pays des murets?

L'histoire est connue. Connue comme le Loup Blanc dont elle n'est, cette ganipote ou galipote, qu'un avatar. Qu'il n'est pas nécessaire de galoper, car elle vient à vous. Déguisée en agneau, pour mieux vous rendre chèvre, ou en petit gâteau. Ici, car là-bas, au Canada, ce sont d'autres fantômes que l'on court sous ce nom.

Inutile de chercher une betterave pour l'évider, un muret pour la poser, la ganipote aujourd'hui préfère les citrouilles et elle ne craint plus la lumière. Elle a besoin, comme tout le monde, de publicité. Comme n'importe quel produit. Comme ces trois fromages que commercialise, depuis peu, la fromagerie coopérative du Pays Mothais à La Mothe-Saint-Héray. Trois fromages qui sont le fameux chèvre boite (quelqu'un a écrit ça sur l'ardoise, Pan ou le diable pour me faire parler), le mi-chèvre et le vache. Trois comme dans les contes. Et ce n'est pas un conte. Le voyage recommence pour ce fromage créé en 1906 par le Pasteur Eynard à Bougon. Pour ce fromage pasteurisé. Qui redevient un vrai chèvre, au lait cru entier, comme on l'aime.

Les producteurs s’engagent à suivre le cahier des charges Bleu Blanc Cœur, à mieux nourrir les animaux pour mieux nourrir les hommes, à préférer le lin, l’herbe, la luzerne, le foin, le lupin, naturellement riches en oméga 3 et produits sur le terroir, ce qu'impose aussi le cahier des charges Chabichou AOP.

Il y aura donc, à côté des trois fromages, des chabichous du Poitou, des Mothais sur feuille, des faisselles. Grâce à la SCIC (la société civile d'intérêt collectif) qui conduit cette renaissance.

Moi qui en étais resté à la fermeture de la laiterie de Bougon, en 2014, à son rachat par le groupe Bongrain, je suis heureux de saluer ces fromages du Pays des Murets, de les accompagner avec ce petit texte, de faire un bout de chemin avec eux.

Et je remercie celui qui m'a lancé sur cette piste que je croyais fausse, au début. Ce que je prenais pour une mise en boîte se révèle une heureuse découverte, une fête pour les papilles.

 

 

 

Texte à paraître dans L'Actualité Nouvelle-Aquitaine n°121

 

 

 

 

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 09:46
Broue

Broue est un nom relique. Comme tous les noms, finalement. Ils sont la trace présente d'un passé plus ou moins ancien, plus ou moins disparu, et quand ils demeurent, c'est comme signes. Des signes vides que nul ne songe à remotiver.

Broue n'échappe pas à la règle. S'il n'y avait pas Brouage pour en perpétuer le souvenir, Brouage comme un écho qui n'en finirait pas de mourir, il y a belle lurette qu'on l'aurait oublié. La mer que Broue puis Brouage avaient pour mission de surveiller s'est éloignée avec le danger, elle n'en finit pas de disparaître sous nos yeux. C'est ce qui arrive quand le temps est trop clair, l'horizon parfaitement dégagé: on ne voit plus rien. Qu'une cistude, mais c'est une coque vide, et tombée du ciel. Du bec de je ne sais quel oiseau de malheur. On aura beau chercher. Dans la langue du pays. Ou les langues voisines.

Si les parlers occitans ont conservé le sens d’origine de « bord, bordure », le paysage a changé. À Broue aussi, où la frontière linguistique entre oc et oïl, si elle existe, passe tout près.

Si elle n'est pas assez marquée, ou si, ce qui revient au même, elle est trop mouvante, on fera comme pour les cigognes, on plantera des nids: des poteaux qui les accueilleront. Et ils les accueilleront. Et on montrera aux touristes qui s'arrêteront à la Maison de Broue, après qu'ils auront fait le tour de la tour et bien contemplé le paysage qui s'étend devant eux, sans limites, la famille au complet dans son nid: Simone et ses cigogneaux. On leur prêtera la lunette.

Ils verront du même coup où ils sont. Ce qui était un bord de mer, une hauteur où installer un donjon, d'où surveiller ce qui par la mer arrivait, pirates saxons (des « archipirates » comme les appelle Sidoine Apollinaire, comme il les décrit à son ami Namatius, avec leurs myoparons, littéralement leurs « barques-souris », étroites et rapides, ce sont des ennemis redoutables), Vikings, Anglais, peu importe le nom que vous donnez au danger pourvu qu'il le chasse de vos rivages, l'éloigne à jamais, ce puissant donjon est devenu une colline pour rien, une île perdue dans un océan de cultures et dominant les marais, les protégeant contre les appétits des céréaliers.

Car d'autres envahisseurs menacent, l'écrevisse américaine, le ragondin, la jussie, et d'autres vigilances s'imposent (nitrates, pesticides), ce qui pourrait bien redonner sa fonction à la tour, du sens à la visite.

Broue fait partie d’une petite famille (avec Breuil qu'on rencontre à tout bout de champ) ayant même étymon, un gaulois broga signifiant « frontière, limite, bord ». Brogae Galli agrum dicunt, lit-on dans les Scholies à Juvénal: « le champ que les Gaulois appellent brogae ». Brogi, c'est la « contrée » en gaulois, le « pays ». Ce sens survit dans le gallois et le breton bro, mais de même qu'on refuse, chez certains Occitans, l'idée de dialecte de transition, de même les indépendantistes rejettent, pour d'évidentes raisons, la possibilité d'une continuité entre le gaulois et le breton. Dans les deux cas, c'est mettre de la frontière où il n'y en a pas, regarder comme gavache ou allfro (« étranger » en gallois, équivalent exact de l'Allobroge gaulois) celui qui n'est pas du bon côté. Fabriquer de l'autre.

 

Broue
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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 14:40
Ma falaise!

Perchée sur une falaise de pierre blanche qui lui a donné son nom, Alba terra, une falaise de calcaire dominant une boucle de la Dronne, Aubeterre-sur-Dronne se situe à la limite entre Charente et Dordogne. C'est là que Pierre Véry est né, au hameau du Couret près de Bellon, le 17 novembre 1900. « Au pays des Goupi », comme il le dit lui-même à Claudine Chonez, quand elle le reçoit pour son nouveau roman, Goupi-Mains rouges à Paris (Actualité du livre, 13/05/1949, Chaîne Nationale ).

Il est, selon ses propres termes, « le produit d'une union de la Charente avec la Dordogne ». Sa mère était en effet originaire du Périgord, et son père de la Charente. C'est pourquoi il a écrit l'histoire des Goupi, paysans charentais au milieu desquels il a passé son enfance. Il a gardé les oies avec Goupi-Muguet, les vaches avec Goupi-Monsieur, il a été à l'école communale avec Goupi-Tonkin, il a suivi l'enterrement de Goupi-L'Empereur.

Toute son adolescence s'est déroulée sous le signe de l'évasion, comme on disait autrefois. Comme dit Claudine Chonez. Au collège, à Meaux, il était l'un des trois membres de la société secrète des Chiche-Capon dont l'objectif était de partir pour l'Amérique. Cela se passait vers 1917. Et se retrouvera dans le roman Les Disparus de Saint-Agil. Et dans l'adaptation de Christian-Jaque.

Mort à Paris en 1960, et enterré à Bellon, Pierre Véry est de ces écrivains dont on se rappelle plus facilement les oeuvres que le nom, les films que les romans. Citons les plus célèbres.

Les Disparus de Saint-Agil, sortis en 1935, auraient aussi disparu des librairies s'il n'y avait eu le film de Christian-Jaque en 1938, avec Erich Von Stroheim et Michel Simon, un succès comme le cinéma français en connut peu et qui fit oublier, comme les deux suivants, que Pierre Véry était un vrai romancier, un romancier véritable, « véry véritable ».

En 1942, le cinéaste Jacques Becker adapte Goupi Mains Rouges et tourne une partie de son film à Villebois-Lavalette. Une stèle en témoigne. Il y a aussi, forcément, un Circuit Audioguidé Pierre Véry. Ou, si l'on n'aime pas trop randonner, une rue Pierre Véry à Aubeterre-sur-Dronne, une taverne où se restaurer.

Le Pays sans étoiles, le roman publié en 1945, fut adapté par Georges Lacombe en 1946. Avec Gérard Philippe dans le rôle de Simon Legouge. Un jeune clerc de notaire qui travaille dans l'étude d'un ami de son père à Paris, Maître Degueuzit.

Une nuit -la nuit du 9 mars, dans les terrains d'épandage qu'il traverse, en compagnie de J.T., son ami, près du petit pont de chemin de fer d'Argenteuil-, Simon a une vision. Occupé à compter ses lames (dans le film il collectionne les bouchons décorés, dans le roman ce sont les lames, il en possède cinq cent cinquante-huit, de quoi se raser durant quarante-six années!), il ne voit pas la racine et trébuche, puis bascule en arrière. La base de son crâne donne contre une pierre: il s'évanouit. Peu après, il se baisse pour lacer son soulier. Lorsqu'il relève la tête, la sordide banlieue est devenue une rivière bordée de peupliers avec, au loin, une falaise; et là, dans ce décor idyllique, il assiste à l'enlèvement d'une jeune femme et à un crime.

Cette scène va le hanter: jadis, peut-être, un meurtre eut lieu au pied d’une falaise, dans une charmante vallée. Mais où, exactement, et quand?
Ce qui est certain, c'est que Simon Legouge a des troubles de la vue, des absences de mémoire, que la qualité de son travail s'en ressent. Maître Degueuzit, au début du film, le lui reproche gentiment:

« Encore du courrier qui nous revient d'Espagne par suite d'adresse erronée. Vous vous obstinez à écrire Talacayud au lieu de Calatayud...

-J'ai écrit Talacayud?

-Un changement d'air vous ferait du bien. À propos, que diriez-vous d'un voyage en Espagne? Vous allez partir pour Calatayud! »

Simon Legouge prendra donc le chemin de l'Espagne. Le train.

Un train qui s'arrête sans raison en pleine campagne. La falaise en profite pour apparaître. Par la vitre. Le tableau qui l'obsède a trouvé son cadre. Est-il le seul à voir cette falaise? Non, heureusement. Mais où est-on? « À un quart d'heure de Libourne », lui répond le contrôleur.

-Et comment parvient-on à cette falaise?

-Prenez le chemin de fer départemental, le tortillard comme on dit, et descendez à Clairac, c'est le plus près pour aller à la falaise de Tournepique. Une belle falaise, 900 mètres de haut. »

Le paysage de son enfance, on l'a vu, a servi de décor à Goupi-Mains rouges. On pourrait ajouter deux oeuvres moins connues, Pont Égaré (1929), et Les Métamorphoses (1931).

Cette falaise en fait-elle partie? Est-ce la falaise de pierre blanche d'Aubeterre, la falaise qui domine une boucle de la Dronne? Vue par l'enfant qu'il n'a jamais cessé d'être, et par conséquent plus haute, plus imposante que le modeste amphithéâtre d'Aubeterre.

Quand on connaît Aubeterre-sur-Dronne, sa magnifique église Saint-Jean, on comprend pourquoi Simon Legouge pense que le monde est habité par les morts: ils ont élu domicile dans cette église monolithe. Dans la falaise.

J'ai vu Le Pays sans étoiles dans mon enfance, mais le souvenir s'en est inexplicablement effacé. Alors que le nom de Calatayud me restait, me poursuivrait jusque dans mes rêves. Surgirait souvent, comme la falaise dans le film. Au point que j'écrirais un texte pour tenter d'y voir clair. Que je ferais le voyage en Espagne, jusqu'à Calatayud, histoire de vérifier que cela ressemblait (ou pas) à ce que je voyais, à ce cimetière sous la lune (ou était-ce le jour), à cette tombe où quelqu'un qui n'était pas encore Simon Legouge ou qui ne l'était déjà plus, découvrait gravé dans la pierre le nom de Talacayud. « Ci-gît Aurélia Talacayud ». Son propre nom, mais il ne le reconnaissait pas. Le clerc de notaire l'écrivait ainsi, sans raison, il le déformait. Et il le découvrait, toujours par miracle, sous la mauvaise herbe qui avait envahi la tombe. Dans ce cimetière abandonné, avec son mur éboulé. Seul lui revenait le sentiment de déjà vu, de déjà vécu:

« J'ai l'impression d'avoir vécu ici mais quand...

-Je vous ai répondu: dans une autre vie! »

Un sentiment dont je garde un souvenir précis, sans savoir cependant s'il est celui de Simon Legouge quand il découvre le nom de Talacayud écrit sur la tombe, ou celui de l'enfant que j'étais quand je suivais, aux premiers temps de la télévision, ce film. Avec Paul Demange, un acteur qui jouait, à la même époque, dans La Déesse d'or. Un feuilleton que nous regardions en famille, qu'on me laissait regarder.

Je revois, je revis l'incertitude où il est quand le train s'arrête en pleine campagne et que la falaise apparaît dans l'encadrement de la vitre. Existe-t-elle vraiment ou la voit-il en rêve (l'enfant parle comme un ancêtre!) ? Est-ce le rêve qui le poursuit, qu'il accomplit sans savoir, qu'il réalise inexorablement?

Je note, en revoyant le film, que Maître Degueuzit, ou l'acteur qui l'interprète, commet un curieux lapsus, un lapsus prémonitoire s'il faut y lire la catastrophe inéluctable:

«Vous vous obstinez à écrire Talacayud au lieu de Catalayud...»

Je n'ai pas besoin de me baisser pour lacer mon soulier, entre Cormeilles et Argenteuil, ou pour ramasser un silex surgi sous mes yeux, sous mes pieds, non loin de Rouffignac où nous avons pris le petit train des enfers, je n'oublierai pas les griffures d'ours que le guide nous invitait à lire sur la paroi que nous frôlions dangereusement. Du moins je veux le croire.

Je n'ai pas besoin de remonter un biface pour aller en Espagne, voyager en extase, pour me retrouver, lorsque je relève la tête, hors du temps et dans un lieu qui ressemble à l'idylle où un autre fut plongé, tandis qu'il traversait sa terne banlieue.

Avec, de nouveau apparue sur la vitre, cette falaise où Ayoub regarde son château tomber.

 

Ma falaise!
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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 08:22
Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Passés par Angoulême, les fûts, par la goule, engloutis, les uns après les autres, engoulés par la grosse tête de démon, l'énorme masque avalant la colonne qui le porte. Les avalant toutes.

Ce monstre stylophage, on l'appelle ici glouton, pour ne pas l'appeler, pour que le mal reste à l'extérieur, le Malin, pour qu'il s'en aille mordre ailleurs, à une autre chair, pour que ses dents pointues nous épargnent, ces petites dents acérées qu'on entend crisser et on a beau faire, dire mange-pilier, bouffe-colonne, un chat fait ses griffes sur la vitre.

Des lames rayent la glace.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

Saint-Romans-lès-Melle, le 14 mars 2018.

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 12:59

Des amis m'écrivent:

 

Voici ce que disait Trotski de l'anthroposophie (à propos de l’écrivain Andreï Bièly) dans Littérature et révolution

« Pendant la guerre mondiale, Bièly devint un disciple du mystique allemand Rudolf Steiner, évidemment ''docteur en philosophie'' et monta la garde, en Suisse, la nuit, sous le dôme du temple anthroposophe. Qu’est-ce que l’anthroposophie ? C’est un démarquage intellectuel et spirituel du christianisme, fait à l’aide de citations poétiques et philosophiques hâtives. Je ne puis donner de détails plus exacts, parce que je n’ai jamais lu Steiner et n’ai pas l’intention de le faire : je considère avoir le droit de ne pas m’intéresser à des systèmes ''philosophiques'' qui s’appliquent à différencier les queues de sorcières de Weimar et de Kiev (dans la mesure où je ne crois pas aux sorcières en général, à l’exception de Zinaïda Hippius, citée plus haut, en la réalité de laquelle je crois absolument, sans pouvoir rien dire de précis sur la longueur de sa queue). »

 

Trotski – Littérature et révolution (1922) – p. 65 de l’édition 10/18 de 1964

 

Bonne journée!

 

Zinaïda Hippius photographiée par Bulla dans son appartement en 1914

Zinaïda Hippius photographiée par Bulla dans son appartement en 1914

Zinaïda Hippius à Saint-Pétersbourg

Zinaïda Hippius à Saint-Pétersbourg

Portrait de Zinaïda Hippius par Léon Bakst

Portrait de Zinaïda Hippius par Léon Bakst

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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 09:37

Si vous pensez que le Cap est notre cher Haddock, l'oryctérope un des trois cents jurons du fameux Capitaine, vous vous trompez.

Certes, « Oryctérope! » se trouve bien dans Tintin au pays de l'or noir, page 57, dans une bordée d'injures adressées au docteur Müller. Un faux-monnayeur qui voyage d'album en album et en changeant d'identité, d'apparence, mais qui reste le Méchant: le pire ennemi de Tintin. Dans cet album, il se fait passer pour le professeur Smith, un archéologue: « c'est un archéologue qui recherche ici les vestiges des anciennes civilisations qui ont fleuri dans ces régions... En même temps, il est ici le représentant de la Skoil Petroleum. » Il vient de kidnapper Abdallah, le fils de Ben Kalish Ezab, et Haddock, dans un de ces accès de colère qui font le charme du personnage, le traite de «Brute!... Voleur d'enfants!...Pirate!...Anacoluthe!...Ectoplasme!...Oryctérope!...Bachi-Bouzouk!...»

On a surtout retenu le « Bachi-Bouzouk!...» Et l'oryctérope est passé à la trappe. Une nouvelle fois. Cela n'est pas pour le surprendre. Ni pour le déranger. L'animal n'aime pas la lumière. Trop de publicité gênerait ses activités. En faisant fuir le client. Un client qui est déjà suffisamment dérouté par son aspect. Pour ne pas dire rebuté. On le croirait, quand on le rencontre, quand on le voit l'oeil flamboyant, « ruginiflant par le bois touffeté », sorti d'un poème de Lewis Carroll, venu de l'autre côté du miroir. Le Jabberwock en personne ou son avatar, arrivé comme lui en barigoulant. Avec sa gueule qui mord et ses griffes qui happent!

L'oryctérope n'est pas un portmanteau-word, un mot-valise ou centaure, une chimère malgré sa tête allongée de fourmilier, ses oreilles d'âne, son groin de cochon et sa queue de kangourou. C'est un vrai monstre, et qui assassine les fourmilières. Et de tous les songeurs myopes qui tuent les fourmilières, il est, pour Alexandre Vialatte, le plus beau. Parce que nul ne sait d'où il vient. « Il a dû sortir d'un oeuf d'ange. Inclassable. Tombé de la lune. C'est la plus grande aventure de Dieu. »

Alexandre Vialatte, dans la Chronique 490, le décrit ainsi:

«Il a un groin de cochon et des pieds de kangourou, des oreilles d'âne et une mâchoire de crocodile. Sa chair sent la fourmi. Sa nature est timide, profondément méditative. Il mérite l'amitié de toutes les personnes sensées. Il vit sa vie dans des terriers profonds. Il s'y livre à des songes informes, des songes d'oryctérope. Il sort au crépuscule et sautille en Afrique du Sud. Dans la forêt. Parmi les ombres. De termitière en termitière. Elles sont dures comme la céramique. »

S'il grogne quand on le contrarie, au fond (dans son terrier) c'est un gentil monstre. Contrairement au Jabberwock, il ne nous veut aucun mal. Il ne s'en prend qu'aux termites qui sont sa nourriture.

S'il creuse le sol avec ses fortes griffes en forme de pelles, ce n'est pas par plaisir, pour singer les archéologues, mais pour fouiller efficacement la termitière et casser la croûte, ce qui n'est pas rien quand elle est dure comme la céramique.

Chacun sa place, chacun son rôle.

L'oryctérope dans la termitière, dans son rôle écologique qui est, une fois la céramique déchirée, de contrôler l'extension des populations de termites en reniflant, en aspirant, en avalant. 50 000 termites en une nuit! Avec son odorat si fin, son groin tubulaire, sa longue langue enduite d'une salive gluante.

Et l'archéologue dans ce qui ressemble à des latrines, remuant les restes de ce qui a été Rauranum et découvrant ce drôle de cheval qu'il croit d'abord sculpté dans l'os, mal sculpté mais c'est de l'ivoire. Et un animal, bien qu'il ne soit pas de nos contrées. Échappé de quel petit cirque ou tombé de quelle poche. Un animal à qui il faudra bien donner un nom.

Ce sera donc oryctérope. Un nom qui n'est pas un mot-valise, même s'il a été oublié par un voyageur pressé ou pris d'une envie pressante. Ni une insulte de plus, criée à la cantonade. Un village de 800 âmes: un désert pour celui qui ne fait que le traverser. Ou à son GPS. C'est cela, l'homme à la casquette de navigateur insulte cette voix qui lui dit de tourner à droite, de prendre la deuxième à droite, la deuxième à droite, de faire demi-tour quand il se sait attendu à Paris dans une semaine au plus tard. Il ne s'est arrêté à Rom que pour satisfaire un besoin urgent. Ou pour faire boire ses chevaux. Ou pour en changer. Le couteau pliable, genre opinel, est un rasoir. Un rasoir jetable, même s'il n'avait pas vocation à être jeté. Sans être un rasoir de collection, il ferait le bonheur d'un collectionneur. Il possède un objet de valeur, ayant appartenu à un personnage d'un certain rang. Peut-être à Ausone qui avait une villa dans le coin. Il vous le montre déjà, dans sa vitrine. Une vitrine rien que pour lui. Heureusement, les archéologues sont passés par là. Ils ont fouillé cette zone commerciale où il y avait aussi des toilettes. Et ils ont bien fini par identifier la bête qui était sculptée sur le manche en ivoire. Ce n'est pas un cheval, ni un sanglier, ni même un sanglochon (il n'est pas inventé, pas plus que le cochonglier). Ce n'est pas un animal psychopompe, comme on l'a cru d'abord, mais un oryctérope. Un oryctérope du Cap. Il faudra s'y faire. Faire avec. Voyager avec, sur la via turonensis, à peu de choses près l'A 10. Imaginer l'Égyptien qui passait par là et qui ne venait pas forcément d'Égypte. Qui ne montait pas forcément à Paris. Relire Vialatte.

« Nul ne sait d'où il vient mais on voit où il va. Craignez ses rêves et sa myopie. Regardez-le, et vous aurez peur. Sa petite tête de lézard géant, son groin de porc et ses oreilles d'âne ornent d'effrayants crépuscules. »

Il parle de l'oryctérope, mais cela vaut pour son propriétaire. Pour celui qui a perdu là son rasoir. Sa barbe rognée comme il faut, son crâne astiqué, il a repris la route. Ses chevaux étaient reposés, ou il en avait changé. C'est le rôle des petites villes comme Rauranum. Sa toilette terminée, on file vers Paris, ou bien on descend à Saintes, Bordeaux, direction l'Espagne, on a autre chose à penser. Des objectifs à atteindre. Une moyenne à respecter.

Le temps a continué sa route. Son oeuvre de destruction. Le rasoir est tombé dans le trou. Dans l'espace, assez mince pour qu'on ne l'ait pas vu tomber, pour qu'on ne l'ait pas retrouvé (avant la fouille, en juillet 1997, des latrines à Rom, Deux-Sèvres), entre l'ancien cuvelage en bois et le mur. Il est tombé dans l'oubli. Et c'est ce qui l'a sauvé. Il n'a pas été sauvé de l'oubli, c'est l'oubli qui l'a sauvé.

 

 

Oryctérope!
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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 13:28

La toponymie n'est pas une science exacte. Loin de là. Ceux qui y cherchent des traces du passé, des vestiges sinon des témoins de l'histoire, des preuves, brandissent le plus souvent de pauvres trophées.

On ne se demandera donc pas quel lieu-dit cela donne aujourd'hui, Lucaniacum, si c'est Lugaignac (près de Branne, sur la Dordogne) ou Cagnac (au nord de Bourg-sur-Gironde, sur le territoire de la commune de Lansac), on ne situera pas sur la carte le domaine d'Ausone. On dira seulement que c'est où il a son jardin, entre blés et figuiers, où il écrit, bercé par le va-et-vient des eaux du fleuve, et vu de là, « le monde entier est lui-même un jardin ». Et le passé présent. Le proche comme le lointain. Et l'avenir à qui il s'adresse dans sa dixième et dernière lettre: Au pays à naître.

Il, c'est celui qui dit Je dans Le Testament d'Ausone, le roman de Marc Petit que publie le festin. Marc Petit s'inscrit dans les pas d'Ausone, il met ses mots dans les mots du poète qui chantait « cette terre d'Aquitaine aimée des dieux », mais aussi la « douce Moselle aux brumes vertes, cousine germaine de ma Garonne ». Marc Petit s'installe dans le jardin d'Ausone, « face à la belle nature du Pays des Eaux, dans sa douce lumière ». « Auprès, une source, un puits peu profond, un fleuve limpide et navigable; plus loin, ni mer ni fleuve, où les deux se mélangent, les eaux de l'estuaire couleur de lait miellé, aux épais limons ». Il suit ce génie qu'il ne sait pas comment nommer, dont il ne sait s'il est dieu ou déesse, serpent ondoyant ou dauphin débonnaire, doux ou amer. « Son flux et reflux m'amène et me remmène là d'où je viens, là où je vais, du pays des souvenirs à celui des choses qui ne sont pas encore. »

De fait, les dix lettres qui constituent ce livre ont pour destinataires Arborius, son grand-père, venu d'Autun à Bordeaux et qui n'a pas renoncé aux « anciennes croyances ». Bien que Tibère eût interdit, par sénatus-consulte, « aux druides, aux augures et aux médecins traditionnels gaulois d'enseigner et d'exercer leur art ». Julius Ausonius, son père, et Hilaria qui a quitté ce monde il y a longtemps. Sabina, sa tendre épouse, son âme enfuie. « C'est toujours au présent que l'on écrit aux morts, comme si le fait de s'adresser à eux avait le singulier pouvoir de les faire revivre, le temps pour eux d'entendre les mots que nous leur disons, sans qu'ils puissent répondre. ».

Ces lettres, on l'a compris, sont un dialogue avec l'absent. Un absent qui est, dans la septième lettre, Virgile. Qu'il imite, à qui il a emprunté des vers (de l'Énéide) pour composer un poème obscène, « ce trop fameux ''Centon nuptial '' qui me valut une scabreuse renommée et l'hostilité des évêques. » Que penserait Virgile de ce poète « qui dans son Technopaegnion, s'amusait à clore chacun de ses vers sur un mot d'une seule syllabe fournissant le début du vers suivant? ». Qu'il est en train d'inventer l'OULIPO, ou qu'il continue à transmettre, déguisé en professeur de rhétorique puis en poète savant, volontiers hermétique, le savoir interdit des druides, et désormais combattu par les évêques?

Nous sommes, avec Ausone, à un tournant, et c'est ce que montre la lettre suivante, À Paulinus, à celui qui fut son élève et qui deviendra Paulin de Nole ou saint Paulin. Il a renoncé à l'existence dorée des grands propriétaires, à la poésie profane et à une amitié qui n'était peut-être que littéraire, une tradition qu'il abandonnera comme les autres dans sa conversio. Qu'Ausone veut à tout prix empêcher, en l'arrachant « aux déserts de la brûlante Espagne », et surtout à ces insensés qui adorent ce Moloch et « qui ont juré de nous gâcher le plaisir d'être vivants ».

Ausone est un chrétien modéré, qui voit en Jésus un nouveau Socrate, un nouvel Orphée, le dernier des dieux (qui préparaient, pour les derniers arrivés et d'ailleurs, sa venue), l'accomplissement d'une prophétie qu'il a lue dans Virgile, « dans les vers sibyllins de ta quatrième églogue, parlant d'une Vierge et d'un enfant à naître qui rétablira l'Âge d'Or ».

Dans cette lettre, il invite Paulin à revenir au pays de ses pères, à renouer avec la vie. À cueillir le jour comme une figue, une de ces figues que l'été a cuites et qui fera, aussi bien que le vin de sa vigne, le soleil nouveau tous les jours. À ne pas oublier « les huîtres du pays des Médules (du Médoc), meilleures que celles de Baïes ». Ni la beauté.

« Je ne sais pas ce que c'est que la beauté, moi qui n'ai vécu que pour elle: comme la musique, quelque chose tissé de temps qui échappe au temps. »

Marc Petit sera reçu le mardi 30 janvier, à 18h30, à La Machine à Musique, 15, rue Parlement Sainte-Catherine, Bordeaux. La rencontre sera animée par Chantal Detcherry dont je vous recommande Le Sentiment de l'estuaire, un livre que le buveur de Moselle que je suis (né à Épinal, cité imaginaire) et rotant le Tibre (pour parler comme Sidoine Apollinaire) a particulièrement apprécié. Et que, quelle que soit la rive que vous avez élue -ou qui vous a choisi-, vous aimerez.

 

 

Le Testament d'Ausone

Marc Petit - Collection Les Merveilles
Janvier 2018 / 160 pages / 13,5 x 20,3 cm / ISBN : 978-2-36062-187-3

 

 

 

 

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